
Le premier tour des épreuves de l’édition Violon 2026 du Concours musical international de Montréal (CMIM) se conclut cet après-midi à la Salle Bourgie. Au terme de cette séance, le jury annoncera les noms des candidat·e·s admis·es en demi-finales, qui se dérouleront samedi et dimanche, toujours à la Salle Bourgie. Deux prix spéciaux seront déjà accordés à cette étape-ci : le Prix Baroque (un montant de 2 500 $ offert par le violon solo de l’OSM Andrew Wan) et le Prix Robert-Trempe du Jury de la relève (un montant de 1 500 $).
Pour cette première épreuve, 24 candidat·e·s en provenance de 17 pays différents présentaient un programme de 30 minutes comportant une pièce baroque, une pièce de virtuosité et une pièce au choix d’une époque différente des deux premières. Ces critères intentionnellement souples permettaient l’élaboration de programmes variés. Certain·e·s ont joué la carte de l’originalité, d’autres ont offert des programmes conventionnels.
Pour les pièces baroques, la très grande majorité s’est naturellement tournée vers les Sonates et Partitas pour violon seul de J. S. Bach. Yume Zamponi a opté pour la très belle Passacaille en sol mineur de Biber, « l’autre » compositeur de l’époque ayant poussé le développement du jeu de l’instrument par ses œuvres pour violon seul. Les toutes premières notes du concours ont été celles de la Quatrième fantaisie pour violon seul de Telemann, émanant des doigts de Lorenz Karls; Yuki Hirano a choisi une mouvement en thème et variations tiré de la Septième sonate pour violon seul de Tartini. Même le Baroque français était représenté, par une sonate de Jean-Marie Leclair jouée par Michael Germer du Danemark. Charlotte Spruit a puisé dans un répertoire encore moins connu, interprétant une sonate pour violon seul de Johann Paul von Westhoff, compositeur et violoniste de Dresde.
Les compositions de Wienawski, Kreisler, Saint-Saens et Ysaïe, ainsi que la Carmen Fantasy de Waxman, le Grand caprice sur Le roi des aulnes d’Ernst et la Tzigane de Ravel, ont occupé des places de choix pour remplir l’exigence d’une pièce virtuose.
Les pièces qu’ont choisi les candidat·e·s pour compléter leur programme donnent des indices sur leurs préférences et préoccupations. L’Américaine Laurel Gagnon et Vilmor Csikos ont saisi l’occasion d’inclure des œuvres de compositrices féminines, Gagnon offrant une interprétation très sentie des Trois romances de Clara Schumann et Csikos, une Sicilienne de la contemporaine de Mozart Maria Theresia von Paradis. Le Chinois Aozhe Zhang a mis à l’honneur un compositeur de son pays, Chen Gang, avec sa pièce pour violon seul Sunshine over Tashkorgan. Charlotte Spruit a ouvert son programme par l’éclatée Étude III de Jörg Widman.
Impressions en vrac
N’ayant entendu sur place que huit des 24 candidat·e·s et entendu quelques extraits des transmissions en ligne pour d’autres, je peux difficilement avancer des prédictions sur les résultats de cette première épreuve. Parmi les interprètes entendu·e·s, l’Américaine Laurel Gagnon a fait preuve d’une personnalité artistique profonde. Je ne crois pas que les petits accrocs techniques éprouvés soient suffisants pour qu’on lui refuse une place parmi les demi-finalistes. Juste avant elle, le Danois Michael Germer a convaincu surtout par son exécution maîtrisée de la Quatrième sonate pour violon seul d’Ysaïe. Il
On m’a dit beaucoup de bien de la prestation de la Néerlandaise Charlotte Spruit, que les quelques échantillons que j’ai eu le temps de consulter de l’enregistrement disponible sur la chaîne youtube du CMIM semblent confirmer.
Avec un mouvement de Bach, une pièce virtuose de Wienawski et la Sonate de Debussy comme pièce au choix, le violoniste basé à Montréal Justin Saulnier a présenté un programme de compétition très conventionnel. Je crois qu’il aurait mieux fait d’inclure une pièce un peu « champ gauche », comme d’autres l’ont fait, afin de laisser une impression plus forte. Il a semblé manqué un peu d’assurance au début de sa prestation.
Je ne sais pas quels sont les critères pour le Prix Baroque : le respect d’une approche interprétative historiquement informée compte-t-il pour le jury? si c’est le cas, très peu de candidat·e·s (parmi ceux et celles que j’ai entendues) pourront être considérés. Il me semble que les éditions Violon précédentes m’avaient laissé meilleur goût sur ce point. Je retiens Shaoheng Zhong, entendu vendredi, dont les deux mouvements de la Partita no 1 de Bach éatient empreints d’élégance et de finesse, avec une gestion d’archet aérée bienvenue.
Résultats – Prix spéciaux et Demi-finalistes
Prix du Jury de la relève
Mes sources secrètes ont bon goût : leur candidate préférée, Charlotte Spruit, est la récipiendaire du Prix Robert-Trempe remis par le Jury de la relève. Sous la présidence de la violoniste et professeure Ana Drobac, ce jury réunit dix étudiant·e·s en violon des trois facultés de musique des institutions d’enseignement supérieur établies à Montréal, le Conservaoire de musique, l’Université de Montréal et la Schulich School of Music de l’université McGill, ainsi qu’un étudiant en provenance de la Glenn Gould School of the Royal Conservatory of Music de Toronto.
Prix Baroque
Le Prix pour la meilleure interprétation d’une œuvre baroque a été remis à Koshiro Takeuchi pour son interprétation des deux premiers mouvements de la Deuxième sonate pour violon seul de J. S. Bach.
Demi-finalistes
Les candidat·e·s admis à la prochaine ronde devront interpréter un récital d’une durée maximale de 55 minutes, comprenant au moins une sonate complète, une œuvre canadienne et une œuvre au choix. Leurs noms sont :
Bade Dastan
Laurel Gagnon
Michael Germer
Yuki Hirano
Sijun Kim
Koshiro Takeuchi
Hannah Tam
Sara Watanabe
Yume Zamponi
Aozhe Zhang
L’ordre de passage sera affiché sous peu sur le site du CMIM.