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CRITIQUE | Virée classique OSM 2019 : les moments magiques sont encore au rendez-vous

Par Caroline Rodgers le 11 août, 2019

Herbert Schuch, pianiste, à la Virée classique OSM 2019. (Photo: Antoine Saito)
Herbert Schuch, pianiste, à la Virée classique OSM 2019. (Photo: Antoine Saito)

Après huit ans d’existence, la Virée classique OSM semble toujours avoir le vent dans les voiles et demeure une belle occasion de découvrir des musiciens surprenants. Ce fut entre autres le cas, pour cette édition, du fantastique pianiste Herbert Schuch.

Tant de fois dans le passé, on nous a vanté des pianistes avant leurs débuts montréalais, et tant de fois, nous avons été déçus. Tel soi-disant géant du piano russe allait nous renverser: il nous frappait surtout par sa vulgarité. Tel pseudo-génie autodidacte serait une révélation: il s’avérait déconnecté de sa musique et blasé. Et ainsi de suite.

C’est donc sans la moindre attente que je me suis rendue au récital d’Herbert Schuch dans une Cinquième salle tellement bondée qu’il a fallu ajouter une douzaine de chaises sur scène pour y asseoir des spectateurs.

 

Herbert Schuch en récital à la Virée classique OSM 2019. (Photo: Antoine Saito)
Herbert Schuch en récital à la Virée classique OSM 2019. (Photo: Antoine Saito)

Le pianiste, âgé de 39 ans, est né en Roumanie et il a grandi en Allemagne. Son courageux programme de récital comprenait la Sonate no. 8 en do mineur « Pathétique » de Beethoven, les Variations sur un thème de Paganini, de Brahms, et, des Grandes études de Paganini, La Campanella de Liszt.

Avec son jeu au toucher velouté capable de produire une palette de nuances et de couleurs inouïe qu’il semble inventer en temps réel mais qui s’avère, en fait, la démonstration d’une maîtrise exceptionnelle de l’art du piano, Herbert Schuch est un créateur de beauté et d’intelligence.

Dans la Pathétique, on est constamment surpris par ses idées, comme s’il réinventait cette sonate entendue mille fois. Toutefois, il ne s’agit pas d’idées lancées par hasard ou pour « faire original ». On sent qu’il y a derrière une structure solide, une réflexion et de la substance. En ce qui me concerne, c’est un coup de foudre musical.

Il démontrera encore sa virtuosité et son imagination dans les Variations sur un thème de Paganini et surtout, dans une Campanella de Liszt spectaculaire de légèreté et d’aisance. ll reçoit une ovation plus qu’enthousiaste, mais je dois malheureusement quitter la salle au moment où il annonce un rappel pour me rendre au prochain concert, qui commence à l’instant.

 

Baiba Skride à la Virée classique OSM 2019. (Photo: Antoine Saito)
Baiba Skride à la Virée classique OSM 2019. (Photo: Antoine Saito)

J’arrive à la Maison symphonique alors que Todd Cope en est peut-être à la moitié du Lied pour clarinette solo de Berio. Juché tout en haut, à gauche de l’orgue, on peut apprécier la subtilité du clarinettiste dans ce moment paisible et poétique.

Les musiciens de l’OSM font ensuite leur entrée, en formation réduite pour le Concerto pour violon no 3 de Mozart avec Baiba Skride. La violoniste lettone nous laissera sur notre appétit avec une interprétation assez fade, peu de personnalité, peu d’inspiration, et plutôt neutre que mozartienne. Ce moment qui risque d’être vite oublié sera heureusement suivi d’Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgski, toujours un plaisir avec l’OSM.

Après un souper vite fait au Complexe Desjardins où l’Orchestre des jeunes de la Montérégie entame avec vigueur les Danses Hongroises de Brahms sous la direction de Georges-Étienne d’Entremont, devant un public considérable et attentif, je retourne à la Maison symphonique, observant au passage divers ateliers gratuits de la Virée, sur Sainte-Catherine et à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme.

Bartók et Ravel

Certes, j’aurais pu choisir un autre concert que celui-là, où j’entendrai, pour la troisième fois en deux ans (dont une sous la direction de Michael Tilson Thomas) le Concerto pour orchestre de  Bartók joué par l’OSM. Ce n’est pas la routine qui me guide, mais bien la curiosité d’en suivre l’évolution.

Si, en 2017, j’avais trouvé la version de Nagano plutôt cérébrale, cette fois-ci, elle est beaucoup plus vivante et captivante. On sent que la pièce a récemment été jouée en tournée, mais surtout, que le maestro est plus en forme. Sa fatigue apparente des dernières années semble s’être envolée et c’est un chef à l’énergie renouvelée qu’on a le bonheur de retrouver. Cela est prometteur pour la prochaine saison.

D’autre part, je me risque rarement à des affirmations catégoriques, mais en voici une: personne ne joue mieux La Valse de Ravel que l’Orchestre symphonique de Montréal. C’est dit.

 

L'OSM avec Herbert Schuch sous la direction de Kent Nagano à la Virée classique 2019. (Photo: Antoine Saito)
L’OSM avec Herbert Schuch sous la direction de Kent Nagano à la Virée classique 2019. (Photo: Antoine Saito)

Concert de fin de soirée

Ceux qui ont entendu Schuch en récital un peu plus tôt se félicitent sûrement de leur choix pour le dernier concert de la soirée, qui commence à 21 h : le pianiste revient, cette fois dans le Concerto no 3 de Beethoven, avec l’OSM. On découvre une nouvelle facette de sa personnalité et de son jeu, encore plus assuré et même, fougueux. Son interprétation du concerto est magnifique et on espère sincèrement réentendre Herbert Schuch dans un avenir rapproché.

Alors qu’on a plutôt l’habitude des finales à grand déploiement, c’est presque une blague, mais une bonne blague, que de conclure la soirée avec la « Farandole » de la Suite no 2 de L’Arlésienne de Bizet.

Kent Nagano s’y lance avec l’allure joyeuse d’un collégien qui part bientôt en vacances. C’est sur cette note de bonne humeur que se termine la plus grosse journée de la 8 Virée classique OSM, qui nous insuffle pour la première fois un sentiment familier se manifestant d’habitude plus tard en août: le début d’une hâte à la rentrée.

Il reste encore quelques concerts aujourd’hui! Plusieurs chœurs accompagnés à l’orgue par Jean-Willy Kunz se feront entendre à 11 h  la Maison symphonique, et cet après-midi, à 14 h, un « Ensemble de la Virée » constitué de lauréats du Concours OSM et d’artistes invités, donnera le concert final, « Delirium Vivaldi« , avec cornemuse!

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

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Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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