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Toronto Montreal

Musique et science | Pourquoi la musique triste vous fait-elle tellement de bien?

Par Rebecca Anne Clark le 28 avril, 2020

(Photo: Eric Nopanen, Unsplash).

Adolescente, quand je me sentais particulièrement angoissée, je m’enfermais dans ma chambre, je tirais les rideaux et j’écoutais mes compilations de “musique triste”. Que l’on se réfugie dans l’Adagio pour cordes de Barber ou dans la dernière chanson d’Adele, c’est une méthode assez répandue pour évacuer la déprime et la mélancolie, non seulement chez les adolescents, mais à tout âge.

Pourquoi sommes-nous aussi attirés par la musique triste quand nous sommes déprimés? Ne serait-il pas plus logique d’écouter de la musique joyeuse pour nous remonter le moral? À bien y penser, pourquoi écoutons-nous de la musique triste, de toute façon?

“Les raisons probables peuvent se résumer à deux choses: l’empathie, et l’impression d’être bouleversé”, dit la Dre Jonna K. Vuoskoski, professeur de cognition musicale à l’Université d’Oslo.

“Pour beaucoup de gens, écouter de la musique triste donne l’impression de se rapprocher des autres, et leur renvoie l’écho des émotions humaines perçues dans la musique. En d’autres mots, il nous arrive de réagir à la musique triste comme si nous observions le vécu d’une autre personne, et plus nous sommes émus par la musique, plus nous l’apprécions.”

Ainsi, même quand nous nous efforçons d’éviter les circonstances qui nous rendent tristes, on peut apprécier l’expression d’une forme pure de tristesse – ce qui explique la popularité des opéras, films et séries tragiques. Mais qu’arrive-t-il quand nous avons besoin d’être consolés?

“Quand on se sent triste, on recherche souvent la compagnie d’un ami compréhensif. La musique peut parfois agir comme substitut d’un tel ami, en apportant consolation et réconfort. Quand vous écoutez de la musique qui exprime et traduit votre émotion, cela vous donne l’impression que quelqu’un comprend ce que vous ressentez”

Dans son livre Le monde en six chansons, le Dr Daniel J. Levitin, professeur émérite à McGill en neurosciences et lui-même musicien, a établi la typologie de six types de chansons: d’amitié, de joie, de réconfort, de connaissance, de religion et d’amour.

Son analyse de l’importance de la musique triste concorde avec celle de la Dre Vuoskoski, en expliquant que la musique joyeuse, au lieu de consoler une personne triste, peut l’amener à se sentir encore plus incomprise et accentuer sa détresse.

Toutefois, des mécanismes encore plus profonds sont en jeu. Une étude à grande échelle de la littérature scientifique menée en 2013 par Levitin et sa collègue, la Dre Mona Lisa Chanda, également chercheure à McGill, a permis de constater qu’un vaste éventail d’effets physiologiques peuvent être provoqués par l’écoute de la musique, incluant le traitement de la souffrance physique et psychologique.

Musique et gestion de la douleur

Dans son article scientifique de 2013 intitulé “Neural Correlates of Musical Behaviours: A Brief Overview” le Dr Levitin démontre que la musique a été utilisée dans le passé pour “détourner l’attention des patients des horreurs de la chirurgie” et qu’elle est toujours utilisée par les médecins pour diverses raisons, incluant la gestion de la douleur.

Levitin explique que le cerveau produit un cocktail d’hormones en réaction à la musique, incluant la dopamine, la sérotonine et les opioïdes: des substances chimiques qui soulagent la douleur et produisent une impression d’euphorie. Une étude de 1980 a expliqué le rôle des opioïdes du cerveau dans l’appréciation de la musique en montrant que la naloxone, une substance utilisée pour traiter les surdoses de drogue en bloquant les effets des opioïdes, minimise également le plaisir associé à la musique.

Si vous avez déjà élaboré une compilation de musique “relaxante” vous ne serez pas étonné d’apprendre que le lien entre la musique et le stress a aussi été démontré par la science.

Dans le même article mentionné ci-haut, Levitin s’appuie sur des études de 2008 et 2009 pour expliquer comment les tempos lents et les sons graves, deux attributs fréquents de la musique triste, peuvent ralentir les pulsations cardiaques et la respiration de celui qui écoute, et même diminuer la pression artérielle, la température corporelle, la tension musculaire, le niveau de cortisol (l’hormone du stress) et mener à une sensation de calme plus accrue.

Effets réconfortants de la musique triste et prolactine

Parmi les hypothèses intéressantes expliquant les effets réconfortants de la musique triste figure une hormone appelée prolactine, selon le Dr. David Huron, professeur à la School of Music et au Center for Cognitive and Brain Sciences de l’Université d’état d’Ohio. Notre niveau de prolactine augmente quand on se sent fâché ou stressé, produisant un effet “consolateur”.

Les larmes de tristesse, par exemple, contiennent des niveaux élevés de prolactine, tandis que les larmes produites lorsque l’on coupe des oignons n’en contiennent pas. Dans une étude de 2011 intitulée “Why is sad music pleasurable? A possible role for prolactin”, Huron compare l’écoute de musique triste à une bonne crise de larmes. Le fait de rechercher le sentiment de tristesse à travers ses choix musicaux peut augmenter le niveau de prolactine, ce qui produit un effet de consolation.

Mais pourquoi, exactement, la musique produit-elle ces effets physiques?

“Il reste encore beaucoup de recherche à faire dans ce domaine pour comprendre les mécanismes sous-jacents, dit Vuoskoski, mais les réactions physiologiques causées par l’écoute musicale sont probablement reliées à une forme de “contagion émotionnelle” (le fait d’attraper, en quelque sorte, une émotion exprimée quand on entend de la musique) et à la simulation interne des mouvements et de l’énergie physique que nous percevons dans la musique”.

En d’autres mots, les scientifiques croient que le cerveau répond aux aspects tant émotionnels que physiques de la musique, tels que le rythme, en les imitant.

Les études suggèrent que la plupart des gens aiment écouter de la musique triste, tandis qu’une faible minorité affirme la détester.

Cette soif de tristesse a étonné les philosophes depuis Aristote, mais la science lève maintenant le voile sur les mécanismes sous-jacents au plaisir que peuvent procurer la tristesse et la musique triste.

Cependant, nous n’avons pas besoin d’être un scientifique pour savoir que la musique est un remède: n’importe quel adolescent angoissé pourra vous expliquer l’effet réconfortant de la musique triste.

Cet article a d’abord été publié en anglais. Traduction de Caroline Rodgers. LIRE L’ORIGINAL.

Vous aimeriez faire un test? Découvrez notre compilation de musique classique triste:

 

LISZTS | Musique classique triste : Top-10 des pièces les plus déchirantes

 

 

Rebecca Anne Clark

Rebecca Anne Clark is a Montréal writer, editor, and translator who likes culture, the arts, nature, and activism. She has been working in classical music media since 2008. She enjoys making music, food, and clothing, and can be found in Montréal's parks, libraries, concert venues and community centres.

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Rebecca Anne Clark is a Montréal writer, editor, and translator who likes culture, the arts, nature, and activism. She has been working in classical music media since 2008. She enjoys making music, food, and clothing, and can be found in Montréal's parks, libraries, concert venues and community centres.
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