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CRITIQUE | Orchestre Métropolitain : émotions fortes et accueil chaleureux à Dortmund

Par Caroline Rodgers le 26 novembre, 2017

La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux chantait Les Nuits d'été, de Berlioz, avec l'Orchestre Métropolitain, à Dortmund, en Allemagne. (Crédit: François Goupil)
La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux chantait Les Nuits d’été, de Berlioz, avec l’Orchestre Métropolitain, à Dortmund, en Allemagne. (Crédit: François Goupil)

C’est fait : le coup d’envoi de la tournée européenne de l’Orchestre Métropolitain est donné avec un premier concert à Dortmund riche en émotions. S’il faut que le reste de la tournée soit à l’image de cette soirée, elle méritera pleinement son qualificatif d’historique, non seulement parce qu’il s’agit d’une première dans la vie de l’orchestre, mais aussi pour sa haute teneur artistique. Un concert dont on se souviendra, car les premières n’arrivent qu’une fois.

Fébriles, les musiciens de l’OM avaient travaillé fort, ils étaient prêts pour donner ce programme et cela s’entendait. Bien sûr, on le savait déjà après avoir assisté au concert de mercredi dernier à la Maison symphonique, mais le degré de perfectionnement auquel ils sont arrivés s’est confirmé dans des conditions de stress plus intenses, une salle qu’ils ne connaissent pas, et malgré le décalage horaire. Tant l’orchestre que les solistes ont donné le meilleur d’eux-mêmes.

L’accueil

En entrant dans la salle, Yannick Nézet-Séguin, accueilli chaleureusement, s’est adressé au public en disant : « vous m’avez manqué ». Il faut savoir qu’il a été artiste en résidence de cette salle pendant trois ans. Durant cette période, il y a dirigé plusieurs orchestres, dont l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, le Philharmonique de Vienne, le Chamber Orchestra of Europe, le Rotterdam Philharmonic et même le Berliner Philharmoniker. Il connaît bien les lieux, et y est apprécié. C’est donc auprès d’un public conquis d’avance que l’Orchestre Métropolitain a entrepris sa tournée, un choix intelligent dans l’ordre des villes à visiter.

La salle

Construite en 2002, la belle salle de concert moderne de Dortmund, qui porte tout simplement le nom de Dortmund Konzerthaus, compte 1500 places. Ses murs blancs éclairés d’une lumière bleu-mauve et son plafond noir constellé de petites lumières blanches en font un écrin raffiné, doté d’une assez bonne acoustique.

Konzerthaus, Dortmund, Allemagne, 2017. (Crédit: Caroline Rodgers)
Konzerthaus, Dortmund, Allemagne, 2017. (Crédit: Caroline Rodgers)

Le principal sujet de conversation en ville semble être l’équipe de soccer, le Borussia Dortmund – BVB pour les intimes – objet d’une ferveur quasi religieuse dont les couleurs, noir et jaune, s’affichent partout sur les blousons, tuques et foulards. On constate que les habitants de cette ville située à 490 km de Berlin aiment aussi la musique, et n’hésitent pas à l’exprimer.

Marie-Nicole Lemieux

Comme elle l’avait fait à Montréal, Marie-Nicole Lemieux a livré une interprétation sophistiquée et touchante des Nuits d’été, de Berlioz, démontrant son expérience et sa compréhension approfondie de la partition et de la psychologie d’une œuvre exigeante au climat poétique singulier, avec des côtés sombres. Ce n’est certes pas une œuvre facile pour le public, mais les spectateurs sont restés attentifs.

À un stade aussi élevé de maîtrise technique, vocale et artistique, la chanteuse a la latitude requise pour exprimer les subtiles nuances que lui suggère le texte, raconter une histoire, et l’habiter. Elle le fait avec art. L’orchestre, qui a l’expérience du répertoire lyrique, enveloppe sa voix avec une admirable complémentarité.

Marie-Nicole Lemieux, en concert avec l'OM à Dortmund, Allemagne, 26 novembre 2017. (Crédit: François Goupil)
Marie-Nicole Lemieux, en concert avec l’OM à Dortmund, Allemagne, 26 novembre 2017. (Crédit: François Goupil)

On est frappé de voir à quel point Yannick Nézet-Séguin est à l’écoute de ses solistes, se penchant sur eux avec attention, communiquant du regard et des gestes. Très longuement applaudie, la contralto reviendra saluer quatre fois.

Jean-Guihen Queyras et le Concerto no 1 de Saint-Saëns

Comment ne pas aimer le jeu de Jean-Guihen Queyras? Élégant, fluide, naturel, il demeure au service du texte, ce qui n’empêche pas l’artiste de démontrer une personnalité musicale à la fois sobre et chaleureuse, à l’image de ce qu’il dégage comme être humain. D’une redoutable précision dans les passages virtuoses, éloquent dans les moments plus lyriques, le violoncelliste livre une interprétation sans maniérismes, équilibrée, de bon goût et enrichie d’une sonorité magnifique. La grande classe et un plaisir d’écoute dont on ne se lasse pas.

Jean-Guihen Queyras et le Concerto no 1 de Saint-Saëns avec l'Orchestre Métropolitain, 26 novembre 2017. (Crédit: François Goupil
Jean-Guihen Queyras et le Concerto no 1 de Saint-Saëns avec l’Orchestre Métropolitain, 26 novembre 2017. (Crédit: François Goupil)

Le niveau d’émotion général s’accentue avec les Variations Enigma, d’Elgar, qui permettent enfin à l’orchestre d’être au premier plan et de démontrer son savoir-faire et sa finesse. Bien choisie, l’œuvre permet au chef d’aménager des effets, de mettre en valeur chaque section et de développer lentement des crescendos qui traversent l’âme – surtout dans Nimrod, la variation la plus connue et qui s’est avérée, ce soir, encore plus déchirante que lors du rappel de mercredi à Montréal.

Dortmund aura aussi droit à un rappel, la Pavane pour une infante défunte, de Maurice Ravel, avec un premier thème énoncé aux cors de façon magistrale.

L'Orchestre Métropolitain a reçu un accueil chaleureux du public à Dortmund, en Allemagne, point de départ de sa tournée européenne. (Crédit: François Goupil)
L’Orchestre Métropolitain a reçu un accueil chaleureux du public à Dortmund, en Allemagne, point de départ de sa tournée européenne. (Crédit: François Goupil)

Prenant la parole à l’occasion du cocktail, après le concert, Yannick Nézet-Séguin a déclaré :

« Je sens que c’est un rendez-vous avec l’Europe pour bien souvent, à partir de maintenant ».

Si l’OM maintient le calibre musical de ce soir, on n’a aucun mal à le croire.

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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