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OPÉRA | "La Porte" de José Evangelista: un conte surréaliste et fascinant

Par Michel Joanny-Furtin le 26 mai, 2018

Ghislaine Deschambault - La Porte
La mezzo soprano Ghislaine Deschambault dans La Porte, de José Evangelista. (Crédit: Manuel Codina)

À l’occasion de la série Hommage initiée par la SMCQ autour de l’œuvre de José Evangelista, la compagnie d’opéra Chants Libres propose une nouvelle mouture de La Porte au Conservatoire de Musique de Montréal, du 1er au 10 juin.

La Porte est un monodrame commandé par la soprano Pauline Vaillancourt au compositeur José Evangelista il y a trente ans. Le conteur Alexis Nouss, alter ego textuel du compositeur, s’est inspiré d’un récit de Franz Kafka, « Devant la Loi », pour proposer un livret pour le moins surréaliste qui imbrique de multiples histoires comme aime les mettre en musique Evangelista.

Un schéma contes et musique que l’on retrouvera dans une autre œuvre emblématique du compositeur, Manuscrit trouvé à Saragosse.

« Cette nouvelle mise en scène est inspirée de celle que Joseph Saint-Gelais avait créée en avril 1987, explique Pauline Vaillancourt, membre fondatrice et directrice artistique de Chants Libres. Pour cette reprise, je voulais prendre en mains cet opéra pour voix et percussions selon mes souvenirs. En proposant cette nouvelle lecture, je voulais retrouver l’atmosphère des chandeliers, très présents dans la mise en scène de Joseph, pour illustrer le temps qui passe alors que la mémoire s’éteint… »

Un bijou inclassable, mais incontournable

Au carrefour de plusieurs disciplines transversales, entre le théâtre chanté, l’opéra parlé, le conte fantastique, les récitatifs poétiques, La Porte s’avère un bijou inclassable et une étape obligée pour découvrir la musique contemporaine et s’approcher de l’opéra.

« L’écriture de José Evangélista est toujours dans le concret du texte. Sa musique reste très collée au théâtre. Très rythmées, toutes ses œuvres vocales sont très liées aux textes. Tout est écrit rythmiquement, même le chant parlé, proche du sprechgesang. C’est ce rythme qui tient l’œuvre. » – Pauline Vaillancourt

« L’important n’est pas la destination, mais le voyage, résume la mezzo-soprano Ghislaine Deschambault. Cette histoire pleine d’histoires raconte surtout celle du temps qui passe et ce qu’on en fait, avec des épreuves à traverser. Bref, une histoire au bout du compte très humaine. »

« On passe sa vie à tenter d’atteindre son nirvana », complète Pauline Vaillancourt. Le gardien dont il est question n’est jamais que le gardien du temps et le sous-texte de l’œuvre traite de la persévérance. Cela fait huit mois qu’on en parle et il y a encore des lectures transversales à faire, d’autres sous-textes à appréhender… On pourrait sans cesse prendre d’autres directions. »

 

Jouer avec les couleurs de la voix

« Pour ce genre d’œuvre là, je préfère qu’on parle de voix », indique Ghislaine Deschambault, parce qu’elle implique un registre étendu entre les voix d’hommes plus graves et les voix féminines plus aiguës.

« Il faut jouer avec les couleurs de la voix. On doit utiliser tous les outils dans sa trousse », ajoute-t-elle.

« C’est un rôle qui demande d’aller chercher toutes les ressources vocales et techniques. La Porte est un heureux mariage entre le texte et le chant qui demandent chacun la même énergie dans sa voix, dans son corps. Il faut garder la voix chantée toujours présente dans le sprechgesang et le rendre naturel. »

« Je sais ce qu’elle rencontre parce que je l’ai vécu », se souvient Pauline Vaillancourt. « Alors qu’en 1987, j’étais dans le processus de création, Ghislaine et Huizi le reçoivent comme un tout, dans son entièreté, sa richesse et sa complexité. J’ai eu la chance de créer plusieurs œuvres vocales de José : le texte entoure cette musique de lumière et en même temps de mystère, de courbes et de couleurs. Mais pour que cela semble facile, c’est fou le travail qu’il faut mettre derrière ! »

 

Ghislaine Deschambault (Crédit: Manuel Codina)
Chants Libres propose une nouvelle mouture de « La Porte » au Conservatoire de Musique de Montréal du 1er au 10 juin. (Crédit: Manuel Codina)

45 minutes de performance

« C’est un défi que je voulais relever parce que ce n’est jamais confortable », affirme Ghislaine Archambault.

« C’est aussi pour ça que j’aime faire de la musique contemporaine : on sait qu’on va aller au bout de soi, dans ses retranchements, qu’on va se dépasser. C’est stimulant parce qu’on ne peut jamais s’asseoir sur ses lauriers. C’est là que je peux apprécier toute mon expérience en musique médiévale. »

Ghislaine Deschambault et Huizi Wang ne quittent jamais la scène. Comme un troisième personnage, les percussions précèdent, annoncent, provoquent, répondent aux événements qui se déroulent devant nos yeux.

« Si le son des percussions est sec, la partition doit respirer avec le chanteur, poursuit Pauline Vaillancourt. La composition de José oblige à ça, et parce que la voix respire, il faut habiter tous les silences, calculer le rythme de cette partition avec les virgules, les césures, les points d’orgue, ajoute-t-elle en concluant :

« La Porte exige 45 minutes de tension artistique pour que le public ne lâche jamais son attention. En fait, c’est une performance ! »

 

La Porte, opéra de José Evangelista, sur un livret d’Alexis Nouss, selon une mise en scène de Pauline Vaillancourt (inspirée par Joseph Saint-Gelais – 1987), et mettant en vedette Ghislaine Deschambault (voix), Huizi Wang (percussions), sera présenté: 

– Vendredi 1er juin à 20h
– Samedi 2 juin à 20h
– Vendredi 8 juin à 20h
– Samedi 9 juin à 20h
– Dimanche 10 juin à 16h
Salle de concert du Conservatoire de Musique de Montréal
4750, avenue Henri-Julien, Montréal

VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE? Lisez aussi:

Lorraine Vaillancourt et José Evangelista: la petite histoire d’une longue amitié musicale

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Michel Joanny-Furtin

Michel Joanny-Furtin

Collaborateur chez Ludwig van Montréal
Journaliste et chroniqueur, cet ancien travailleur social passionné d’art lyrique et de musique classique, mais aussi contemporaine, a commencé comme attaché de presse de jeunes compagnies lyriques et théâtrales tout en poussant quelques improbables contre-uts dans un chœur d’hommes.
Avant de verser dans le journalisme culturel et social local au Québec depuis quelques années, dont une à la SMCQ, cet animateur radio a également produit "Opér’Apéritif" sur les ondes de Radio-Dreyeckland en Alsace puis de CIBL à Montréal pendant quelques années. Comme quoi, entre le micro et la plume, Michel Joanny-Furtin prend toujours… des notes !
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Collaborateur chez Ludwig van Montréal
Journaliste et chroniqueur, cet ancien travailleur social passionné d’art lyrique et de musique classique, mais aussi contemporaine, a commencé comme attaché de presse de jeunes compagnies lyriques et théâtrales tout en poussant quelques improbables contre-uts dans un chœur d’hommes.
Avant de verser dans le journalisme culturel et social local au Québec depuis quelques années, dont une à la SMCQ, cet animateur radio a également produit "Opér’Apéritif" sur les ondes de Radio-Dreyeckland en Alsace puis de CIBL à Montréal pendant quelques années. Comme quoi, entre le micro et la plume, Michel Joanny-Furtin prend toujours… des notes !
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