CRITIQUE | L'OSM au Parc olympique: une soirée mémorable hors des sentiers battus

Par Caroline Rodgers le August 11, 2022

Critique du concert de l’Orchestre symphonique de Montréal au Parc olympique

Rafael Payare a dirigé l'OSM au Parc olympique, le 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)
Rafael Payare a dirigé l’OSM au Parc olympique, le 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)

Le traditionnel concert annuel de l’Orchestre symphonique de Montréal à l’Esplanade du Parc olympique se déroulait sous le thème des Amériques, hier soir, 10 août, dans une ambiance festive, en toute simplicité avec un programme qui a su nous amener ailleurs.

Dans le passé, il y a eu un peu de tout avec l’OSM au Parc olympique: du tambour japonais (taïko), Rhapsody in Blue avec dix pianistes et Let it Be chanté par la foule avec Marc Hervieux, un hommage aux victimes d’Hiroshima, un chœur monumental pour Carmina Burana, Les Planètes de Holst avec des acrobates et des athlètes en souvenir des J.O de 1976, une version concert de Carmen, le Requiem de Verdi et j’en passe. Au cours des neuf dernières années, j’ai assisté huit fois à cet événement et chaque fois, l’ambiance était différente, selon la température, la foule et les œuvres choisies.

Hier soir, le ciel était dégagé, la température tiède et agréable. Un temps idéal. Nous n’avons pas eu d’évaluation de foule, mais des dizaines de milliers de personnes étaient au rendez-vous.

Le thème de la Virée classique 2022 est celui des Amériques, et les pièces au programme reflétaient ce parti-pris, de même que les solistes invités. À part une courte introduction de Magalie Lépine-Blondeau, rien n’est venu interrompre la musique. Rafael Payare n’est pas le genre à expliquer la musique ni à justifier ses choix au micro. De toute façon, avec un programme chargé totalisant environ 1h30 de musique, on n’a pas le temps pour les discours. Tant mieux.

Le tout commence avec un extrait de la Symphonie no 9 de Dvorak « Nouveau Monde », que l’OSM joue régulièrement et dont le nouveau directeur artistique souligne les contrastes avec force. Tout de suite après, la poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine et le chanteur Jeremy Dutcher, membre de la Première nation malécite de Tobique (Nouveau-Brunswick) arrivent sur scène. Natasha Kanapé Fontaine récite un court poème qui rend hommage au territoire et parle de la nature, du fleuve et de la taïga, dans sa langue autochtone. Le texte est traduit sur les écrans géants. Un moment de calme et de recueillement qui fait contraste et nous interpelle.

Je ne connaissais pas Jeremy Dutcher, et j’ai été fort impressionnée par sa prestation, que je n’oublierai jamais. Il chante Mehcinut, une magnifique pièce traditionnelle en langue wolastoq. C’est une chanson qui prend au cœur par sa mélodie et l’ambiance qu’elle crée, même si on ne comprend pas les paroles. La voix du chanteur est unique, envoûtante. Des musiciens de l’OSM l’accompagnent discrètement, notamment les violoncelles. Je suis tellement subjuguée par sa présence que j’oublie de regarder l’écran pour connaître la signification des mots. Émouvant et inoubliable.

 

Pacho Flores, trompettiste, était l'invité de l'OSM au concert du Parc olympique, 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)
Pacho Flores, trompettiste, était l’invité de l’OSM au concert du Parc olympique, 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)

Concerto venezolano

Le moment qui va suivre est tout aussi marquant: le Concerto venezolano pour trompette et orchestre du compositeur cubain Paquito D’Rivera, avec le trompettiste vénézuélien Pacho Flores, qui l’interprète sur pas moins de quatre instruments. Tout un virtuose! Il est aussi accompagné d’un joueur de cuatro (petite guitare) Héctor Molina, dont le solo lui vaudra des acclamations de la foule.

Assez long, le concerto de D’Rivera est complexe et semble monstrueusement difficile, mais Pacho Flores est un trompettiste exceptionnel. Mélange d’influences jazz et latino avec des moments tendres et d’autres plus endiablés, c’est un énorme succès et le temps fort du concert. Dans la foule, un spectateur assis dans les premières rangées brandit un drapeau du Venezuela, et Rafael Payare le salue de la main lors des applaudissements.

La suite West Side Story est un excellent choix pour cette soirée américaine et le concert aurait pu s’arrêter là. Rafael Payare, en pleine forme, semble bien s’amuser. On allonge toutefois le programme en présentant Honey and Rue « The Town is lit » d’André Prévin, avec la charismatique soprano de Trinité-et-Tobago Jeanine de Bique, qui sera également en récital demain à la Virée classique. Une chanteuse spectaculaire à la voix puissante et expressive, un peu perçante dans les aigus.

Pour conclure, on entendra une œuvre fort intéressante d’un compositeur que j’avoue découvrir grâce à ce concert: Santa Cruz de Pacairigua, du vénézuélien Evencio Castellanos. Atmosphères changeantes, couleurs orchestrales rappelant par moments Gershwin, la pièce est une vaste fresque ou plutôt, une courtepointe d’idées assemblées dans un tout cohérent.

En conclusion, ce deuxième concert dirigé par Rafael Payare au Parc olympique sortait des sentiers battus en nous présentant un programme où des nouveautés et des solistes aux origines variées nous ont amené un vent de fraîcheur pour renouveler cette tradition chère à nos cœurs. On est ailleurs avec Rafael Payare, qui amène l’OSM vers une modernité pertinente par ses choix artistiques audacieux, son style et sa philosophie.

La Virée classique se poursuit tout le weekend avec quelque 24 concerts d’artistes d’ici et d’ailleurs, dans les différentes salles de la Place des arts, ainsi que des événements gratuits sur la rue Sainte-Catherine et au Complexe Desjardins. DÉTAILS ET BILLETS

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