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CRITIQUE | Spectacle Moscou-Hollywood à la Chapelle historique: un voyage poétique réussi

Par Jeanne Hourez le 16 octobre, 2017

La pianiste russe Irina Chkourindina s’était entourée de la soprano suisse Eva Fiechter et du comédien Maxime-Pierre Mahé afin de nous emmener dans un voyage entre la Russie et l’Amérique du Nord, sur les traces de Serguei Rachmaninov. (Photo: courtoisie)
La pianiste russe Irina Chkourindina. (Photo: courtoisie)

La Chapelle Historique du Bon-Pasteur était le lieu d’une rencontre multiculturelle particulièrement intéressante, hier après-midi. En effet, la pianiste russe Irina Chkourindina s’était entourée de la soprano suisse Eva Fiechter et du comédien Maxime-Pierre Mahé afin de nous emmener dans un voyage entre la Russie et l’Amérique du Nord, sur les traces de Serguei Rachmaninov, dans un spectacle intitulé Moscou-Hollywood, simple course.

Le spectacle est donc une rencontre poétique où les morceaux pour piano seul ou piano-chant dialoguent avec les textes de Laurence Naville, magnifiquement récités par le comédien, qui joue le rôle du compositeur russe. La scène est transformée en salon intime, où Rachmaninov lit une lettre (fictive, mais basée sur des faits réels) adressée à son ami Evgueni Somov. On navigue donc rapidement dans la vie du compositeur, revivant avec lui ses souvenirs les plus marquants et surtout son exil aux États-Unis où il rendit son dernier souffle en 1943, le cœur déchiré d’être si loin de « sa » Russie, pays qu’il disait d’ailleurs ne plus reconnaître à la fin de son existence.

La musique s’ouvre avec une pièce de jazz d’Irvin Berlin, Blue Skies, supposément le morceau jazz préféré de Rachmaninov. Suivent ensuite plusieurs pièces du compositeur : Préludes, Mélodies, Études-tableaux, séparées au milieu du spectacle par l’élégante Étude n°8 op.10 de Chopin.

Jeu des interprètes

Irina Chkourindina interprète les pièces avec un caractère général très intime, profond et sans esbroufe, qui correspond bien à l’atmosphère générale du concert. La pianiste possède une très grande palette sonore, ses lignes polyphoniques sont conduites avec clarté, le timbre du son est chaud et délicat, sans pour autant être féminin. Si c’est avant tout une introversion réfléchie qui règne dans sa version des pièces, on y décèle aussi des moments de musicalité fougueuse et éclatante. Quelques petites mésaventures techniques ont pu être remarquées dans l’étude de Chopin ainsi qu’une interprétation du Prélude en sol mineur de Rachmaninov, un peu instable rythmiquement, mais ce ne sont que des détails assumés et vite oubliés tant la qualité de la recherche sonore est aboutie. Le Prélude en si mineur, l’Étude-Tableau en sol mineur ou encore les mélodies Les eaux printanières et Rêve retinrent particulièrement l’attention du public, des petits bijoux interprétés avec maîtrise et intensité.

La pianiste est rejointe par la soprano Eva Fiechter, qui nous partage sa voix chaleureuse et puissante. Le duo, qui s’accorde sur une belle sensibilité, arrive à nous transmettre beaucoup d’émotions malgré quelques déséquilibres acoustiques à certains moments. L’intense voix de la chanteuse pourrait gagner en étant plus exploitée dans les nuances douces, mais ce sont des enjeux difficiles à gérer dans une salle dont la sonorité varie selon l’emplacement du spectateur. Maxime-Pierre Mahé, quant à lui, s’est totalement imprégné de son rôle et fait ressortir les nombreuses possibilités de sa voix sans aucune fioriture inutile. Il déclame son texte avec une grande aisance, à la fois passionné et fragile, comme l’était sans aucun doute Rachmaninov lors de ses derniers jours.

Ce spectacle musical est pensé avec beaucoup de goût et de poésie : le choix des pièces est particulièrement pertinent puisqu’il rejoint toujours une parole des textes lus précédemment. On sent que le trio d’artistes est bien rodé puisque lors des superpositions entre piano et lecture, on est capable de discerner le tout sans être gêné par l’un ou l’autre. Les textes sont absolument passionnants et d’une plume tout aussi sensible que les interprètes.

Des petites productions comme celle de cet après-midi sont toujours enrichissantes puisqu’elles nous permettent souvent de nous rapprocher plus intimement d’un compositeur, de plonger de manière plus profonde dans sa vie et surtout de lui apporter un nouvel éclairage.

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Jeanne Hourez

Pianiste, Jeanne détient une licence du Conservatoire national supérieur de musique de Paris ainsi qu'une maîtrise et un DEPA de la Faculté de musique de l'Université de Montréal. Elle se passionne pour la musique de chambre, la musique contemporaine et le journalisme musical. Elle est la fondatrice du Trio Benzaiten.

Jeanne Hourez

Pianiste, Jeanne détient une licence du Conservatoire national supérieur de musique de Paris ainsi qu'une maîtrise et un DEPA de la Faculté de musique de l'Université de Montréal. Elle se passionne pour la musique de chambre, la musique contemporaine et le journalisme musical. Elle est la fondatrice du Trio Benzaiten.
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