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DISCUSSION | Jean-François Bélanger, le plus classique des trads, sur la musique en 2018

Par Caroline Rodgers le 24 février, 2018

Le compositeur et multi-instrumentiste Jean-François Bélanger présente son spectacle Les Entrailles de la montagne. (Crédit: Yanick Lesperance).
Le compositeur et multi-instrumentiste Jean-François Bélanger. (Crédit: Yanick Lesperance).

J’ai découvert l’existence de Jean-François Bélanger en 2014 alors que j’étais surnuméraire à La Presse. À l’époque, presque chaque jour, je recevais des CD. Quand j’ai vu la pochette grise du CD de Jean-François, je me suis dit « bof » et j’ai lancé l’objet avec désinvolture dans mon tiroir.

J’ignorais que je venais d’enterrer un trésor.

Je n’avais alors aucune idée de qui il était, mais Jean-François est un gars patient. De temps à autre, il m’écrivait un courriel pour me demander gentiment si j’avais eu le temps d’écouter son disque. Je répondais (car je réponds à 99% de mes courriels, même si c’est parfois être très long) que non, je n’avais pas eu le temps, mais que j’allais essayer.

Un jour, mon patron me demande si je pourrais faire une critique de disque à la dernière minute. J’ouvre le fameux tiroir et je regarde ce que j’ai sous la main. Le disque me Jean-François est là, bien sage, et je me dis « bon ce gars-là m’a écrit trois courriels, je vais l’écouter juste pour voir ». Et j’ai découvert une petite merveille avec des instruments mystérieux comme le nyckelharpa, avec du clavecin, du violoncelle, et des musiciens de talent autour de lui, comme Suzie Napper à la viole de gambe, ou le Quatuor Claudel. J’étais impressionnée. J’ai donc rédigé une très courte critique intitulée « Beauté nordique » et je lui ai donné quatre étoiles.

Ce n’était pas fini. Un mois plus tard, j’ai eu l’idée d’une série pour le temps des fêtes, qui s’intitulerait Les oiseaux rares de la musique. Je parlerais de musiciens qui ont un petit quelque chose de spécial, qui font des choses hors de l’ordinaire. Mes oiseaux rares étaient Thierry Bégin-Lamontage, Vincent Boucher, et Jean-François Bélanger. (NB que j’aurais voulu continuer la série pour y inclure des femmes, mais à La Presse, ils ont décidé que c’était assez)

Docteur et musicien

Ce qui sort de l’ordinaire avec Jean-François, c’est qu’il est aussi psychiatre. Un psychiatre qui collectionne les instruments de tous les pays, et qui réduit ses heures de travail pour pouvoir faire de la musique. Pour lui, ce n’est pas un passe-temps. Il prend la musique très au sérieux, comme une autre carrière en parallèle.

Avec mon collègue photographe, Martin Chamberland, nous sommes allés chez lui et nous avons découvert sa collection d’instruments. Il nous a expliqué qu’enfant, il avait fait du violon classique, mais qu’il préférait jouer à l’oreille. C’est pour ça qu’il a penché vers la musique traditionnelle, et il a fait plusieurs disques de « trad » québécois. Maintenant, il compose des musiques d’inspiration traditionnelle et scandinave, où il invite quelques musiciens classiques à jouer avec lui.

Dans l’année qui a suivi notre rencontre, il s’est passé de belles choses pour Jean-François. Son disque a été en nomination aux Prix Opus, à l’ADISQ, aux Canadian Folk Music Awards, et il a été invité à donner un concert à la salle Bourgie par la Fondation Arte Musica, entre autres.

 

Les Entrailles de la montagne.
Les Entrailles de la montagne.

En septembre 2017, il lançait la suite des Vents orfèvres, Les Entrailles de la montagne. Son deuxième disque, enregistré en même temps que le premier, est dans le même esprit, mais un peu différent. Les circonstances sont différentes, aussi. Depuis trois ans, les ventes de disques ont chuté drastiquement, certaines grandes surfaces comme Archambault refusent de prendre les productions d’indépendants, et l’environnement médiatique s’est fait encore plus dur pour les artistes. Nous avons discuté de tout ça autour d’un café récemment.

Caroline: Qu’est-ce qui a changé entre la sortie de tes deux disques? 

Jean-François Bélanger: « La musique, c’est devenu gratuit et c’est une playlist. Ce n’est plus « on s’asseoie et on écoute. » Le temps d’attention, en société, n’existe plus. C’est un peu déprimant, quand même. J’aurais dû sortir mon deuxième disque plus tôt, mais ce n’était pas possible, pour toutes sortes de raisons. »

Caroline: le mot est fort, mais tout ce formattage musical ne nous entraîne-t-il par vers une forme de totalitarisme culturel où plus que jamais, toutes les productions doivent correspondre au goût du jour pour que le « marché » leur donne la chance d’être connus du public?

Jean-François: « C’est un peu extrême comme terme, mais je suis d’accord. Quand j’envoie mon disque aux stations de radio, ils me disent « on s’est penché dessus en comité et ce n’est pas ce qu’on recherche alors on ne pourra pas faire jouer votre disque en ondes. » Le premier disque de mon diptyque a été en nomination pour plusieurs prix et presque aucune station de l’a fait jouer, même les émissions de musique du monde. Cela fait en sorte que l’auditeur n’apprend plus grand chose en écoutant la radio. J’ai fait énormément de découvertes quand j’étais jeune en écoutant la radio, mais ce sera de moins en moins le cas pour les nouvelles générations. »

Caroline: notre conversation devient déprimante! Parle-moi plutôt de ton disque. En quoi est-il différent du premier, dans tes mots?

Jean-François: « J’ai enregistré ça tout ensemble, mais je savais que ça toucherait aux différents pôles qu’il y a en chaque personne. D’un côté, quelque chose de plus intellectuel, avec Les Vents orfèvres, et de l’autre, quelque chose de plus instinctif, avec Les Entrailles de la montagne. Le premier est plus près de la réflexion, de la pensée, et l’autre est plus près du bouillonnement émotif, de l’inconscient. J’ai donc regroupé les pièces en suivant cette division. L’instrumentation est différente, aussi. »

Sur le deuxième, il y a plus de percussions, de choses un peu tribales, intenses. On entend du tambourin multi-timbral, et dans mes instruments nordiques, j’ai réservé le kontrabasharpa au deuxième disque. Dans certaines pièces des Vents orfèvres, on entend du clavecin, on se sent un peu comme à Versailles, c’est de la minauderie. À cause de cette division, mon deuxième a moins d’influences classiques que dans le premier.

« De toute façon, c’est comme ça, aussi, que je perçois les musiques scandinaves et particulièrement la musique suédoise traditionnelle. Il y a cette richesse et cette étendue émotive, qu’on ne retrouve pas dans toutes les traditions musicales. Une palette complète des émotions. Ça rejoint une vision que j’ai de la vie et de l’humain, et ça rejoint mon travail, aussi. Le médecin psychiatre réfléchit à quels aspects de la personne il doit s’adresser. »

Caroline: est-ce que tu notes tes compositions sur une portée?

Jean-François: « Je suis plus le produit de la tradition orale. J’ai fait du violon classique, oui, mais j’ai pas mal oublié comment lire la musique. D’ailleurs, je me souviens que déjà, à l’époque, je trichais en jouant beaucoup mes pièces à l’oreille. »

Caroline: Avec la situation actuelle qui est si difficile pour les indépendants, vas-tu faire d’autres albums?

Jean-François: « Ce ne sont pas les idées qui manquent. J’ai au moins cinq albums de prêts, dans ma tête. Ce qui est difficile, c’est de trouver le temps et avec le déclin des revenus de ventes, il y a un enjeu financier. C’est devenu de moins en moins possible d’y arriver sans soutien gouvernemental. Je réussis à auto-financer mes disques, mais tout se rétrécit. »

Jean-François donne deux spectacles ce weekend à Montréal. Un pour chaque disque.

On pourra entendre les pièces des Entrailles de la montagne, ce soir, 20 h, à l’église St-Jax au 1439 rue Sainte-Catherine Ouest.

Demain, 25 février, 15 h, église Saint-Édouard, 6511 rue St-Denis:  Les Vents Orfèvres.

VOIR TOUS LES CONCERTS DE JF. BÉLANGER

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