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VIES EN MUSIQUE | Claude Arnold Thibault, enseignant retraité de Joseph-François-Perrault: "L'important, c'est d'être heureux"

Par Béatrice Cadrin le 1 octobre, 2017

Claude-Arnold Thibault, un enseignant en musique qui a marqué de nombreux étudiants tout au long d’une carrière fructueuse qui s’est terminée à l'école Joseph-François Perreault. (Crédit: Béatrice Cadrin)
Claude Thibault, enseignant en musique qui a marqué de nombreux étudiants tout au long d’une carrière fructueuse qui s’est terminée à l’école Joseph-François-Perrault. (Crédit: Béatrice Cadrin)

La chronique « Vies en musique » présente des personnes qui se sont dévouées toute leur vie pour la musique en demeurant plutôt dans l’ombre. Ludwig van Montréal rend hommage à ces infatigables passionnés, souvent piliers de leur communauté. Cette semaine, Claude Thibault, enseignant qui a marqué de nombreux élèves en 26 ans de carrière.

Quand il était enseignant au programme musique-études de l’École secondaire Joseph-François-Perrault, Claude Arnold Thibault aimait raconter une blague aux nombreux étudiants qu’il a formés aux centaines d’étudiants qui ont suivi ses cours pendant une carrière :

« Je suis né en 1936, j’ai commencé mes études musicales en 1936, j’ai eu une carrière de musicien jazz de 1936 à 1936, et je me suis tourné vers l’enseignement en 1936 », disait-il.

Dans les classes d’harmonie scolaire ou de théorie musicale de celui que tous appelaient Monsieur Thibault, on travaillait fort. Mais on rigolait bien, aussi.

Claude Thibault n’a pas pris sa retraite de l’enseignement en 1936, mais à l’été 2017. À la fin août, pour la première fois, il n’a pas pris le chemin de l’école.  « Retraite » n’est pourtant pas un mot qui colle à ce grand passionné. Il préfère parler de « déresponsabilisation », lui qui n’attend que d’être appelé pour faire de la suppléance. L’enseignement est clairement une vocation chez ce fils de famille nombreuse! Avoir grandi au sein d’une famille 18 enfants a contribué à l’y préparer (l’histoire ne nous dit pas s’ils sont tous nés en 1936…)

Parcours

C’est au pensionnat de l’Institut Monseigneur-Courchesne à Rimouski que les rejetons de la famille Thibault entreprennent leur formation musicale, sous la tutelle des Bonnes Sœurs de la Charité. Le jeune Claude Arnold passe ensuite au Conservatoire de musique de la ville pour y étudier la basse électrique et poursuit par des études en contrebasse jazz à l’Université de Montréal. Presque à chaque fin de semaine, il se produit avec des bands de tous les styles musicaux, ce qui contribue à payer une partie de ses études. Malgré cela, conscient de la difficulté de gagner sa vie comme interprète, il décide d’ajouter un diplôme en enseignement à ses atouts.

Sa carrière d’enseignant s’est déroulée en deux temps, d’abord à l’école Honoré-Mercier puis à l’école Joseph-François-Perrault, en tant que responsable de deux harmonies et des cours de théorie musicale. Il s’anime : « C’est une très bonne école. Ces treize années à Perrault ont été extraordinaires, j’ai rien à redire. » Rien ne lui fait d’ailleurs plus plaisir que de croiser d’anciens élèves, sur la rue ou à ses spectacles.

Car « Monsieur Thibault » n’a jamais abandonné la scène. Inspiré par la façon qu’a Bobby McFerrin de traiter la voix, il délaisse les fondements de l’harmonie confiés à la contrebasse pour s’emparer des lignes mélodiques en devenant chanteur. Toujours mordu de jazz, c’est spécifiquement le scat qui l’attire. On le retrouve sur YouTube sous le nom presque prédestiné de Scat C.A.T.

 

Il décrit son style comme étant « un jazz souvent drôle, fait avec sérieux », et il semble que ce soit là un bon résumé de toute son attitude face à la vie. Il est conscient de la responsabilité d’être un exemple pour les jeunes sous sa charge, et veut leur transmettre l’importance du travail bien fait et de l’effort dans l’apprentissage. C’est d’ailleurs la plus grosse différence qu’il constate entre l’époque de ses débuts et maintenant :

« Les jeunes sont plus réticents à l’effort. Mais je ne suis pas d’accord qu’on nivelle constamment vers le bas. Le jeune, il va progresser jusqu’où on lui montre. C’est à nous de les diriger, et de leur pardonner leurs erreurs. »

Les avantages d’apprendre la musique

Monsieur Thibault ne tarit pas sur les avantages de la formation musicale. Pour lui, c’est l’acquisition d’une structure de travail, d’un sens de l’organisation, de l’autonomie et de la capacité à se concentrer, accompagnés d’un sentiment d’appartenance et de camaraderie. Il revient sur l’importance du rôle du professeur pour regretter le manque de valorisation et de reconnaissance de cette profession, lui qui ne voit rien de plus important : « On forme la société! Il y a quelque chose qui ne marche pas à ce niveau-là! »

Personnellement, il a toujours gardé la passion du métier, nourrie par son grand amour des jeunes, et par un équilibre entre projets personnels et professionnels. Avec l’âge, il se sent un peu plus « égoïste », il pense plus à lui. Il ne manque pas d’idées pour occuper son temps : il compte visiter deux de ses frères à l’étranger, le premier à Bali où il est chef sur les bateaux de croisière, et le deuxième en Thaïlande, où il est directeur d’école. Mais surtout, surtout, Claude Arnold Thibault va enfin réaliser un grand rêve, celui d’enregistrer son premier album.

« Je veux réaliser un petit quelque chose qui va me permettre de dire : j’ai fait ça. J’ai fait de l’enseignement, j’ai été bien, et là je commence un nouveau chapitre. Je n’ai pas d’attentes, ou plutôt j’ai des attentes pour moi, de réaliser quelque chose. Quand on y met du sien et qu’on travaille, c’est toujours gratifiant. »

En ouvrant la porte de sa demeure de NDG pour nous laisser sortir, Thibault prononce ces mots en guise d’envoi : « L’important, c’est d’être heureux! » À constater l’effet qu’a sur nous une heure en compagnie de Monsieur Thibault, on se prend à regretter de ne pas avoir compté parmi ses élèves. Être heureux, c’est contagieux!

Un hommage de ses élèves

À l’annonce de la retraite de Claude Arnold Thibault en juin 2017, des élèves lui ont dédié ce poème.

Cher M. Thibault,

 Votre sens de l’humour si prononcé

Et votre jeunesse infinie

Vont nous manquer.

Vous avez un talent inné :

Je parle bien sûr de votre musicalité.

Continuez de progresser

Dans une autre étape de votre vie,

Même si vous allez

Être loin de nous.

Vos folies, vos fous rires,

Votre joie de vivre,

Tout simplement.

Nous sommes actuellement

En 1936, l’année

Où tout s’est déroulé :

Votre naissance,

Votre croissance,

Votre enseignement,

Tous vos accomplissements.

Vous êtes un homme bienveillant,

Brillant et farceur,

Toujours, ou presque, de bonne humeur.

Vous ressentez la musique.

De plus, vous êtes un jeune homme fort sympathique,

Un très bon musicien

Professionnel, pas amateur.

Finalement, vous n’êtes plus collégien,

N’est-ce pas flatteur!

Toutes ces qualités

Vous sont attribuées,

Non par bonne volonté,

Parce que vous les méritez.

Voici ce que vous êtes pour nous.

Vous faites parfois quelques remontrances,

Vous nous indiquez le bon chemin,

Celui de la sagesse.

Vous n’êtes pas hautain,

Vous avez de l’intelligence.

Vous êtes tout!

Nous sommes toujours plus hauts,

Toujours plus beaux,

Avec M. Thibault,

En l’occurrence – Vous!

Hommage composé et lu par Anaïs Ketteb et Amalia de Macedo Collins, élèves de secondaire 1. 

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Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
Béatrice Cadrin
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Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
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