
C’est maintenant chose faite, l’OSM a annoncé le renouvellement du contrat de Rafael Payare pour une durée additionnelle de cinq ans, soit jusqu’à la fin de la saison 2031-2032. Ce nouveau mandat élève le dynamique chef au statut de directeur musical et artistique, consacrant l’empreinte importante de celui-ci sur l’identité musicale et sociale de l’Orchestre. À la Maison symphonique la semaine dernière, le public a accueilli la nouvelle avec des applaudissements fournis et des cris de joie, manifestant son appui enthousiaste au maestro vénézuélien, visiblement touché. Prenant le micro, celui-ci a parlé de « magie » et d’une « lune de miel qui se poursuit » sans fin.
L’annonce a été faite par la directrice générale Mélanie La Couture en amont du concert Le sacre du printemps, qui voyait l’OSM reprendre pour les micros de l’étiquette de disques Pentatone son interprétation enlevante de l’œuvre marquante de Stravinski, entendue en ouverture de saison 2023. À l’époque, le concert avait été capté par les caméras pour la plateforme Symphony. Sur l’album de Pentatone, Le sacre sera jumelé avec Daphnis et Chloé de Ravel, enregistré en février 2025.
L’Orchestre et le chef restent fidèles à leur lecture de l’œuvre, servie par quelques améliorations acoustiques. Depuis l’exécution de 2023, l’OSM a perfectionné les ajustements de la canopée acoustique au-dessus de la scène, ainsi que la disposition de l’orchestre sur celle-ci, rehaussant par exemple les derniers pupitres de cordes sur des gradins. Le résultat est un son d’ensemble riche et multidimensionnel, dont les timbres individuels peuvent, selon les exigences de la partition, aisément se distinguer grâce aux contours clairement dessinés que leur fournit la nouvelle configuration. Les textures et les couleurs de l’orchestration raffinée de Stravinski se déploient presque sans contraintes dans cet écrin. Après l’exigeant solo de basson d’ouverture, admirablement joué par Stéphane Lévesque, les frémissements de la nature du premier tableau sonnaient absolument comme une dense jungle amazonienne fourmillant de cris et de chants d’une variété innombrable de créatures vivantes.
Ayant assisté maintenant à quelques concerts de l’OSM servant de séances d’enregistrements pour des albums (Pelléas et Mélisande et Verklärte Nacht de Schoenberg, Symphonie fantastique de Berlioz), j’ai toujours la même impression, certainement compréhensible, d’un degré supplémentaire de prudence et de retenue que je ne ressens pas quand il s’agit d’enregistrements vidéo. Magré la férocité des coups de timbales et de grosse caisse percutants, malgré l’impact sonore de cors, trompettes et trombones puissants et cuivrés à souhait, malgré une section de bois respirant d’un seul souffle, malgré le son frustre et même primal émis occasionnellement par les cordes, certains passages conservaient un aspect trop contrôlé, surtout dans la première partie de l’œuvre. L’assurance s’est progressivement installée, surtout à partir du crescendo vers la Glorification de l’élue menant à une fin déchaînée et éclatante.

Cette prudence contrastait avec la première partie, où le pianiste invité Bruce Liu a entraîné l’orchestre dans une interprétation emplie de fraîcheur du Premier concerto pour piano de Tchaïkovski. Liu y infuse un esprit juvénile à la fois naïf et fanfaron, appuyé sur un art consommé de l’expression narrative. Il donne ainsi à ce concerto archiconnu un esprit fantaisiste à la Alice au pays des merveilles, où les revirements les plus inattendus deviennent possibles. Rafael Payare et l’OSM se sont prêtés au jeu, faisant ressortir dans la partie d’orchestre des rapprochements avec la musique composée par Tchaïkovski pour une autre histoire fantastique pour les enfants, Casse-Noisette. Le deuxième mouvement réussissait même à annoncer la fraîcheur de la jeune Juliette telle que mise en musique par Prokofiev dans son ballet, tandis que dans le mouvement final, c’est l’atmosphère villageoise rustique du Petrouchka de Stravinski qui semblait flotter à portée des doigts agiles de Liu – toutes des musiques de ballets narratifs, preuve de l’emphase mise sur le récit dans l’approche de Liu.
Le pianiste a puisé dans un autre registre expressif pour le rappel, interprétant avec douceur l’évanescente Rêverie de Debussy.
La traversée, œuvre évocatrice commandée par l’OSM au compositeur québécois Denis Gougeon et dédiée à Rafael Payare, avait donné le ton de la soirée en ouverture de concert. La traversée imaginée par Gougeon, pouvant être interprétée autant comme un parcours physique que spirituel, est composée d’épisodes tour à tour mystérieux, triomphant ou épique, signalant l’atteinte de la destination finale par un thème soutenu et lyrique. L’inspiration dans un style musique de film est soulignée par le glissando par lequel s’installe l’accord majeur final, rappelant l’insigne sonore de fidélité audio THX.