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Toronto Montreal

ENTRETIEN | Louise Bessette, sur la planète musiques nouvelles

Par Caroline Rodgers le 14 octobre, 2017

Depuis le début de sa carrière, Louise Bessette interprète la musique des compositeurs d'aujourd'hui. (Crédit: Robert Etcheverry)
Depuis le début de sa carrière, Louise Bessette interprète la musique des compositeurs d’aujourd’hui. (Crédit: Robert Etcheverry)

S’il est une interprète connue comme l’infatigable porte-étendard de la musique des compositeurs d’ici et des musiques nouvelles, c’est bien Louise Bessette. Pourtant, malgré trois décennies d’une carrière admirable, la discrète pianiste fait rarement l’objet d’une couverture médiatique. Un récital dans le cadre de la série hommage de la SMCQ au compositeur José Evangelista a fourni à Ludwig van Montréal une excellente occasion de la rencontrer.

De nombreux compositeurs québécois et canadiens ont écrit des œuvres pour Louise Bessette. Mentionnons notamment François Dompierre, Silvio Palmieri, Serge Arcuri, Lorraine Desmarais, José Evangelista, Michel Gonneville, Marc Hyland, Alain Lalonde, Maxime McKinley, Isabelle Panneton, Sean Pepperall, Serge Provost, Anthony Rozankovic, Raoul Sosa et André Villeneuve. Elle compte également une vingtaine d’enregistrements à son actif.

« Quand j’ai des créations mondiales, pour moi, ça prend toute une ampleur, car en tant qu’interprète, j’ai vraiment l’impression de faire partie du processus de création d’une œuvre. Ce sont vraiment des moments magiques. Je trouve aussi qu’il est important de le faire parce qu’au Québec, au Canada, en Europe, il y a des compositeurs extraordinaires qui ne sont pas assez joués. Pourtant, leurs œuvres font partie de la création d’un pays. Si l’on prend l’exemple de José Evangelista, il a prolongé les mélodies folkloriques de l’Espagne en les intégrant dans son œuvre. C’est son langage musical à lui, mais c’est aussi le langage d’un peuple et d’un pays. Quand je vais à l’étranger jouer nos compositeurs québécois, je me sens vraiment fière d’amener dans mes bagages la musique de notre pays. »

Musique espagnole

Elle donne, cette semaine (17 octobre, 19 h 30), le concert Viva Espana! dans le cadre de la série Complètement piano, à la salle Bourgie,

« Quand j’ai su que la SMCQ rendrait hommage à José Evangelista, j’ai proposé de faire une intégrale de ses œuvres pour piano seul : Monodias Espanolas, Nuevas Monodias Espanolas, et Bis. »

Le programme de ce récital sera complété par des œuvres de compositeurs espagnols, soit Federico Mompou et Enrique Granados, ainsi que d’Andalucia (Suita Espanola) du compositeur cubain Ernesto Lecuona.

« C’est une suite que je joue depuis longtemps, avec de grands thèmes folkloriques, et je l’ai enregistrée. J’aurais aimé que le récital soit donné le jour de la fête nationale espagnole, le 12 octobre. Ce n’était pas possible le jour-même, mais nous ne sommes pas loin! Le programme est très contrasté, avec l’écriture de José qui est vraiment monodique, et les œuvres de Granados avec une foule d’harmonies. Avec les Monodias Espanolas, je vois plein d’images, comme des femmes dans leur cuisine, qui chantent, ou une fête au bord d’un feu. C’est une musique tout à fait accessible et très mélodique. Ce qui crée la complexité, ce sont les ornements qu’il y a partout. »

De nombreux compositeurs québécois et canadiens ont écrit des œuvres pour Louise Bessette. (Crédit: Robert Etcheverry)
De nombreux compositeurs québécois et canadiens ont écrit des œuvres pour Louise Bessette. (Crédit: Robert Etcheverry)

D’hier à aujourd’hui

Louise Bessette a commencé le piano à cinq ans. Elle est entrée au Conservatoire de musique de Montréal à douze ans, où elle a étudié avec Georges Savaria. Par la suite, elle s’est perfectionnée pendant deux ans à New York avant de partir pour Paris étudier avec Yvonne Loriod. Comme Paris lui plaisait, elle a décidé d’y rester de 1982 à 1996.

La musique contemporaine lui est venue peu à peu, au hasard de la vie.

« Je suis curieuse de nature, dit-elle. Pas seulement en musique. J’adore voyager et quand je voyage je suis vraiment le genre à goûter à des plats inconnus, à explorer des endroits qui sortent des sentiers battus. Par exemple, en Chine, je ne voulais pas visiter la partie de la Grand Muraille qui est la plus touristiques. Nous sommes allés dans l’arrière-pays pour voir une partie de la Muraille peu fréquentée des touristes. »

En dehors de cette curiosité naturelle, certaines influences, dont celle des compositeurs Gilles Tremblay et Micheline Coulombe Saint-Marcoux, l’ont amenée à s’intéresser aux musiques nouvelles.

« Au Conservatoire, j’ai suivi des cours d’analyse avec lui. Au cégep, je faisais mes cours de littérature musicale avec Micheline Coulombe Saint-Marcoux. De plus, mes professeurs de piano au Conservatoire étaient très ouverts à toutes les époques de la littérature pianistique. Par exemple, avec George Savaria j’ai travaillé des œuvres de Clermont Pépin, la Sonate de Berg. C’est Raoul Sosa qui m’a fait découvrir Olivier Messiaen et Henri Dutilleux. J’ai toujours abordé cette musique simplement, comme les autres. Je travaillais ma sonate de Mozart et ensuite je travaillais celle de Clermont Pépin, passant d’une époque à l’autre avec toujours le même souci de faire de la belle musique, de trouver le discours, l’architecture de l’œuvre. Et comme je suis curieuse, j’aimais apprendre des œuvres que je n’avais jamais entendues et j’ai commencé à travailler avec les compositeurs. J’adore travailler avec eux, ce sont des échanges extraordinaires. »

Après la fin de ses études au Conservatoire, Micheline Coulombe Saint-Marcoux, avec qui elle était devenue amie, lui suggère d’appeler Serge Garant pour se présenter et lui faire part de son intérêt pour la musique contemporaine.

« Je n’avais que 20 ans, mais je l’ai appelé! Quelques mois plus tard, il m’a donné une première occasion de jouer avec la SMCQ. C’est comme ça que ça a vraiment commencé. Je me retrouvais, toute jeune, avec ces musiciens qui étaient là, pour certains, depuis de nombreuses années. C’était très excitant. À peu près à la même époque, j’ai participé au Concours de musique national Eckhardt-Gramatté et j’ai remporté le premier prix, ce qui m’a permis de faire une grande tournée au Canada. »

Louise Bessette interprétera Les Planètes, de Walter Boudreau, à la SAT, en 2018 (Crédit photo: DNV Photographie)
Louise Bessette interprétera dix fois Les Planètes, de Walter Boudreau, à la SAT, en 2018 (Crédit photo: DNV Photographie)

Dix fois Les Planètes de Walter Boudreau à la SAT

Parmi les grands projets à venir pour Louise Bessette, mentionnons une série de dix concerts à la Société des Arts technologiques. Au programme : Les Planètes, de Walter Boudreau, avec projections.

« Je suis tellement contente de ce projet et de m’installer dans une salle pour autant de concerts! Les Planètes de Boudreau, c’est une œuvre gigantesque pour piano, qui dure environ 35 minutes, avec des mouvements séparés pour chaque planète. C’est une écriture complexe et très virtuose. En introduction, je vais jouer le premier mouvement de la Sonate no 14 Clair de lune, de Beethoven, et le Clair de lune, de Debussy. J’aime beaucoup construire mes programmes avec des thèmes. »

Ce projet a démarré par une visite, par hasard, au Planétarium, qui lui a donné l’idée d’avoir des images pour illustrer Les Planètes, une œuvre qu’elle jouait déjà. Elle s’est adressée à l’artiste Yan Breuleux pour concevoir des projections en temps réel, déclenchées par son jeu, dans le dôme de la SAT. Ces représentations auront lieu du 27 février au 2 mars et du 3 au 7 avril 2018. 

Un autre projet de concert, avec le violoniste et compositeur Helmut Lipsky et le percussionniste Olivier Maranda, intitulé Grapheneck 10654, sera présenté au printemps 2018 dans le cadre des 75 ans du Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal.

« Grapheneck est un endroit où a eu lieu l’extermination de 10 654 personnes handicapées par les nazis, pendant la guerre, dit-elle. Helmut Lipsky a écrit de la musique sur cet événement. » Ces concerts auront lieu le 3 mars à la salle de concert du Conservatoire, et le 8 mars à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. 

Récital Viva Espana!, 17 octobre, 19 h 30, salle Bourgie. 

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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