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DOSSIER | Le cerveau et les goûts musicaux : Pourquoi préfère-t-on certains types de musique?

Par Anya Wassenberg le 5 juillet, 2019

 

La plupart des amateurs de musique classique peuvent facilement énumérer un certain nombre de raisons différentes pour expliquer leurs goûts musicaux. Ils diront peut-être qu’ils sont attirés par la sophistication de ce genre de musique, ou parleront des études démontrant ses effets relaxants ou au contraire ses effets de stimulation mentale. Peut-être évoqueront-ils simplement les émotions que l’écoute de cette musique suscitent chez eux.

Selon la science, cependant, les racines des préférences musicales sont situés à un niveau plus profond du cerveau même. Avant que puisse avoir lieu une interprétation émotive de la musique, le son doit être traité par le système auditif. La recherche dans ce domaine n’en est qu’à ses premiers balbutiements et continue de se développer. Emily Hurwitz, une chercheuse au premier cycle au Music Cognition Lab de l’Université Cornell, en parle dans une entrevue récente avec le journal Cornell Sun.

“Il existe beaucoup de similarités entre les façons dont notre cerveau traite la musique et celle dont il traite le langage, mais les opinions divergent encore énormément à savoir si les deux utilisent les mêmes connections et les mêmes mécanismes.”

Le traitement en question procède environ selon les étapes suivantes :

  • Les ondes sonores sont filtrées par les oreilles, et le traitement commence à se faire sur la base des fréquences;
  • La cochlée encode la hauteur du son;
  • Le nerf auditif envoie l’information encodée au cortex auditif dans le cerveau.

Le premier son perçu dans le cortex auditif primaire n’est qu’une tonalité de base. D’autres régions du cortex auditif y ajoutent des éléments plus complexes comme le timbre et des qualités sonores spécifiques. Pour complexifier encore plus les choses, des recherches antérieures ont révélé que de multiples régions du cerveau sont activées par l’écoute de la musique, plusieurs d’entre elles n’étant pas spécifiques au traitement de la musique, comme la région servant au traitement des émotions. Le traitement du rythme, en elle-même, implique déjà plusieurs structures du cerveau.

 

“Le système limbique, comprenant les régions de l’amygdale et de l’hippocampe, est impliqué dans le traitement de l’émotion en musique” – Emily Hurwitz

 

Comment cela résulte-t-il en des préférences musicales hautement individuelles? Il s’avère que cette question elle-même est relativement complexe, et qu’elle fait actuellement l’objet d’études à travers le monde. Une étude de grande proportion de plus de 4 000 participants en Grande-Bretagne, menée par le chercheur et psychologue rattaché à l’Université de Cambridge David Greenberg, a établi une corrélation distincte entre les modes de pensée et les préférences musicales. Pour cette étude, les sujets étaient divisés entre trois catégories :

  • Les Empathiques, ou Type E, se concentrent sur les pensées et les émotions des gens;
  • Les Systématiques, ou Type S, priorisent les règles et les systèmes;
  • Les Équilibrés, ou Type B (pour Balance), maintiennent un focus égal sur les deux aspects.

Après avoir vérifié les résultats de milliers d’entrevues, Greenberg et son équipe ont découvert que les gens de type E ont tendance à préférer des chansons avec un niveau d’énergie peu élevé mais de la profondeur émotive, incluant les chansons tristes, ainsi que les genres musicaux tels que le soft rock et les auteurs-compositeurs-interprètes. Les personnalités de type B ont tendance à favoriser un éventail plus large de préférences musicales que les deux autres types. Inversement, les penseurs de type S sont portés vers les musiques plus intenses et structurées comme le heavy metal, ou la musique savante à tendance avant-gardiste. Par exemple, ils ont démontré une préférence pour l’Étude, op. 65 no 3 de Scriabine.

 

“Ces personnes se concentrent plus sur les éléments instrumentaux, sur la façon dont la musique est construite. C’est presque comme un casse-tête musical qu’ils assemblent, » a expliqué Greenberg à des reporters de CNN. “Nous sommes attirés par la musique qui reflète qui nous sommes, ce qui inclut bien sûr notre personnalité, notre façon de pensée, peut-être même la façon dont notre cerveau est programmé.”

Une étude intéressante datant de 2015 menée par des chercheurs de l’Université Yale et de la Hebrew University a conclu que notre humeur du moment a des incidences sur le choix de musique que nous écoutons. En particulier, cette étude a déterminé que les personnes en état de dépression ont tendance à choisir de la musique triste, ce qui semble contraire à l’intuition : après tout, il semble plus logique d’écouter de la musique enjouée pour améliorer son humeur. Les sujet de l’étude contrôlée, qui avaient tous reçus un diagnostique de dépression, ont été interrogés sur leurs choix musicaux, et la majorité a dit que l’écoute de la musique triste les calmait et les relaxait. Ils préféraient aussi ce que les chercheurs ont appelé de la « musique à basse énergie », rapportant qu’elle avait aussi un effet calmant sur eux. Ces commentaires vont à l’encontre de la thèse de départ de l’étude, qui stipulait que les individus déprimés cherchent à entretenir leurs sentiments négatifs.

En 2011, un professeur de l’Ohio a émis l’hypothèse que, pour certains sujets, écouter de la musique triste amenait le corps à produire de la prolactine, habituellement émise par l’hypophyse. On sait que la prolactine contribue à induire un sentiment de calme et de détente. Cette hormone est produite lorsque nous ressentons de l’empathie, ce qui donne du poids à la théorie. D’autres recherches pointent vers l’hormone ocytocine, que certaines études ont relié à l’écoute de musique lente et détendue.

 

 

Les résultats varient de personne à personne. La question est, pourquoi certaines personnes produisent-elles des hormones à l’écoute de musique, tandis que d’autres non? Au niveau de la neurobiologie, certaines données pourraient indiquer que les personnalités de type E ont une région hypothalamique plus large que la moyenne, qui se trouve à être la région qui gouverne l’hypophyse et la sécrétion de prolactine.

Les données récoltées suggèrent que chez les personnalités de type S, ce sont les régions du cerveau impliquées dans la pensée analytique qui sont plus développées. Nos préférences musicales seraient-elles logées dans le cerveau? C’est une avenue de recherches tentante actuellement à l’étude.

D’autres recherches ont aussi découvert un lien entre les types de personnalités et les préférences de genres musicaux. Le modèle des cinq facteurs (Five Factor Model) classe les types de personnalités selon cinq critères: l’ouverture aux nouvelles expériences, l’extroversion, le caractère consciencieux, l’amabilité et le névrosisme. Les personnes ouvertes aux nouvelles expériences semblent préférer la musique classique, ainsi que le blues, le jazz et la musique folk. Ces personnes font preuve d’imagination et sont sensibles à l’aspect esthétique et aux sentiments intérieurs. De plus, elles sont curieuses intellectuellement.

 

 

Une fois que nous avons pris une décision sur notre préférence musicale, cela ajoute une couche à l’expérience psychologique et physique de l’écoute musicale. Peu importe le type de musique, l’écouter évoque des pensées et fait remonter des souvenirs personnels et individuels.  Des études ont établi un lien entre ce phénomène et l’activité de circuits spécifiques du cerveau impliqués dans la réflexion et la mémoire. Quand nous écoutons une de nos pièces de musique préférée, le type de connectivité entre les régions auditives du cerveau et l’hippocampe, dont on sait qu’elle est impliquée dans les processus de la mémoire et des émotions, est modifiée.

Autrement dit, c’est la familiarité même de la musique qui produit une réponse, indépendamment du genre musical.

Une meilleure compréhension du traitement de la musique par le cerveau ouvre la porte à de nouvelles façons d’aborder la musicothérapie, entre autres, mais les implications s’étendent beaucoup plus loin dans le domaine de ce que Greenberg et son équipe nomment « les questions de conscience et de « théorie du cerveau », soit l’habilité de mieux comprendre les intentions et l’état mental des autres ».

L’émergence des liens entre la musique et le cerveau renforce le concept que la musique est un élément fondamental de l’expérience humaine.

 

Cet article est une traduction d’une publication de nos collègues chez Ludwig van Toronto.

 

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MUSIC AND YOU | Why Sad Music Makes Us Feel Good

 

 

Anya Wassenberg

Anya Wassenberg is a Senior Writer and Digital Content Editor at Ludwig Van. She is an experienced freelance writer, blogger and writing instructor with OntarioLearn.

Anya Wassenberg

Anya Wassenberg is a Senior Writer and Digital Content Editor at Ludwig Van. She is an experienced freelance writer, blogger and writing instructor with OntarioLearn.
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