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RENCONTRE | Les mondes insolites de la compositrice Nicole Lizée

Par Caroline Rodgers le 23 avril, 2018

Nicole Lizée a composé La terre a des maux, pièce qui sera créée par l'OSM le 26 avril dans le cadre du concert Contes et légendes du Nord. (Crédit: Murray Lightburn)
Nicole Lizée a composé La terre a des maux, pièce qui sera créée par l’OSM le 26 avril dans le cadre du concert Contes et légendes du Nord. (Crédit: Murray Lightburn)

Elle joue au tennis. Elle lit des biographies de sportifs et d’inventeurs. Elle affectionne les appareils électroniques obsolètes. Elle est inspirée par Alfred Hitchcock et Stanley Kubrick. On peut dire que les goûts de Nicole Lizée vont bien avec sa musique. À voir son carnet de commandes, on peut aussi dire qu’elle est sans doute la compositrice de l’heure au Canada. Portrait de l’artiste dont la plus récente composition, La Terre a des maux, sera créée cette semaine par l’OSM et le rappeur Samian.

La passion de Nicole Lizée pour les vieux appareils remonte à l’âge de six ans. On peut dire que c’est aussi le cas de ses premières créations sonores. Son père était réparateur et revendeur d’appareils électroniques, et collectionnait aussi les machines de toutes sortes depuis des années. Elle a grandi entourée de ces vieux objets.

« J’essayais de capter leurs sonorités avec un magnétophone, se souvient-elle. J’enregistrais quelque chose que j’avais composé sur magnétophone, puis j’en utilisais un autre pour enregistrer la première bande qui jouait alors que je jouais du piano ou que je chantais. Je continuais à faire ce processus jusqu’à ce que j’aie plusieurs couches sonores. Je créais mes propres albums. Je n’avais aucune idée de ce que c’était, j’étais simplement attirée par les sons incroyables de ces machines. Certaines d’entre elles étaient brisées, dont elles ne faisaient pas le son qu’elles auraient dû, mais c’était, de loin, le plus intéressant pour moi. J’ai conservé toutes ces cassettes. »

Elle fait référence à ces artéfacts technologiques comme à des fantômes.

 

« Maintenant, énormément de cette vieille technologie est dans les dépotoirs. On remplaçait graduellement les appareils par d’autres, toujours plus performants, jusqu’à ce que le numérique prenne le dessus sur les appareils analogiques. J’appelle ces appareils des fantômes du passé. Parfois, on les voit et on ne sait même pas à quel ils servent. » – Nicole Lizée

 

Cette passion pour la musique des machines désuètes l’a poussée à les utiliser fréquemment dans ses compositions.

« Je fais partie de ces gens qui trouvent ces machines, les gardent, et leur donnent une nouvelle vie. Nous donne une autre jeunesse au passé. D’ailleurs, cela intrigue beaucoup de jeunes gens. Je donne des conférences sur le sujet et il y a des gens de 18 ans qui sont sincèrement intéressés à ces objets qu’ils n’ont jamais vus. Certains n’ont jamais vu un vinyl. Ils sont aussi étonnés de voir que je fais une notation pour  les erreurs, les défauts techniques de ces machines dans mes partitions, par exemple lorsqu’un écran de télévision a des lignes horizontales qui passent devant l’image. »

Elle a aussi utilisé des extraits de vieux films dans sa musique, notamment ceux d’Hitchcock.

« J’ai été obsédée assez jeune par les films d’Hitchcock, j’analysais ses films, je lisais des livres sur lui, j’écoutais des entrevues qu’il avait données. Il parle de la réalisation de films comme un musicien, comme un orchestrateur. Il utilise le mot « orchestration » en se référant aux films et aux montage des prises. Il joue avec la perspective. J’ai des pièces orchestrales qui datent d’il y a vingt ans, sans aucune composante visuelle, sont définitivement basées sur ses propos. J’essaie toujours d’extrapoler une forme d’art à partir d’une autre. C’est abstrait, mais c’est mon interprétation de la façon dont cela pourrait sonner. De plus, les films d’Hitchcock que j’ai regardés à répétition quand j’étais jeune, ont fini par s’user et se dégrader, ont fait une forte impression sur moi, pas seulement à cause de sa vision et de ses techniques, mais aussi, à cause du média que j’ai utilisé pour les absorber, avec ses défauts que j’ai assimilés. Il y a aussi un attachement émotif lié à cela. »

 

 

Une autre de ses passions est son groupe, SaskPower, dont le nom vient de la compagnie d’électricité de la Saskatchewan. Elle y est platiniste, c’est-à-dire qu’elle joue des tables tournantes.

« Je suis née et j’ai grandi en Saskatchewan, dit-elle. Malgré cela, cette province demeure pour moi un mystère et je m’intéresse à son iconographie. Le logo de SaskPower est magnifique et très évocateur, et le nom a une connotation de force. Pour moi, c’est très artistique et j’ai voulu faire un ensemble à partir de quelque chose que l’on n’associe pas du tout, normalement, à l’art. J’aime voir de la beauté dans des choses qui, habituellement, n’ont pas une fonction artistique. »

Elle qualifie le genre musical du trio comme « classique psychédélique ». L’ensemble, toujours actif, se joint généralement à des musiciens dans les villes où il se produit. Les deux autres membres permanents sont Ben Reimer (percussions), et Steve Raegele (guitare).

« Nous jouons mes compositions, et j’appelle nos spectacles des « raves ». Ils durent une heure et les pièces sont ininterrompues.

La Terre a des maux

Avec pareil titre, on devenir que La Terre a des maux portera sur l’environnement.

Les paroles ont été composées par le rappeur Samian après la création de la musique. Au moment de notre rencontre, la compositrice n’avait pas encore entendu les mots de Samian, qui chantera en partie en français, mais aussi en langue algonquine.

« L’idée de départ de cette commande était d’unir des mondes différents, celui de Samian et le mien, et voir ce qui va se passer. Samian ne lit pas la musique. J’ai créé un fichier MIDI tr/s détaillé pour qu’il puisse savoir comment l’oeuvre va sonner et écrire dessus. Toutefois, au concert, il n’y a pas d’électronique, c’est vraiment l’orchestre qui joue. Ce qui est intéressant, c’est que l’orchestre a été traité comme des tables tournantes et des appareils électroniques qui ont des défectuosités. J’ai déjà employé ce procédé et j’avais envie de le refaire pour aller plus loin. Certaines parties de l’orchestre vont représenter des tables tournantes qui vont à différentes vitesses, accélérer, ralentir, arrêter, repartir. Ça va aussi refléter la fragilité de l’environnement et le fait qu’il peut, lui aussi, être brisé. »

Quelques projets

Nicole Lizée est loin d’en être à sa première expérience avec de grands orchestres. C’est sa quinzième pièce pour orchestre symphonique. En ce moment, le travail de la compositrice est tellement en demande qu’elle refuse des commandes.

Parmi ses nombreux projets à venir, elle travaillera notamment à la composition d’un opéra inspiré de la pièce de théâtre Rossum’s Universal Robots, du Tchèque Karel Capek. Elle vient à peine de commencer. L’écrivain Nicolas Billon, auteur de The Elephant Song, signera le libretto.

« Rossum’s Universal Robots est le premier livre dans lequel on a utilisé le terme « robot ». L’histoire sera située à notre époque et évoquera les problèmes causés par la technologie. La création sera faite par le Tapestry Opera, à Toronto. »

Le prochain festival Luminato de Toronto donnera six représentations de son opérette multimédia, Callas Fantasy.

Elle travaille aussi sur des oeuvres pour l’enregistrement prochain de deux disques 100% consacrés à sa musique par le Kronos Quartet.

À écouter cette énumération, on comprend que la compositrice travaille énormément.

« Je travaille parfois 16, 18 heures par jour », dit-elle.

On pourra entendre La Terre a des maux, de Nicole Lizée, au concert Contes et légendes du Nord, le 26 avril, 20 h, Maison symphonique. Aussi au programme: la Suite Peer Gynt no 1, de Grieg, Take the Dog Sled, d’Alexina Louie, la Suite de Lemminkäinen, de Sibelius, et des chants de gorge inuit. Le concert sera dirigé par le chef finlandais John Storgårds. 

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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