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CRITIQUE | Charles Richard-Hamelin à l'OSM: Chopin comme une seconde nature

Par Caroline Rodgers le 13 octobre, 2018

Charles Richard-Hamelin avec l'OSM, octobre 2018. (Photo: Antoine Saito)
Charles Richard-Hamelin avec l’OSM, octobre 2018. (Photo: Antoine Saito)

L’Orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano reçoivent cette semaine le pianiste Charles Richard-Hamelin à la Maison symphonique comme soliste dans les deux concertos de Chopin, avec, entre les deux, la Musique pour cordes, percussion et célesta, de Bartók. Jeudi soir, le contraste radical entre le style de ces deux compositeurs ne fut surpassé que par des interprétations aux antipodes l’une de l’autre.

La première pièce était le Concerto no 2, joué sur le Steinway de Hambourg de la Maison symphonique prêté par le mécène David Sela. Charles Richard-Hamelin, lauréat de la médaille d’argent du Concours Chopin, côtoie maintenant cette œuvre depuis des années et la connaît intimement. Cela s’entend puisqu’on peut dire que la musique Chopin est devenu, chez lui, comme une seconde nature.

S’il arrive que les gagnants de concours se vident de leur énergie vitale à force de trop jouer et deviennent insipides, ce n’est certainement pas le cas du pianiste québécois qui a su maintenir un bon équilibre dans sa vie et dont les prestations surpassent encore et toujours les attentes. Son jeu souple et raffiné respire, prend le temps d’énoncer les choses et si l’on sait que ce phrasé naturel, ces nuances parfaites proviennent d’un travail assidu et d’une véritable réflexion sur la musique, rien ne paraît étudié, car on sent qu’il éprouve aussi un grand plaisir à jouer et la musicalité est intériorisée, ressentie, et surtout transmise. On ne compte plus les moments sublimes, et la fusion avec l’orchestre est bonne. Ceux qui auront raté cela pourront se rattraper, puisque les deux premières prestations ont été enregistrées sur disque par la maison Analekta. Il reste aussi le concert de demain, dimanche, à 14 h, qui sera également transmis en direct par medici.tv.

On emploie parfois des métaphores imparfaites pour tenter de décrire le jeu d’un pianiste. On dira qu’il peint un tableau, qu’il raconte une histoire, qu’il fait de la poésie. Ces artifices littéraires ne sont pas nécessaires avec Charles Richard-Hamelin, car on peut dire qu’il fait tout simplement de la musique. « Faire de la musique », expression consacrée qui veut tout dire, compliment suprême des maîtres et idéal à atteindre des musiciens du monde entier. Charles Richard-Hamelin ne privilégie pas son ego pour le mettre devant la musique en essayant de prouver qu’il peut être plus original que les autres par des idées excentriques. Il ne s’efface pas non plus derrière la musique, mais demeure bien présent, devenant plutôt l’outil par lequel elle s’exprime et se rend jusqu’à nous. C’est un exploit auquel certains interprètes ne parviendront jamais dans toute une vie.

Bartók

Parlons maintenant du Bartók, puisqu’il le faut. Inutile de spéculer sur les raisons de sa présence au programme entre deux concertos de Chopin, qui auraient été mieux complétés par une simple ouverture. Comme l’an dernier dans cette même salle avec le Concerto pour orchestre, du même compositeur, Kent Nagano a opté pour une approche assez cérébrale, décortiquant la partition pour en faire une sorte d’étude de sonorités, cherchant à créer des atmosphères au lieu de laisser le discours musical s’épanouir de lui-même.

C’est un choix qu’il adopte de plus en plus souvent, comme si le chef d’orchestre prenait ses distances face aux œuvres pour les regarder du haut d’une montagne. Le résultat est plus intellectuel que physique et dépouille la pièce de certains côtés dramatiques et de nombre de contrastes et accents que l’on anticipe mais qui ne viennent pas, comme s’il avait été décidé que rien ne devrait se passer. Mentionnons que ce n’est aucunement la faute des musiciens, qui font tous leur travail de façon exemplaire, suivant la vision du maestro. Les angles sont arrondis dans une sorte de sonorité translucide qui finit par lasser.  Je ne suis pas convaincue que cette approche serve bien Bartók, et l’on peut toujours rêver d’une interprétation plus habitée et plus vivante.

Un petit malaise (rien de grave, rassurez-vous) m’ayant obligée à quitter la salle après l’entracte, j’ai malheureusement raté le Concerto no 1 de Chopin. Je suis toutefois revenue juste à temps pour entendre le rappel du pianiste, merveilleux Nocturne en do dièse mineur qui m’a donné envie de pleurer tout en me réconciliant avec une journée difficile qui en aura valu la peine, juste pour l’entendre, lui. Merci.

Vous voulez les entendre? Il reste peut-être des billets pour la troisième prestation, dimanche, 14 h. DÉTAILS

LIRE AUSSI:

ARTISTE DE LA SEMAINE | Charles Richard-Hamelin, Chopin et la vie de pianiste international

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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