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Toronto Montreal

CRITIQUE | La Traviata à l'Opéra de Québec : les souffrances de Violetta

Par Caroline Rodgers le 20 octobre, 2019

Rocco Rupolo et Marianne Fiset, La Traviata, Opéra de Québec, 19 octobre 2019. (Photo: courtoisie Opéra de Québec)
Rocco Rupolo et Marianne Fiset, La Traviata, Opéra de Québec, 19 octobre 2019. (Photo : courtoisie Opéra de Québec)

CRITIQUELa Traviata, de Giuseppe Verdi, était présentée en première hier soir, 19 octobre, à l’Opéra de Québec. Une très belle production qui souffre tout de même de lacunes, surtout en ce qui concerne sa distribution, fort inégale.

Cette production a d’abord été présentée à l’Opéra d’Islande, où le metteur en scène Oriol Tomas avait eu recours à une équipe québécoise pour la conception de la scénographie. Le résultat est à la fois original et tape-à-l’oeil avec des éclairages colorés très intenses projetés sur les structures fantaisistes composant le décor.

Ce dernier est quelque peu difficile à décrire. Trois éléments architecturaux dominent la scène. D’un côté, on a une sorte de bassin rond surmonté d’un cylindre à motifs d’écailles ou de cotte de maille, où l’on projette occasionnellement des vidéos. À droite, un mur festonné de pointes qui rappelle un vitrail art déco. Le tout est très beau mais un peu statique, malgré le mouvement qu’amènent les vidéos. Au retour de l’entracte, on est déçu de se retrouver devant le même décor.

Les costumes mélangent plusieurs époques et plusieurs influences : Belle époque revisitée façon punk ou vampire gothique sexy, avec, chez les dames, moult combinaisons moulantes et collants qui font un tantinet vulgaire. Que l’on aime ou que l’on déteste ces costumes, il faut admettre qu’ils sont spectaculaires et s’intègrent à merveille à ce décor intemporel. On plaint toutefois la pauvre Marianne Fiset de devoir porter ces accoutrements qui ne l’avantagent pas du tout et ne l’aident en rien à se sentir à l’aise sur scène.

 

La Traviata, Opéra de Québec, 19 octobre 2019. (Photo: courtoisie de l'Opéra de Québec)
La Traviata, Opéra de Québec, 19 octobre 2019. (Photo : courtoisie de l’Opéra de Québec)

Marianne Fiset

Parlons d’elle, puisqu’elle est la soprano au centre de ce drame sentimental. Il faut le dire : c’était une erreur de lui confier Violetta. Elle a fait l’erreur de l’accepter. Ce n’est pas un rôle pour sa voix, qui peine dans les aigus et n’a pas l’agilité d’une colorature, ralentissant même pour quelques vocalises.

Elle s’en sort en adoptant une voix de tête pianissimo presque en tout temps, et en démontrant sa grande musicalité dans ce registre. Si la sonorité obtenue ainsi n’est pas laide, loin s’en faut, ce procédé est plus intéressant quand on l’utilise pour faire contraste, et non de manière systématique. Par ailleurs, les aigus de son grand air du premier acte sont arrachés de justesse et sonnent plutôt comme des cris. Il est bien triste de devoir parler ainsi d’une grande chanteuse qui nous déçoit ici sans doute pour la première fois et qui fait ce qu’elle peut avec son talent, ici exploité dans le mauvais contexte. Dommage.

La distribution se rattrape, heureusement, avec les personnages d’Alfredo Germont et de son père Giorgio. Le ténor de Toronto Rocco Rupolo (Alfredo) a une voix magnifique et le physique de l’emploi. L’une des meilleurs scènes de l’opéra est son duo avec l’excellent Gregory Dahl, qui campe Giorgio Germont, solide comme un roc. On peut dire que ces deux-là ont sauvé la production.

La mezzo soprano Caroline Gélinas (Flora Bervoix) pourtant lauréate de nombreux prix, est franchement décevante. On peine tellement à entendre son filet de voix que l’on se demande si elle est grippée. Le ténor Dominique Lorange (Vicomte de Letorières), accoutré comme Billy Idol, manque également de puissance, mais impressionne par sa prestance et son jeu scénique. Les barytons Max Van Wyck (Baron Douphol) et Dominic Veilleux (Marquis d’Obigny) s’en sortent admirablement, de même que la basse Marcel Beaulieu, très crédible dans le rôle du Docteur Grenvil.

L’Orchestre symphonique de Québec, sous la direction du chef espagnol Pedro Halffter Caro, joue bien son rôle dans cette partition magnifique, et le chef est visiblement à l’écoute des chanteurs.

Malgré ses faiblesses, cette Traviata de l’Opéra de Québec mérite d’être vue et entendue, pour sa facture visuelle unique et pour l’œuvre en soi avec sa merveilleuse musique.

Vous voulez y aller?

La Traviata sera présentée de nouveau au Grand Théâtre de Québec les 22, 24 et 26 octobre 2019.

LIRE AUSSI :

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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