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ENTRETIEN | Alexandre Tharaud : « Je suis un véritable fan de Barbara depuis l’adolescence »

Par Caroline Rodgers le 1 octobre, 2017

Alexandre Tharaud rend hommage sur disque à son idole, la grande Barbara, en compagnie d’un cortège d’artistes qui reprennent certains des plus beaux titres de la chanteuse légendaire. (Crédit: Marco Borggreve).
Alexandre Tharaud rend hommage sur disque à la grande Barbara, en compagnie d’un cortège d’artistes qui reprennent certains des plus beaux titres de la chanteuse légendaire. (Crédit: Marco Borggreve).

Alexandre Tharaud fréquente souvent des chemins où l’on ne l’attend pas, que ce soit en abordant du répertoire qui étonne, en jouant au cinéma dans Amour de Michael Haneke, ou en écrivant Montrez-moi vos mains, un essai sur sa vie de pianiste. Cette fois, il rend hommage sur disque à son idole, la grande Barbara, en compagnie d’un cortège d’artistes qui reprennent certains des plus beaux titres de la chanteuse légendaire. Plus qu’un simple album, il s’agit d’un événement.

« Cette idée est née il y a vingt ans, pendant les obsèques de Barbara, évoque le pianiste à l’occasion d’un entretien téléphonique. Je mets souvent beaucoup de temps pour accoucher de mes disques. Chacun d’entre eux met des années à être construit dans ma tête, mais pour celui-là, ça a été encore plus long. D’abord parce que ce n’est pas mon métier, la chanson. Aussi, parce que c’est quelque chose de gigantesque que de vouloir rendre hommage à Barbara. »

 

 

Présent parmi la foule des amoureux de Barbara venus lui faire ses adieux au cimetière de Bagneux, au sud de Paris, il se souvient clairement de l’ambiance qui régnait.

« L’enterrement était très triste. Ils le sont toujours, mais ce jour-là, une pluie fine transperçait nos vêtements et une foule de stars de la télévision et de la chanson étaient venues pour se montrer devant les caméras et j’étais révolté de cela. J’étais très en colère. Au bout d’une heure, tous ces gens-là sont partis et nous sommes restés, peut-être 1000 ou 2000 personnes, des anonymes. Nous nous sommes mis à chanter et le soleil est apparu. C’était un moment fort et grave. Il n’y avait plus de tristesse. Je me suis dit à ce moment-là que Barbara, à présent, vivait dans nos voix, dans nos corps, dans nos cœurs. À nous, maintenant, de la faire connaître autour de nous, et je me suis dit qu’un jour, je lui ferais un disque. »

Devenir un fan de Barbara

Alexandre Tharaud a découvert Barbara à l’adolescence.

« C’est quelqu’un qui parle beaucoup aux adolescents. C’était dans les années 1980 et je l’écoutais énormément. Même quand je venais à Montréal, car j’ai découvert le Québec à 17 ans, je l’écoutais dans mon baladeur. Parce que j’étais amoureux alors, je me souviens bien de mon mois d’août 1988. De l’avoir passé à être enveloppé par la voix de Barbara sur son album double, Châtelet 87. »

Ce qu’il aime chez elle, c’est avant tout sa voix.

« Sa voix est enveloppante, maternelle. On a l’impression qu’elle fait partie de notre famille, qu’elle est très proche de nous, qu’elle nous chuchote à l’oreille. Quand je l’écoutais dans mon lit, adolescent, j’avais l’impression qu’elle me comprenait comme personne d’autre. C’est une voix ronde, qui a suivi des cours de chant classique. Cela se sent dans ses premiers enregistrements. Et puis il y a les textes, où elle parle de sa propre vie. C’est un cas unique dans la chanson française d’avoir une artiste qui n’a écrit que sur sa vie, ce qu’elle a vécu et ressenti, de la première à la dernière chanson. À travers ce qu’elle a vécu, elle nous demande de nous protéger et de faire attention. C’est quelque chose de bouleversant. Elle a eu un parcours extrêmement rude. L’enfant juive persécutée pendant la guerre, l’inceste qu’elle a subi de son père, sa solitude, la mort de ses parents, le mal de vivre, et plus tard la fatigue, la maladie, les histoires d’amour. Tout cela, elle nous le partage en chanson. »

 

 

Barbara a composé elle-même la musique de la plupart de ses chansons.

« C’est merveilleux parce que la musique d’une chanson doit paraître assez simple, avec une mélodie qui peut se siffloter instantanément. Si on y regarde de plus près, toutefois, les musiques de Barbara sont très travaillées. Elles ne sont pas si simples. Derrière, il y a un véritable travail d’orfèvre. Elle les travaillait parfois pendant dix ans avant de les enregistrer, et même après, quand elle les rejouait en concert, on sentait qu’elle retravaillait les mélodies et les harmonies, derrière, avec les arrangements. »

Le pianiste, qui semble connaître la vie de la chanteuse du bout des doigts, nous informe des liens que cette dernière entretenait avec la musique classique.

« Barbara a été auditrice libre au Conservatoire de Paris. Elle prenait aussi des cours de chant classique et tout jeune, elle a participé à des opérettes en tant que choriste ou en jouant de petits rôles. Elle a donc été liée au monde classique. Plus tard, elle a écrit une chanson, en 1990, qui s’intitule Coline, et qui est basée sur un thème de Schubert. La musique classique revient à intervalle régulier dans sa vie. Elle écoutait beaucoup Maurice Ravel, avec Brel. C’est Brel qui lui a fait découvrir la musique de Ravel. Ils l’écoutaient et discutaient des nuits entières. »

 

 

Tous ces détails sur la vie d’une artiste, on ne peut les connaître que quand on est un vrai admirateur.

« Je suis un vrai fan, un fan débile, un fan qui est fou. Un fan, par définition, c’est quelqu’un qui n’est pas raisonné. Je me suis baigné dans tout ce qu’a fait Barbara, les écrits, les enregistrements, les interviews qu’elle a données. Je m’en rends compte, quand j’en parle, que je suis un peu fou d’avoir fait tout ça. C’est la seule artiste pour laquelle j’ai fait ça, il n’y en a pas d’autres. »

L’album

Le nouvel album, Alexandre Tharaud – Barbara, compte 26 pièces, sous étiquette Erato. Seize chansons sont interprétées par autant d’artistes : Jane Birkin, Dominique A, Vanessa Paradis, Jean-Louis Aubert, Juliette Binoche, Camélia Jordana, Rokia Traoré, Juliette, Bénabar, Guillaume Gallienne, Hindi Zahra, Tim Dup, Radio Elvis, Albin de la Simone, Luz Casal, Helmut Berger. Les autres pièces de l’album reçoivent un traitement instrumental avec piano, clarinette et autres. Alexandre Tharaud a réalisé tous les arrangements, sauf deux, et accompagne chacun des interprètes.

Le nouvel album, Alexandre Tharaud - Barbara, compte 26 pièces. Quinze chansons sont interprétées par autant d’artistes : Jane Birkin, Dominique A, Vanessa Paradis, Jean-Louis Aubert, Juliette Binoche, Camélia Jordana, Rokia Traoré, Juliette, Bénabar, Guillaume Galienne, Hindi Zahra, Tim Dup, Radio Elvis, Albin de la Simone, Luz Casal, Helmut Berger.
Le nouvel album, Alexandre Tharaud – Barbara, compte 26 pièces. Quinze chansons sont interprétées par autant d’artistes : Jane Birkin, Dominique A, Vanessa Paradis, Jean-Louis Aubert, Juliette Binoche, Camélia Jordana, Rokia Traoré, Juliette, Bénabar, Guillaume Gallienne, Hindi Zahra, Tim Dup, Radio Elvis, Albin de la Simone, Luz Casal, Helmut Berger.

« Il y a un noyau, parmi ces chanteurs, que je connais depuis longtemps, comme Juliette et Albin de la Simone. C’était facile pour moi de savoir ce qui allait bien sonner. Pour les autres, j’ai imaginé quelle chanson pourrait les émouvoir, celle qu’ils pourraient le mieux chanter. J’ai voulu trouver la meilleure rencontre. Cet enregistrement était très agréable, parfois au bord des larmes. De plus, je sentais que pour chacun de ces interprètes, ce n’était pas rien de venir en studio et de reprendre ces chansons. Barbara intimide parce que c’est un génie et qu’elle a été peu reprise pendant vingt ans. On sentait une certaine gravité, mais ça n’empêchait pas la joie et les rires. Il y avait une grande intensité. »

Pour le pianiste, habitué d’être au centre de l’attention comme soliste ou en récital, devenir simple accompagnateur, le temps d’un album, est une expérience agréable.

« Ça fait du bien de porter une voix, d’être une sorte de tapis de velours, d’essayer de mettre cette voix en valeur. J’aime ça. »

Après Le Bœuf sur le toit, un album sur le thème des Années Folles à Paris, Alexandre Tharaud n’en est pas à sa première incursion en dehors des sentiers classiques purs.

« Avec Le Bœuf sur le toit, je voulais faire mieux connaître cet endroit qui a été important dans l’histoire de la musique et dont très peu de gens ont parlé. Pour Barbara, c’est tout à fait différent. C’est un acte passionnel et je voulais faire quelque chose à ma manière pour le 20e anniversaire de sa mort. Ça m’apporte beaucoup de travailler avec d’autres artistes, qui ont des moyens différents des miens de s’exprimer et de travailler. Avec les chanteurs, il faut qu’il y ait une grande part d’improvisation et de spontanéité, contrairement à nous, les musiciens classiques, qui répétons pendant des mois. Ce qui nous sépare, il faut le voir comme une chance. C’est sur un terrain commun que l’on se retrouve. Tous les chanteurs qui ont participé à ce disque ont compris cela. Ils ont fait un chemin vers moi, et j’ai fait un chemin vers eux. »

En tournée avec l’Orchestre Métropolitain

Parmi les projets à venir d’Alexandre Tharaud, il y a la tournée européenne avec l’Orchestre Métropolitain. Si le pianiste a souvent joué sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, que ce soit à Londres, Rotterdam ou Philadelphie,  il n’a jamais eu l’occasion de le faire avec l’OM. Ce sera bientôt chose faite, comme soliste invité de cette tournée, fin novembre. Il jouera trois fois avec l’orchestre, soit à Cologne, Amsterdam et Paris, le Concerto pour la main gauche, de Ravel.

« J’ai entendu souvent l’OM, car cela fait partie de deux passions importantes, dans ma vie : j’aime Barbara et le Québec. Ça me fait plaisir, en plus, de jouer avec eux ce concerto que j’interprète si souvent. C’est une œuvre que j’aime et qui a un impact fort sur le public. Nous sommes peu de pianistes à la jouer. Yannick est le chef idéal pour porter cette œuvre à la scène. »

On pourra également entendre Alexandre Tharaud à Montréal juste avant la tournée de l’OM, le 22 novembre, 19 h 30, lors du concert Accent français, à la Maison symphonique.

L’album Alexandre Tharaud  – Barbara sera disponible au Québec à compter du 13 octobre 2017.

 

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

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Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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