DOSSIER | Albertine en cinq temps: la genèse d'un opéra 100% féminin

Par Caroline Rodgers le 1 décembre 2022

 

Pochette d'Albertine en cinq temps-L'opéra; Chantal Lambert (Photo: Tam Photography); Catherine St-Arnaud (Photo: Brende Frisen)
Pochette d’Albertine en cinq temps-L’opéra; Chantal Lambert (Photo: Tam Photography); Catherine St-Arnaud (Photo: Brende Frisen)

La semaine dernière, ATMA Classique lançait l’album Albertine en cinq temps: l’opéra, enregistrement de l’œuvre de Catherine Major sur un livret du Collectif La Lune Rouge, basé sur la célèbre pièce de Michel Tremblay. Nous avons discuté avec trois des artistes impliquées dans ce projet fantastique et 100% conçu par des femmes. Elles nous racontent comment Albertine en cinq temps-L’opéra a vu le jour. 

Chantal Lambert, soprano et interprète d’Albertine à 70 ans dans la pièce dont la première a eu lieu au Rideau Vert le 8 septembre dernier, Catherine St-Arnaud, soprano (Albertine à 30 ans) et Monique Pagé, soprano (Albertine à 60 ans) répondent à nos questions.

LVM: Qu’est-ce que le Collectif La Lune Rouge? 

Chantal Lambert: « C’est un groupe de femmes réunies par Nathalie Deschamps, la grande initiative de tout ce projet. Elle a choisi des femmes avec qui elle avait des atomes crochus pour transformer la pièce de Michel Tremblay livret: Monique Pagé, Catherine St-Arnaud, Chloé Ekker et moi. Nous avons toutes eu envie de contribuer. Elle a du voir que nous étions toutes des amoureuses des lettres et de l’écriture.

Monique Pagé: « La lune rouge est vraiment un leitmotiv, chez Tremblay, pas seulement dans Albertine en cinq temps. Cette lune énorme du mois d’août, qu’il mentionne dans plusieurs de ses livres, on a eu envie de la mettre dans le nom du collectif. La lune, c’est la féminité, la femme, les phases de vie, un rythme.

Catherine St-Arnaud: « La lune est presque un personnage dans l’opéra, qui nous rassemble dans l’entraide féminine.

 

La première d'Albertine en cinq temps-L'opéra a eu lieu le 8 septembre au Rideau Vert. (Photo: Véronique Duplain)
La première d’Albertine en cinq temps-L’opéra a eu lieu le 8 septembre au Rideau Vert. (Photo: Véronique Duplain)

LVM: « Vous vous êtes donc assises ensemble et vous avez pris la pièce de Tremblay pour la transformer en livret? Comment avez-vous procédé? » 

Monique Pagé: « Oui, mais nous avons très peu remanié les dialogues. On ne se donnait pas la permission de corriger Tremblay, bien qu’il nous ait donné beaucoup de liberté et de latitude. Nous  avons écrit aussi des textes complètement originaux pour les airs. On s’est appuyées sur le texte pour écrire des chansons originales. Dans plus de la moitié des pièces, nous avons versifié. On s’est astreintes à une discipline d’écriture assez exigeante. »

Catherine St-Arnaud: « Nous avons fait beaucoup de coupures dans le texte, au départ, et nous avions une structure prédéterminée, où nous savions qu’à tel moment il y aurait un air, à tel autre, un dialogue. Nous avons travaillé avec Joëlle Desjardins, conseillère à la dramaturgie, et Chloé Ekker. Nous avons décidé quelles parties serviraient de base à former un air. »

Chantal Lambert: « Dans certaines pages, la prosodie était presque déjà installée. Il y avait une musique inhérente à son texte, qui parlait d’elle-même. C’était un défi de travailler à cinq, mais c’était aussi agréable et gratifiant. »

LVM: « À quel moment du processus Catherine Major a-t-elle commencé à être impliquée? 

Chantal Lambert: « Évidemment, elle a mis son grain de sel de temps à autre pendant l’écriture, car cela lui inspirait des idées musicales, ou elle nous demandait d’ajouter une phrase. Nous avions déjà décidé ce qui serait un refrain ou un couplet, et on suggérait l’emplacement d’un interlude musical. Elle était très réceptive, et nous l’étions également à ses idées et ses couleurs. Après une résidence de création et la présentation d’extraits au Rideau Vert, on a commencé à travailler plus ensemble et elle nous envoyait des extraits. C’était vraiment un beau travail d’équipe. »

Catherine St-Arnaud: « Nathalie Deschamps a beaucoup travaillé avec Catherine Major pour coordonner le tout, et elles ont eu de longues discussions sur l’inspiration, la vision et la mise en scène. »

LVM: « Comment les choses se sont-elles passées avec Michel Tremblay? » 

Chantal Lambert: « Il a vraiment été extraordinaire. Il connaissait Nathalie Deschamps depuis plus de vingt ans comme metteure en scène et comme amie. Il nous a donné carte blanche, en disant ‘je ne m’en mêle pas’. Un jour, il nous a dit ‘j’aime ça me faire bousculer' »

Catherine St-Arnaud: « Nous lui avons envoyé une première version de certains passages, et comme il était d’accord, il était agréablement surpris du travail que l’on faisait, et nous a donné la liberté. »

 

De gauche à droite: Monique Pagé, Chantal Dionne, Chantal Lambert, Florence Bourget, Catherine St-Arnaud. (Photo: Véronique Duplain)
De gauche à droite: Monique Pagé, Chantal Dionne, Chantal Lambert, Florence Bourget, Catherine St-Arnaud. (Photo: Véronique Duplain)

LVM: « Catherine Major n’étant pas habituée à écrire pour des chanteuses lyriques, comment avez-vous procédé pour vous assurer que tous les airs conviendraient à vos voix? » 

Chantal Lambert: « Elle nous appelait, elle nous envoyait des extraits, elle nous demandait conseil. Il est certain qu’elle avait envie d’explorer les tessitures dans leurs extrêmes. Il y a eu des ajustements de tonalités, et des essais et erreurs et à moment donné, nous avons trouvé notre confort et ce qui lui importait, c’est que l’on soit bien, que l’on se sente à l’aise de livrer le texte. C’était cela le grand défi: porter ce texte et nous assurer que l’on comprenne les mots. »

Catherine St-Arnaud: « Dans mon air, La Rage, il y avait beaucoup de vocalises qui n’étaient pas nécessairement écrites selon le modèle typique de vocalises que l’on connaît, il y avait beaucoup d’altération, mais c’était vraiment une expérience formidable de chanter cela, notamment à cause du thème, la rage. Comme chanteuse d’opéra, j’ai fait beaucoup d’airs, comme l’air de la folie de Lucia di Lammermoor, et je trouvais que La Rage, en québécois, pour l’Albertine de trente ans, qui est ma décennie, exprime des choses incroyables et Catherine Major a bien su mettre cela en musique. C’était très satisfaisant à chanter. C’est très opératique, c’est un vrai air d’opéra. »

LVM: « Il est rare, pour des chanteurs d’ici, de collaborer avec le compositeur ou la compositrice, pendant la création. » 

Monique Pagé: « En effet, et c’est vraiment merveilleux. J’enseigne, et on se dit souvent que pour certains compositeurs qui sont morts depuis longtemps, que si on avait la chance de leur parler, on leur passerait certains commentaires, ou on leur poserait des questions, mais on ne peut pas. On se retrouve dans des paramètres assez stricts. Mais souvent, Catherine Major nous disait que nos commentaires lui étaient utiles, elle faisait des changements, ça a vraiment été un travail d’équipe. »

L’album d’ATMA Classique Albertine en cinq temps-L’opéra, enregistré au Domaine Forget, est disponible en magasin et sur diverses plateformes en ligne. 

 

Les artistes

DISTRIBUTION

Chantal Lambert, soprano; Monique Pagé, soprano; Chantal Dionne, soprano; Florence Bourget, mezzo-soprano, Catherine St-Arnaud, soprano; Marianne Lambert, soprano

INSTRUMENTISTES

Mélanie Vaugeois, violon; Élise Poulin, cor anglais; Annie Gadbois, violoncelle; Anaïs Vigeant, contrebasse; Marie-Claude Roy, cheffe et piano

Le spectacle

Les prochaines représentations d’Albertine en cinq temps-L’opéra auront lieu de mars à novembre dans différentes villes du Québec. DÉTAILS ET BILLETS

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