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Toronto Montreal

Marina Thibeault et l’art zen d’être musicienne

Par Caroline Rodgers le 13 septembre, 2017

Crédit: Matthew Perrin

Sans l’ombre d’un doute, Marina Thibeault considère que psychologie sportive, le yoga et la méditation l’aident à être une meilleure musicienne. La talentueuse altiste, nommée Révélation classique Radio-Canada 2016-2017, dévoile ses secrets pour mener une vie d’artiste plus saine et équilibrée, même pendant les périodes de travail intenses.

Toutefois, ne demandez pas à Marina de vous donner le nom de son psychologue sportif : elle en garde jalousement le secret.

« L’embauche d’un psychologue sportif a été le meilleur investissement de ma carrière. Ce que j’ai appris avec lui m’a aidée dans toutes les sphères de ma vie, tant personnelle que professionnelle. »

Elle a consulté le sien pendant un an, à raison d’une fois par mois, et depuis, continue de mettre ses conseils en pratique.

« Au départ, j’ai fait appel à mon psychologue sportif pour me préparer à des concours, des auditions ou des périodes intenses avec plusieurs concerts rapprochés. J’avais le goût d’explorer de nouvelles méthodes. Cette approche m’a donné énormément d’outils. Il m’a dit qu’il ne me rendrait pas une meilleure altiste, mais qu’il m’aiderait à mieux performer. Que l’on soit avocat, entrepreneur ou joueur de tennis, les outils de la psychologie sportive peuvent nous aider, en sachant que tout est une question de préparation mentale. C’est excellent pour les gens qui ont un rythme de vie fou. Bien des artistes travaillent à la dernière minute, sur l’adrénaline, mais on ne peut pas vivre longtemps comme ça. Ce n’est pas sain. Je voulais développer une méthode pour pouvoir continuer de faire de la musique toute ma vie en me sentant bien et pour avoir une vie en dehors de la pratique de l’instrument. »

« L’embauche d’un psychologue sportif a été le meilleur investissement de ma carrière. »

Discipline

Le psychologue sportif lui a donc appris à se créer un horaire tenant compte des contraintes de la vie de musicienne professionnelle.

« Un patineur artistique ne peut pas faire du patin huit heures par jour, sept jours sur sept. Même principe pour un musicien. Mes journées de la semaine sont réparties en termes d’intensité. J’ai deux jours par semaine voués à la répétition intense, d’autres qui sont à 50%, et d’autres à 75%. Je suis cette méthode depuis deux ans. »

Les musiciens professionnels, en particulier les solistes qui voyagent, mènent souvent une vie trépidante et se couchent tard. La santé et la vie dite « normale » peuvent en souffrir.

« Dès le début, il a insisté sur l’importance d’aménager du temps pour les activités quotidiennes ordinaire, ce qu’il appelait le « non-horaire » : faire l’épicerie, manger, aller marcher. Toutes ces choses qui deviennent secondaires quand on pratique notre art. Il m’était déjà arrivé, l’hiver, de ne pas sortir de mon appartement pendant plusieurs jours et de ne faire que jouer de l’alto. Il faut changer sa façon de voir les choses et se dire que si on va marcher, c’est un investissement vers une meilleure concentration plus tard. Ce sont des choses qui semblent très simples, mais que l’on néglige quand on est musicien. »

L’aspect plus pointu de la prestation musicale devant public a aussi été abordé.

« Avec lui, j’ai trouvé une phrase que je devais me dire mentalement juste avant d’entrer sur scène pour me mettre dans le bon état d’esprit, me sentir ouverte et généreuse. Il m’a aidée à bien en choisir les mots en me posant des questions : comment je veux être sur scène? Qu’est-ce que je veux partager, et comment? Aujourd’hui, je suis capable de me mettre dans le bon état d’esprit sans dire cette phrase, mais cela m’a beaucoup aidée de l’utiliser pendant longtemps. C’est très utile, aussi, de parler du métier avec quelqu’un qui ne travaille pas dans le domaine musical et qui a un point de vue différent. »

Toutefois, l’accent n’a pas été mis sur la prestation en concert comme telle. La beauté de la psychologie sportive, c’est que les bonnes habitudes prises grâce à elle se reflètent sur la musique.

« Quand on acquiert une discipline et qu’on l’applique partout ailleurs, c’est plus facile, ensuite, de l’intégrer dans les activités musicales. On y prend goût et ça devient une seconde nature d’être mieux organisé, mieux structuré. »

Marina Thibeault a également élaboré un plan de carrière avec son coach.

« Ce n’est pas un plan basé sur des étapes logiques à suivre, mais sur mes rêves les plus fous. Il m’a raconté l’histoire d’une de ses clientes, chanteuse, qui rêvait de travailler avec Beyoncé et qui a fini par la rencontrer. Transposé dans le monde de l’alto, mon rêve était de travailler avec Tabea Zimmerman. Il m’a incitée à lui écrire et je l’ai fait, deux fois. La deuxième fois, elle m’a offert de participer à un cours de maître qu’elle a donné dans la maison d’Hindemith. »

Yoga et méditation

En plus d’utiliser des outils de la psychologie sportive, Marina Thibeault pratique régulièrement le yoga et la méditation.

« Ça fait partie de ma recette », dit-elle.

En 2013, elle a même habité pendant près de sept mois au Sivananda Ashram Yoga Camp, à Val-Morin, pour suivre une formation de hatha yoga.

« Pendant l’été, j’ai habité quatre mois dans une tente. J’avais vraiment besoin de ça. Je voulais apprendre plus que des postures de yoga, je voulais apprendre le style de vie yogique. Depuis l’âge de sept ans, je n’avais jamais rien fait d’autre que de la musique. Pour moi, l’école de yoga a été aussi importante que mes études à l’Institut Curtis. Cet apprentissage a été essentiel sur le plan humain, évidemment, mais aussi sur le plan de la force physique. J’ai bâti des muscles qui sont là pour me soutenir. De plus, la philosophie védantique est un bagage aussi utile que la psychologie sportive. Je pratique aussi la méditation, et je mélange un peu toutes ces approches en fonction de mes besoins. Tout cela est interrelié. »

« Pour moi, l’école de yoga a été aussi importante que mes études à l’Institut Curtis. »

Studio zen

Elle aime aussi vivre dans un environnement plutôt zen et épuré.

« J’ai utilisé le livre de Mari Kondo, The Art of Tidying Up, qui enseigne une méthodologie de rangement, et comment se débarrasser des choses superflues. Je me suis départie de bien des choses inutiles. Maintenant, quand j’entre dans mon studio de pratique et que tout est bien ordonné, je sens que je peux faire une bien meilleure répétition. J’ai fait la même chose dans mon jeu : enlever le superflu et garder l’essentiel. Cette cure de rangement m’a amenée à établir des parallèles dans ma musique. »

On peut d’ailleurs l’observer sur son compte Instagram alors qu’elle participe au défi #100daysofpractice, lancé par la violoniste Hillary Hahn, en documentant ses séances de répétition sur vidéo.

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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