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ENTRETIEN | Karen Gomyo: une enfant de Montréal

Par Caroline Rodgers le 9 novembre, 2017

La violoniste canadienne Karen Gomyo revient pour une quatrième fois comme soliste à l’OSM, après cinq ans d’absence. (Crédit: Jose Luis Cortes)
La violoniste canadienne Karen Gomyo revient pour une quatrième fois comme soliste à l’OSM, après cinq ans d’absence. (Crédit: Jose Luis Cortes)

Elle a passé une partie de son enfance à Montréal et pourtant, on l’entend rarement ici. La violoniste canadienne Karen Gomyo revient pour une quatrième fois comme soliste à l’Orchestre symphonique de Montréal, après cinq ans d’absence, pour le concert Voyage en Europe de l’Est. Elle jouera le Concerto pour violon no 2 de Bartok sous la direction de Keri Lynn Wilson. Portrait.

Née au Japon, la musicienne a grandi à Westmount, de l’âge de deux ans jusqu’à onze ans, alors qu’invitée par la grande pédagogue du violon Dorothy DeLay, elle est partie vivre à New York avec sa mère pour étudier à Juilliard.

« Mes plus anciens souvenirs sont ici, dit Karen Gomyo, rencontrée juste après sa répétition avec l’OSM, hier. J’ai commencé le violon à cinq ans mais au début, ce n’était qu’une activité parmi d’autres, je faisais aussi du karaté et du ballet. J’ai eu l’occasion de rencontrer Dorothy DeLay dans un cours de maître à Chicago, après que mon professeur lui ait envoyé un enregistrement de moi. Nous étions deux enfants canadiens, parmi une dizaine, choisis pour jouer devant elle. L’autre était Rémi Pelletier, qui est aujourd’hui altiste au sein de l’OSM. »

Dorothy DeLay, maintenant décédée, a enseigné, entre autres, à Midori, Nigel Kennedy, Anne Akiko Meyers…et Angèle Dubeau. Elle a aussi été assisté un autre célèbre professeur, Ivan Galamian, lorsqu’il enseignait à nul autre qu’Itzhak Perlman.

« Juilliard m’a offert une bourse complète pour étudier là-bas, dit-elle. Ça a été une grosse décision pour notre famille, mais ma mère voulait que je puisse profiter de cette chance. Depuis que j’étais bébé, avant même de savoir parler, je fredonnais. J’étais une enfant musicale, si l’on peut dire. La musique était constamment dans ma tête. Mes parents ne m’ont pas poussée, c’était vraiment mon choix. »

Bartok

Cette visite à l’OSM est sa quatrième comme soliste invitée. Cette fois, elle jouera un concerto reconnu comme très difficile, le second de Bartok.

« Cette œuvre est très particulière, dit-elle. Comme vous le savez, Bartok avait un intérêt pour le folklore. Il a eu des phases où cela est très évident dans ses œuvres, et d’autres où c’est plus subtil et abstrait. Dans ce concerto, écrit plus tard dans sa vie, il y a des éléments très abstrait mais on peut encore entendre l’influence de ces chansons folkloriques, d’une grande variété, certaines lentes et d’autres plus rapides, qui rappellent un peu le jeu d’un fiddler. Il les a intégrées dans cette structure très complexe, et joue avec un thème et des variations très créatives dans le second mouvement. La structure globale est incroyablement brillante. C’est seulement la deuxième fois que je le joue en concert. Je me suis donnée pour mission, chaque saison, d’apprendre quelque chose de nouveau, soit une œuvre nouvellement composée ou une œuvre plus connue mais qui est nouvelle pour moi. »

Les autres oeuvres au programme de ce concert présenté deux fois sont la Symphonie no 9 de Chostakovitch et Ringelspiel, d’Ana Sokolovic. Il s’agit donc d’un rare triplé féminin pour l’OSM: soliste, chef d’orchestre et compositrice.

Stradivarius 

Karen Gomyo joue depuis seize ans sur un Stradivarius de 1703, le Aurora, exFoulis, qu’un riche philanthrope a acheté pour elle. S’intéressant aux célèbres violons de Crémone, elle a participé à un documentaire du réseau de télévision NHK Japan sur les Stradivarius intitulé The Mysteries of the Supreme Violin.

« Bien des violonistes passent leur vie à apprendre l’instrument mais de savoir comment un violon est fait, c’est une toute autre histoire. C’est absolument fascinant de savoir tout le travail qui va dans la facture d’un violon et pourquoi on le fait ainsi. J’ai voyagé sur une période de deux mois, avec l’équipe de tournage. Nous sommes allés à Crémone parler aux facteurs modernes, et dans un centre de radiologie à Minneapolis pour faire analyser un violon, et à la Librairie du Congrès à Washington, où ils ont un violon qui est le fruit du travail de 50 luthiers réunis. Malgré toutes ces démarches, nous n’avons pas trouvé le secret des Stradivarius. »

Karen Gomyo joue depuis seize ans sur un Stradivarius de 1703, le Aurora, exFoulis, qu’un riche philanthrope a acheté pour elle. (Crédit: Gabrielle Revere)
Karen Gomyo joue depuis seize ans sur un Stradivarius de 1703, le Aurora, exFoulis, qu’un riche philanthrope a acheté pour elle. (Crédit: Gabrielle Revere)

Elle est bien au courant de ces tests à l’aveugle menés par des chercheurs qui ont fait comparer des Stradivarius et des violons modernes par plusieurs violonistes professionnels, ces derniers n’ayant pas pu distinguer les instruments anciens des nouveaux.

« Il y a plusieurs facteurs à considérer dans une expérience de ce genre, dit-elle. Le violon doit être ajusté très précisément. De plus, quand on choisit un violoniste pour participer à une telle étude il faut qu’il ait de l’expérience sur les violons anciens. Surtout, il faut prendre en compte comment le violon prend vie lorsqu’on y met de l’émotion. Si vous êtes derrière un rideau et que vous ne faites que jouer quelques notes, vous ne lui donnez pas toute l’attention et le temps qu’il mérite. On a besoin de temps pour s’habituer à un Stradivarius. Yo Yo Ma a déjà dit qu’il avait mis un an à s’habituer au sien. Tous ces éléments doivent être considérés dans le cadre d’une étude. Même mon propre violon sonne différemment lorsqu’il est « malade ». Il peut parfois avoir besoin d’ajustement, ou que l’on remplace des pièces. »

Tango Nuevo

Karen Gomyo s’intéresse aussi au tango depuis longtemps, plus précisément le Tango Nuevo.

« Ma mère avait entendu Astor Piazzolla en spectacle, ici à Montréal. Bien des années plus tard, alors que j’étais adolescente, elle a acheté un album pour me le faire découvrir, se doutant que j’aimerais sa musique. C’est ce qui m’a entraînée dans ce monde, et maintenant, je danse également le tango. Grâce à la danse, j’ai découvert aussi le tango traditionnel. J’adore jouer le Tango Nuevo, et j’ai eu la chance de jouer avec le pianiste légendaire Pablo Ziegler, qui jouait avec Piazzolla. Je l’ai rencontré à New York il y a dix ans et nous avons fait quelques projets ensemble. Nous espérons pouvoir travailler ensemble de nouveau. »

Karen Gomyo s’intéresse aussi au tango depuis longtemps, plus précisément le Tango Nuevo. (Crédit: Gabrielle Revere)

Karen Gomyo s’intéresse aussi au tango depuis longtemps, plus précisément le Tango Nuevo. (Crédit: Gabrielle Revere)

Karen Gomyo vit aujourd’hui à Berlin, mais c’est toujours un plaisir pour elle de revenir à Montréal.

« J’ai grandi en venant à des concerts de l’OSM, dit-elle. Nous prenions des sièges dans la première rangée. J’avais un carnet d’autographes et j’allais toujours en coulisses, après, pour rencontrer les solistes invités. C’est ainsi que j’ai recueilli les signatures de Midori, Joshua Bell, Gil Shaham, Gidon Kremer et Vengerov. C’est donc toujours très spécial de revenir ici, comme soliste. Cette fois-ci, c’est encore plus particulier car je suis entrée en contact avec ma meilleure amie d’enfance, et elle va venir au concert, avec sa fille. Ce sera leur tour d’être assises dans la première rangée. »

Karen Gomyo, Orchestre symphonique de Montréal, 9 novembre, 10 h 30 et 12 novembre, 14 h 30.

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

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Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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