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Toronto Montreal

OPÉRA | Cosi fan Tutte: une oeuvre au tournant des siècles

Par Michel Joanny-Furtin le 25 février, 2019

Jean-François Rivest, chef de l’OUM; Dominic Veilleux (Don Alfonso), baryton; Agnès Ménard (Fiordiligi), soprano; Claude Poissant, metteur en scène. (Photo: Courtoisie UdeMNouvelles/Amélie Philibert)
Jean-François Rivest, chef de l’OUM; Dominic Veilleux (Don Alfonso), baryton; Agnès Ménard (Fiordiligi), soprano; Claude Poissant, metteur en scène. (Photo: Courtoisie UdeMNouvelles/Amélie Philibert)

Du 28 février au 3 mars, l’Atelier d’opéra de l’Université de Montréal (UdeM) présentera le fameux « Così fan tutte, ossia La scuola degli amanti » (ou l’École des amants), l’opéra en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret en italien de Lorenzo da Ponte.

« C’est le seul Da Ponte que nous n’avions pas encore monté », affirme Jean-François Rivest, le fondateur, directeur artistique et chef principal de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM).

« Ce choix est lié aux forces en présence en raison des chanteurs et du mariage des voix. Trois gars, trois filles, peu de chœurs, mais c’est un opéra fabuleux parce que Mozart reste très communicatif pour le public, et très éducatif aussi pour nos étudiants. »

« Je voulais amener tout ce bateau et son équipage à développer un style spécifique, un peu comme apprendre une langue, le style classique, mozartien – un style difficile pour les musiciens et les chanteurs – et les plonger jusqu’au cou plusieurs mois dans ce bain avec une langue – l’italien – les ornementations, les cadenza, les archets… », explique le chef d’orchestre.

« D’ailleurs, toutes les cordes ont le même modèle d’archet classique (1765-1770), même les deux cors sont naturels, sans pistons et les timbales sont des petites timbales classiques. C’est une aventure à la découverte du style classique… »

 

L'OUM en répétition pour Cosi fan Tutte, présenté à la salle Claude-Champagne du 28 février au 3 mars. (Courtoisie UdeM/Amélie Philibert
L’OUM en répétition pour Cosi fan Tutte, présenté à la salle Claude-Champagne du 28 février au 3 mars. (Courtoisie UdeMNouvelles/Amélie Philibert)

Un opéra… théâtral

Pour Claude Poissant, c’est son premier opéra classique. « J’ai travaillé auparavant sur des œuvres contemporaines avec Pauline Vaillancourt chez Chants Libres. On m’a plusieurs fois approché pour mettre en scène des opéras, mais les agendas ne s’y prêtaient pas. Or, ici, l’occasion était belle, dans un contexte d’école d’art lyrique, autour d’une œuvre liée à une pédagogie avec des interprètes qui ont un bagage. »

Cosi fan Tutte est un opéra et n’a jamais été une pièce de théâtre, mais son histoire reste très théâtrale. C’est plus qu’un argument, « on dirait Molière, Goldoni ou Marivaux. De plus, cette œuvre est aussi prévue qu’imprévisible, avance Claude Poissant. C’est en même temps une œuvre précise en termes d’écriture classique et une œuvre pleine de libertés. La musique, je ne sais pas la lire, admet le metteur en scène, mais je sais l’entendre. Je suis entré par une porte différente, et j’ai vraiment travaillé avec le livret de Da Ponte. »

Une passerelle entre deux univers

« Mettre en scène un opéra, c’est à la fois mettre en scène des voix et des corps, un propos, des personnages, et les sentiments qui sont là. Je dois trouver comment ils s’accordent à ces artistes-là à qui on demande d’être des acteurs et de chanter en même temps. Le jeu est très important dans cette œuvre. Mais l’espace scénique d’un opéra n’est pas celui d’un théâtre : je dois tenir compte que les chanteurs ne peuvent pas tourner le dos comme on le fait au théâtre. »

 

« La passerelle entre ces deux univers, c’est le génie de la musique de Mozart dont la proposition musicale nous fait comprendre le théâtre. Il nous indique exactement où est le sentiment, comme une aiguille d’acupuncture qui vise juste », s’amuse Claude Poissant. « C’est un amalgame dont il faut lier la force, le sens, les interprètes, leurs inquiétudes, leurs techniques vocales, etc., afin de faire l’osmose de tous ces éléments. » – Jean-François Rivest.

 

La désillusion cynique de Don Alfonso

Cosi fan Tutte ou l’école des amants : le sous-titre est bien évocateur et plus juste envers les six personnages de cette histoire, que l’on pourrait traduire en une bluette entre ados alors que la tension dramatique sous-jacente de cet opera buffa traite plutôt de l’apprentissage un peu amer des incertitudes de l’amour et de la fidélité, pour devenir… adulte.

« Pour Fiordiligi, c’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte », pense la soprano Agnès Ménard qui l’incarne.

« Elle se demande qu’est-ce que l’amour ? Comment faire la part des choses entre une bonne éducation versus la passion amoureuse, la raison versus le cœur ? » Agnès Ménard était danseuse. Blessée, elle a dû renoncer, mais ses connaissances musicales, ses qualités vocales et ses professeurs l’ont convaincue de poursuivre ses talents en art lyrique.

Le baryton Dominic Veilleux est venu au chant alors que sa formation de comédien lui prodiguait 90 minutes de chant par semaine. La préparation d’un diplôme collégial lui a fait découvrir l’art lyrique.

« Don Alfonso n’est pas forcément un personnage vieux », avance son interprète. « Il est un peu plus âgé que Ferrando et Guglielmo, mais sans doute désabusé par ses propres amours, il est devenu cynique en perdant ses illusions. »

Approches interprétatives

« Le sujet en apparence se rit des femmes, analyse Jean-François Rivest, mais il s’agit en fait d’un piège ourdi par des hommes contre elles. Même si elle est heureuse, la fin est équivoque et dévoile un sens profond qui amène une certaine critique sociale et démontre l’attirance des êtres humains pour le secret, l’interdit ou le non-conventionnel, le goût de l’étranger, du doute et de l’aventure. »

Pour Jean-François Rivest, le personnage de Despina incarne le changement de caste sociale qui annonce le tournant du 19e siècle. Ce personnage rappelle aussi que le plaisir est malicieux, libérateur et se moque des convenances. « Cosi fan Tutte serait le dernier d’une longue lignée d’opéras du 18e siècle et des auteurs de théâtre de cette époque. Après la Révolution et Napoléon, on va passer au 19e siècle. Avec Cosi, Mozart embrasse à la fois la tradition, entre le loufoque et le sérieux, et pave la voie à la modernité de l’opéra romantique du 19e siècle. »

Cosi fan Tutte: deux distributions en alternance à la salle Claude-Champagne, les jeudi 28 février, vendredi 1er mars et samedi 2 mars à 19h30 puis le dimanche 3 mars à 15h. DÉTAILS ET BILLETS.

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Michel Joanny-Furtin

Collaborateur chez Ludwig van Montréal
Journaliste et chroniqueur, cet ancien travailleur social passionné d’art lyrique et de musique classique, mais aussi contemporaine, a commencé comme attaché de presse de jeunes compagnies lyriques et théâtrales tout en poussant quelques improbables contre-uts dans un chœur d’hommes.
Avant de verser dans le journalisme culturel et social local au Québec depuis quelques années, dont une à la SMCQ, cet animateur radio a également produit "Opér’Apéritif" sur les ondes de Radio-Dreyeckland en Alsace puis de CIBL à Montréal pendant quelques années. Comme quoi, entre le micro et la plume, Michel Joanny-Furtin prend toujours… des notes !

Michel Joanny-Furtin

Collaborateur chez Ludwig van Montréal
Journaliste et chroniqueur, cet ancien travailleur social passionné d’art lyrique et de musique classique, mais aussi contemporaine, a commencé comme attaché de presse de jeunes compagnies lyriques et théâtrales tout en poussant quelques improbables contre-uts dans un chœur d’hommes.
Avant de verser dans le journalisme culturel et social local au Québec depuis quelques années, dont une à la SMCQ, cet animateur radio a également produit "Opér’Apéritif" sur les ondes de Radio-Dreyeckland en Alsace puis de CIBL à Montréal pendant quelques années. Comme quoi, entre le micro et la plume, Michel Joanny-Furtin prend toujours… des notes !
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