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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN | Entrevue dans un taxi avec Jean-Guihen Queyras

Par Caroline Rodgers le 22 novembre, 2017

Jean-Guihen Queyras sera de la tournée de l'Orchestre Métropolitain, du 24 novembre au 4 décembre. (Crédit: François Sechet)
Jean-Guihen Queyras sera de la tournée de l’Orchestre Métropolitain, du 24 novembre au 4 décembre. (Crédit: François Sechet)

Les cours de maîtres étant ce qu’ils sont, nous avions déjà pris une bonne demi-heure de retard quand j’ai enfin eu la chance de parler à Jean-Guihen Queyras, après sa rencontre avec des étudiants de la Faculté de musique de l’Université de Montréal, mardi soir. Comme il avait d’autres obligations, je lui proposai de poursuivre notre entretien dans un taxi, en route vers son prochain rendez-vous.

Première révélation : le violoncelliste porte des gants d’hiver ornés du logo des Canadiens de Montréal. Serait-il fan de hockey?

« Pour être honnête, je n’y connais rien, répond-il, pragmatique. Je les ai achetés à l’aéroport parce que j’avais perdu les miens. »

Déception.

Ce n’est pas pendant cette tournée que l’on aura droit à une discussion enflammée entre violoncellistes sur la saison du Tricolore, entre deux concertos (sachant que Stéphane Tétreault, lui-même, est amateur de notre sport national.)

Une fois bien installés dans notre taxi, le précieux instrument occupant le siège avant, virtuose et journaliste à l’arrière, on enchaîne avec les questions d’usage.

Le chef

Bien qu’il ait joué plusieurs fois sous la direction de Yannick Nézet-Séguin avec d’autres orchestres, Jean-Guihen Queyras n’avait jamais joué avec l’Orchestre Métropolitain avant cette semaine.

« Nous avons eu notre première répétition ce matin et j’ai trouvé l’ambiance délicieuse, dit-il. L’atmosphère de travail est très détendue, mais on sent une certaine électricité parce qu’ils vont partir en Europe, et c’est un moment particulier dans leur vie. Ça me fait plaisir d’être avec eux à ce moment-là. En ce qui concerne Yannick, on manque un peu de superlatifs. Ce qui est extraordinaire, avec lui, c’est de voir que malgré une telle célébrité, il est toujours là, disponible, dans l’instant, avec les musiciens. »

Le concerto

Avec l’OM en tournée, Jean-Guihen Queyras jouera le Concerto pour violoncelle no 1 de Camille Saint-Saëns, une œuvre qu’il ne joue pas souvent.

« C’est un concerto très connu, notamment parce que souvent, c’est l’un des premiers qu’on apprend quand on est jeune violoncelliste et qu’on commence à avoir une technique développée. Musicalement, c’est un concerto très classique, j’ai presque envie de dire que c’est un cas d’école, mais avec beaucoup de charme. Je ne l’ai pas joué beaucoup, contrairement à ceux de Schumann, de Chostakovitch ou d’Elgar. Quand Yannick me l’a proposé, je me suis dit, pourquoi pas, ce sera un peu un retour vers l’enfance, car je l’ai appris quand j’avais environ douze ans. »

 

Jean-Guihen Queyras. (Crédit: François Sechet)
Jean-Guihen Queyras. (Crédit: François Sechet)

Le Québec

Yannick Nézet-Séguin l’a mentionné plusieurs fois : les musiciens français qu’il a invités à se joindre à la tournée ont un lien fort avec le Québec. On connait déjà la passion d’Alexandre Tharaud pour le Québec, qu’il visite très souvent. Jean-Guihen Queyras, lui, est né à Montréal et il a grandi à Sherbrooke jusqu’à l’âge de cinq ans avant de déménager en Algérie, puis en France.

« Pour moi, Montréal, c’est extraordinaire, dit-il. J’ai de la famille ici, des cousins et mon père biologique, avec qui j’a renoué depuis quinze ans. Je n’avais pas remis les pieds au Québec jusqu’à l’âge de vingt ans. Je suis revenu pour passer Noël chez une tante alors que j’étudiais à New York. Tout d’un coup, ça a été un sentiment incroyable d’entendre la langue québécoise, de voir l’hiver, le froid. J’ai été fasciné de constater à quel point ce que l’on vit dans les cinq premières années de sa vie nous marque. Pour moi, c’était un retour à la maison. Émotionnellement, c’était très fort. »

Le violoncelliste apprécie la chaleur humaine et la simplicité des Québécois.

« Il y a moins de snobisme, les rapports entre les gens sont sains », dit-il.

L’enseignement

C’était très évident pendant le cours de maître qu’il a donné à l’Université de Montréal : Jean-Guihen Queyras aime enseigner. Malgré un agenda de concerts bien rempli, il a une classe d’une douzaine d’élèves, à Freibourg, en Allemagne, où il vit.

« On est toujours en train d’essayer de trouver un équilibre entre les tournées de concert et l’enseignement. C’est clair que j’ai des étudiants très souples. Ils profitent du fait que j’ai une expérience de la scène, et ça peut être un atout dans l’enseignement, mais le prix à payer c’est que l’on se voit moins souvent. Je leur donne un plan au début du semestre et ils savent que je m’occupe d’eux. J’aime enseigner car c’est un plaisir de transmettre quelque chose qui nous passionne. Dans l’échange avec l’étudiant, on est obligé de réfléchir à la manière d’interpréter la musique. Cela va aussi dans l’autre sens. J’amène dans mes cours mon expérience du concert. Quelque part, quand on donne un concert, c’est aussi un acte de transmission et de communication. »

Le prochain disque

Le violoncelliste prépare ces temps-ci un nouvel enregistrement de Sonates et de Danses hongroises de Brahms, avec Alexandre Tharaud.

« Nous avons transcris six des Danses hongroises pour le violoncelle et piano. Ça avait déjà été fait, notamment par Alfredo Piatti, un virtuose du début du XXe siècle, mais nous n’étions pas satisfaits de cette transcription. Nous avons tout retravaillé et trouvé d’autres solutions pour déterminer quel instrument joue telle ligne ou telle mélodie. D’une façon, ce sera un peu une première. »

Concert l’Accent français – Jean-Guihen Queyras, Marie-Nicole Lemieux et Alexandre Tharaud avec l’Orchestre Métropolitain, 22 novembre, 19 h 30, Maison symphonique.

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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