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Toronto Montreal

LA VIE SECRÈTE DES INSTRUMENTS | Concert Ô Bali: côtoyer l'Asie avec le gamelan

Par julievovan le 6 décembre, 2017

Le concert Ô Bali de la SMCQ aura lieu le 7 décembre, 20 h, salle Pierre-Mercure. (Crédit: Evelyne Demers)
Le concert Ô Bali de la SMCQ aura lieu le 7 décembre, 20 h, salle Pierre-Mercure. (Crédit: Evelyne Demers)

Bali est plus proche de vous que vous le croyez! Le 7 décembre prochain, la Société de musique contemporaine du Québec présente un concert honorant José Evangelista. La soirée, intitulée Ô Bali s’imbrique dans une série rendant hommage au compositeur. Ce sera l’occasion de découvrir les instruments de l’orchestre gamelan balinais de l’Université de Montréal, Giri Kedaton.

José Evangelista a adopté le Québec en 1970.

« C’est toujours gênant quand on reçoit une consécration et un hommage, mais on l’accepte avec plaisir », dit le compositeur originaire de Valencia en Espagne.

« José Evangelista est un compositeur qui a été très présent depuis ses débuts, dit Alexandre David, compositeur dont les oeuvres sont aussi au programme du concert. Il a influencé beaucoup de compositeurs et a enseigné à plusieurs. Il s’est beaucoup inspiré des musiques balinaises et espagnoles »

Montréal doit à Evangelista son orchestre gamelan, qui reste encore très prisé.

« Chaque année, des compositeurs font appel à Giri Kedaton. Il y a un très grand terrain de jeu », dit David.

Au programme de la soirée : trois œuvres d’Evangelista et deux autres signées par les Indonésiens I Nyoman Windha et I Wayan Beratha. La pièce Ô Bali d’Evangelista est présentée en deux versions, toutes deux avec partitions. La première est entièrement interprétée avec des instruments occidentaux.

« J’ai voulu composer une pièce à partir de zéro, mais utiliser des références balinaises. Dans cette musique, on joue vite…mais on veut une continuité, une vitesse… ce sont des formules complémentaires et asymétriques. Le résultat est que les motifs ont une valeur égale. C’est une technique très balinaise », explique Evangelista.

La deuxième version utilise le gamelan gong kebyar. C’est un arrangement d’Alexandre David, compositeur enseignant l’atelier de gamelan à l’Université de Montréal. Cette fois-ci, on retourne aux sources balinaises, tout en mélangeant le moderne. Cette version d’Ô Bali est une sorte de traduction de l’œuvre originale, selon David. Il explique que l’œuvre d’Evangelista repose sur un cantus firmus, une série de notes fixe. Dans Ô Bali, on compte une trentaine de notes qui se rapprochent des intervalles balinais. Le compositeur explique qu’il a fallu modeler et réduire la pièce. Les instruments occidentaux comportent 12 demi-tons permettant la modulation; mais l’orchestre gamelan ne produit que 5 notes, et ils sont accordés différemment. Ainsi, « On perd certaines subtilités », dit-il.

Nous pourrons aussi entendre le Concerto Kebyar d’Evangelista. L’ensemble Giri Kedaton jouera l’équivalent d’un orchestre symphonique, et l’instrument soliste seront les ondes Martenot. Ce dernier possède une hauteur ajustable. Il peut donc s’agencer aux fréquences des instruments du gamelan par sa flexibilité.

Le concert se veut un mélange du moderne et de la tradition. Selon Evangelista, ce procédé est très populaire dans la culture balinaise et javanaise.

« Ils ont incorporé à la modernité », explique Evangelista, en parlant des compositeurs balinais contemporains. « La musique balinaise vit beaucoup de changement, les compositeurs balinais ont plus d’accès aux œuvres occidentales. Ils ont leurs connaissances, mais ils veulent innover », dit David.

Quel est le but de toute cette aventure canado-balinaise et de ce concert?

« L’idéal, c’est que le public soit capable de profiter des valeurs et du dynamisme de la musique balinaise, d’être conscient qu’on écoute de la musique savante… C’est une musique qui est extrêmement attirante, très populaire chez le public, même non préparé. C’est une musique savante, complexe, mais joyeuse et rythmique », dit José Evangelista.

Cymbales Ceng Ceng (Crédit: Julie Vovan)
Cymbales Ceng Ceng (Crédit: Julie Vovan)

Découvrir les instruments du gamelan

L’Université de Montréal possède son gamelan depuis 1987. Cette magnifique collection, qui vaut le détour, permet de mieux comprendre cette tradition et d’observer à quel point elle diffère de la tradition occidentale.

Les origines de la collection

En 1986, José Evangelista, emballé par la musique balinaise, entreprend des démarches auprès des autorités pour accueillir et conserver deux gamelans. À l’époque, l’Exposition universelle de Vancouver est en plein essor. Le gouvernement balinais visite le Canada avec sa musique et deux orchestres. En guise de remerciement pour leur séjour, les Balinais offrent les gamelans au Canada, comme le veut leur tradition. Le premier ira à l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, et le second, à l’Université de Montréal. Ces instruments sont aujourd’hui utilisés par l’ensemble Giri Kedaton, l’orchestre gamelan en résidence à l’UdeM.

L’orchestre gamelan est très différent de celui qu’on connaît. Sa musique est cyclique et donc répétitive. Elle est basée sur la mélodie et non sur l’harmonie, comme c’est le cas pour le chant grégorien.

Une coopération musicale

Contrairement à l’orchestre occidental, le gamelan ne comporte pas de soliste ni de chef d’orchestre attitré. Un musicien dirigeant utilise un tambour, le kendang, pour contrôler la vitesse, mais ce tambour est un instrument à part entière. Il a sa propre ligne musicale.

Un autre instrument suit le tempo du kendang mais il agit à titre de métronome : c’est le kempli ou le kajar . Finalement, un troisième leader se retrouve parmi les métallophones, ou les gangsa, qui ressemblent aux xylophones . Il s’agit d’un métallophone plus large jouant une octave plus basse. Ce dernier, par la particularité du son, donne ainsi la mélodie. Le son plus bas ainsi que les gestes plus prononcés du musicien ou de la musicienne aident à diriger l’ensemble du point de vue mélodique.

Le kempli ou kajar agit à titre de métronome. (Crédit: Julie Vovan)
Le kempli ou kajar agit à titre de métronome. (Crédit: Julie Vovan)

Chaque type d’instrument joue à une octave déterminée. Les métallophones s’occupent de la mélodie. Selon le directeur artistique de Giri Kedaton, Pierre Paré-Blais, les gongs et les autres percussions sont des instruments qui apportent l’ornementation et chaque type d’instrument a sa propre ligne mélodique et son cycle. Chaque section de l’orchestre joue donc en sorte de vague mélodique qui s’entremêle avec celle des autres. Alors, comment jouer en ensemble? « Il faut s’écouter », dit-il. Mais parmi les métallophones, une basse offre toujours une note commune sur laquelle tous les autres instruments terminent leur cycle respectif. Le gamelan est donc une forme de coopérative musicale.

Sans partitions

Autre différence avec les orchestres occidentaux : le gamelan n’utilise aucune partition. Cette musique se joue de mémoire. Au Giri Kedaton, pour être efficace, on transpose la musique avec une notation personnalisée au groupe pour mieux faciliter l’interprétation. Ce n’est qu’exception, car la tradition orale est importante dans la culture musicale balinaise.

Autre fait particulier : les instruments du gamelan s’accordent, mais ils ne sont pas tempérés. Pour remplacer un instrument ou l’accorder, on doit pouvoir entendre l’orchestre au préalable pour connaître sa fréquence exacte afin d’acheter un nouvel instrument ou accorder les anciens, explique Pierre Paré-Blais.

« Il faut qu’on ait des enregistrements de nos concerts qu’on envoie aux spécialistes du gamelan à Bali », dit-il.

Il existe différents types de gamelan, qui ont tous leurs particularités instrumentales et musicales. Ils proviennent de régions variées. Le gamelan de l’UdeM est un gong kebyar qui provient de Bali, mais l’université peut également former un gamelan plus petit, le angklung. En général, le gamelan de l’UdeM comporte entre 20 et 25 instruments, répartis en quatre familles.

Métallophones

Les métallophones ressemblent à des xylophones. Ils comportent 5 notes de base, soit l’équivalent du Do dièse, Ré, Mi, Sol dièse, et La. Il existe plusieurs types de gangsas, à des octaves variées. Les plaquettes sont en bronze, et le résonateur est en bambou ou en pvc. On frappe à l’aide d’un marteau, mais celui des basses est feutré pour que leur son soit percussif.

Métallophone basse. (Crédit: Julie Vovan)
Métallophone basse. (Crédit: Julie Vovan)

Gongs

Les gongs sont les percussions, mais ne dirigent pas le rythme. Ils sont des instruments musicaux à part entière. Le gong vertical surélevé, nommé le gong gede, est l’instrument sacré du gamelan. Il est considéré dans la tradition balinaise comme étant le centre et l’esprit de l’ensemble. Il est accompagné d’autres gongs, tous de différentes tailles, ayant un ton spécifique. On note aussi dans cette famille des gongs horizontaux, le reyong. Il consiste en 12 gongs placés en ligne. Cet instrument, vu sa largeur, demande plusieurs musiciens et musiciennes.

Gong Reyong. (Crédit: Julie Vovan)
Gong Reyong. (Crédit: Julie Vovan)

Instruments à rythme

Certains instruments s’occupent du rythme. Mis à part le kendang et le kempli déjà mentionnés, on dénote le ceng-ceng et le gentoran. Le ceng-ceng est une sorte de série de petites cymbales superposées. Ces dernières sont rassemblées sur un support en forme d’animal, souvent une tortue pour symboliser la culture balinaise. Le gentoran, quant à lui, consiste en un hélix de cymbales montées verticalement. Beaucoup y voient l’image d’un arbre.

Flûtes

Le gamelan peut aussi comprendre des flûtes, les Seruling. Celles-ci sont composées de bambou, et chacune d’entre elles a une gamme qui s’agence à leur gamelan d’adoption.

Concert Ô Bali, SMCQ, 7 décembre, 20 h , salle Pierre-Mercure. 

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julievovan

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Collaboratrice chez Ludwig van Montréal
Julie Vovan ne détient pas moins de six diplômes universitaires! En voici quelques-uns : certificat en journalisme, certificat en traduction et maîtrise en littérature anglaise. Elle a aussi effectué trois ans d’études en chant classique au programme externe de l’École de musique Vincent d’Indy. Soprano, elle a été choriste au sein d’Opéra Immédiat, du Chœur de l’UdeM et du Chœur philharmonique du Nouveau Monde.
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