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DISQUES | Une Neuvième Symphonie de Beethoven renouvelée

Par Dominique Joucken le 20 novembre, 2019

couverture du disque du Wiener Symphoniker, Philippe Jordan de dos, Neuvième symphonie de Beethoven

  

À quoi bon une 150ème lecture de la Neuvième symphonie de Beethoven ? 150 est en effet grosso modo le nombre de versions disponibles pour le moment, tenant compte du fait que le marché est sinistré et que pas mal d’interprétations attendent une réédition. Pour prétendre s’imposer dans une telle jungle, il faut avoir quelque chose de neuf à proposer. Philippe Jordan le sait, et il va s’employer à dépoussiérer toutes nos idées sur l’oeuvre, quitte à bousculer et ses auditeurs et son noble orchestre. Le Wiener Symphoniker est une phalange plutôt traditionnelle, dont les vénérables origines remontent à 1900, et qui a compté parmi ses chefs attitrés Furtwängler, Krips, Giulini ou Karajan, excusez du peu! S’il est moins connu que son rival (le Philharmonique), c’est lui qui assure l’essentiel de la vie symphonique viennoise. C’est dire que ses membres sont issus d’une certaine tradition, d’une certaine façon de voir Beethoven. Mais le chef n’en a cure, et s’il s’appuie sur les riches sonorités de son ensemble, c’est pour en tirer quelque chose d’inédit. 

La rapidité est la première des originalités offertes par Philippe Jordan. Les baroqueux l’ont certes précédé dans cette voix, mais avec 63 minutes au total, il se range parmi les interprètes les plus rapides de la discographie. Contrairement à d’autres, sa rapidité ne s’exerce pas au détriment de l’articulation, et toutes les richesses de la partition demeurent audibles. Arriver à faire se mouvoir si vite un orchestre aussi dense que le Wiener Symphoniker, sans abîmer sa sonorité, montre à quel niveau technique de direction est parvenu Jordan, et l’exploit mérite un coup de chapeau. Évidemment, cela ne va pas sans inconvénient. Il y a pas mal de moments où cela ne chante pas autant qu’on l’aurait voulu, notamment dans l’Adagio. Mais pour ces quelques regrets, quelle vie, quelle dramatisme, quelle urgence! 

Deuxième marque de fabrique du disque : la sollicitation de la partition. Le chef a visiblement mûri son interprétation pendant longtemps, et il a à cœur de nous faire découvrir une foule de détails. Le rôle des cuivres dans le mouvement initial, la découpe rythmique du Scherzo, l’équilibre entre les vents et les cordes dans le premier énoncé de l’Ode à la joie ne sont que des exemples, mais l’inouï est au rendez-vous, quitte parfois à faire hurler les puristes, parce qu’il semble que Jordan aille au-delà du texte. Il est aidé par une prise de son qui radiographie la partition et ne laisse rien perdre des détails qu’il s’ingénie à faire saillir. 

Enfin le disque se distingue par la qualité de sa partie vocale. Ici, on sent la patte du chef d’opéra, actif depuis 8 ans à Paris et dès l’année prochaine au Staatsoper de Vienne. Les chœurs sont menés d’une main de maître, et les chanteurs, au lieu d’être livrés à eux-mêmes dans leurs redoutables parties, sont accompagnés, guidés, aidés. Jordan allège son orchestre, adapte son tempo ou son volume à chaque fois que cela s’avère nécessaire, et cela nous vaut un dernier mouvement où la partie dévolue à la voix humaine n’est plus opposée à l’orchestre en un vain combat, mais fusionnée en une harmonie parfaite. Les individualités n’hésitent pas à se déployer. Au premier rang, un René Pape pourtant familier de la partition, mais qu’on n’a jamais entendu aussi bien chantant et investi dans sa partie, qui du coup paraîtrait presque facile. Burkhard Fritz transcende ses limites de timbre et de volume, et nous offre une marche alla turca haletante. Les deux dames, si elles ont des rôles moins identifiables, donnent du moins l’impression que leurs partitions n’ont pas été écrites «  contre » les voix, mais pour elles. 

Au total, Philippe Jordan clôture son intégrale Beethoven avec une Neuvième surprenante, pleine d’atouts et d’idées originales, qui révèle une pensée musicale d’une profondeur rare en cette période d’uniformisation. En septembre 2020, il prendra ses fonctions à l’opéra de Vienne. Nous attendons avec impatience ses premiers témoignages à ce poste exposé, où il aura la lourde tâche de succéder à un certain Gustav Mahler. « A cœur vaillant, rien d’impossible », ce disque en est une preuve. Bon vent, Maestro !

Beethoven, Symphonie n° 9 

René Pape, basse

Burkhard Fritz, ténor

Anja Kampe, soprano

Daniela Sindram, alto

Wiener Singverein

Wiener Symphoniker, direction : Philippe Jordan 

1 CD Wiener Symphoniker label, WS 017, 63’, enregistré « live » à Vienne en mai 2017

 

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Dominique Joucken

Dominique Joucken détient une maîtrise en droit et une maîtrise en journalisme de l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Il s’est intéressé à la musique classique pour la première fois à 13 ans. Un séjour Erasmus de six mois à Vienne, pendant ses études, scelle définitivement son amour pour la musique et il devient, avec les années, un mélomane plus qu’averti, collaborant depuis 2007 au prestigieux magazine Classica, au webzine lyrique Forum Opéra depuis 2013, et au Monnaie magazine, la revue de l’Opéra de Bruxelles, depuis 2016. Dominique se spécialise en musique vocale et en opéra mais il est passionné par tous les genres musicaux, avec un faible particulier pour le répertoire français.

Dominique Joucken

Dominique Joucken détient une maîtrise en droit et une maîtrise en journalisme de l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Il s’est intéressé à la musique classique pour la première fois à 13 ans. Un séjour Erasmus de six mois à Vienne, pendant ses études, scelle définitivement son amour pour la musique et il devient, avec les années, un mélomane plus qu’averti, collaborant depuis 2007 au prestigieux magazine Classica, au webzine lyrique Forum Opéra depuis 2013, et au Monnaie magazine, la revue de l’Opéra de Bruxelles, depuis 2016. Dominique se spécialise en musique vocale et en opéra mais il est passionné par tous les genres musicaux, avec un faible particulier pour le répertoire français.
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