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DOSSIER | Violonistes de haute voltige : la vie de musicien pour le Cirque du Soleil

Par Béatrice Cadrin le 15 juillet, 2019

À gauche: le violoniste Stéphane Allard. Droite: une acrobate du spectacle Amaluna du Cirque du Soleil. (Photo: Cirque du Soleil)

Si vous êtes comme moi, vous êtes incapable de voir ou d’entendre le mot « Alegria » sans immédiatement avoir la chanson thème dans la tête. Cette musique de René Dupéré a marqué l’imaginaire collectif et représente en quelque sorte le summum de la musique de cirque contemporaine. A priori, le Cirque du Soleil est reconnu pour le soin qu’il apporte à toutes les dimensions de ses spectacles, musique comprise.

Les violonistes Lise Nadon et Stéphane Allard peuvent en témoigner. Tous les deux peuvent se vanter d’une longue collaboration avec le Cirque, soit de 1998 à 2008 pour Mystère à Las Vegas dans le cas de Nadon, tandis qu’Allard continue de tourner avec le spectacle Corteo. Tous les deux de formation classique à l’origine, ils n’envisageaient pas une vie de musicien de cirque, mais se sentent privilégiés d’avoir pu vivre cette aventure extraordinaire.

 

Finale de Mystère, du Cirque du Soleil. (Photo: Matt Beard)
Finale de Mystère, du Cirque du Soleil. (Photo: Matt Beard)

Mystère

Pour un musicien de cirque, l’une des principales différences avec le travail dans un orchestre traditionnel est certainement le fait de répéter de multiples fois le même spectacle. Pour Nadon, à Las Vegas, il s’agissait de 10 spectacles en 5 jours (en dix ans, elle a joué au-delà de 4 000 représentations de Mystère!). Jouer deux représentations par jour en restant au meilleur de sa forme en tout temps entraîne des risques de blessure. Elle qui a frôlé la tendinite à quelques occasions insiste sur la nécessité de bien prendre soin de soi et de développer des intérêts extérieurs pour se changer les idées. Heureusement, le Cirque du Soleil rend disponible l’accès à des physiothérapeutes pour ses employés, acrobates comme musiciens.

L’autre danger d’un tel nombre de répétitions serait-il l’ennui, la perte de motivation? Pas pour ces deux musiciens passionnés. Chacun de son côté m’a fait la même remarque : ce n’est en fait jamais la même chose, jamais tout à fait le même spectacle. À la fois du côté des numéros du cirque comme de l’énergie provenant du public, il se produit toujours quelque chose d’inattendu, d’unique. Il faut rester alerte et savoir réagir au quart de tour aux instructions du chef! Celles-ci sont transmises verbalement dans l’oreillette que porte chaque membre du band, servant aussi à faire entendre un clic métronomique qui assure que tout le monde joue bien ensemble. Cette façon de faire est essentielle, puisque souvent les musiciens sont répartis à différents endroits de la scène et ne peuvent se fier aux gestes d’un chef comme le font les membres d’un orchestre symphonique.

Ce style de vie convient aux gens qui n’ont pas peur de relever des défis. Dans Corteo, il arrive un moment où Stéphane Allard doit quitter sa place au sein des autres musiciens et se rendre sur scène pour participer à un « duel » musical avec un siffleur. Il avoue que, même après plusieurs années, cette situation plus exposée le rend nerveux :

 

« Sur scène, j’avoue que c’est un peu plus dur de me laisser aller, d’essayer n’importe quoi. À ma place dans le band, je vais aller dans n’importe quelle direction, je vais prendre des chances, mais sur scène, avec l’attention juste sur nous deux, je suis un peu plus serré dans mes culottes. » – Stéphane Allard

 

Cela ne l’a pas empêché de se proposer pour tenter quelque chose de complètement nouveau : une fois aux trois semaines, il laisse son violon de côté et enfile les habits du clown blanc, un rôle pour lequel il s’est beaucoup entraîné.

« Je me retrouve sur scène, sans violon, chose que je n’ai jamais faite. Je dois traverser la scène à environ 50 pieds dans les airs, tête en bas. Ça me sort vraiment de mon environnement! »

Lise Nadon a trouvé difficile de faire son deuil de cette atmosphère de stimulation constante en réintégrant la vie « normale » :

« C’est toujours du merveilleux. Ton ordinaire, c’est l’extraordinaire. »

En tant qu’enseignante au primaire et professeur de violon à l’Université de Sherbrooke, elle transmet les fruits de son expérience hors de l’ordinaire à ses étudiants en les encourageant à développer polyvalence et flexibilité. Elle se souvient du changement d’approche qu’elle-même a dû opérer au moment d’adapter sa technique instrumentale classique aux exigences de son travail sur Mystère, qu’elle résume par la formule « l’impossible devient possible ».

Plus qu’un commentaire technique, voilà une leçon de vie fondamentale dont nous pourrions tous profiter.

 

LIRE AUSSI :

DOSSIER | Le cerveau et les goûts musicaux : Pourquoi préfère-t-on certains types de musique?

 

 

Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
Béatrice Cadrin
Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
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