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CRITIQUE | Camille Claudel, Stéphanie Pothier et le Molinari: chaudement recommandé

Par Caroline Rodgers le 29 avril, 2021

Stéphanie Pothier et le Quatuor Molinari dans le concert Camille Claudel: dans l'ombre du géant. (Photo: courtoisie)
Stéphanie Pothier et le Quatuor Molinari dans le concert Camille Claudel: dans l’ombre du géant. (Photo: courtoisie)

La salle Bourgie présentait cette semaine le concert multimédia Camille Claudel: dans l’ombre du géant, avec la mezzo-soprano Stéphanie Pothier et le Quatuor Molinari. Curieuse de découvrir cette proposition artistique prometteuse, j’ai délaissé le piano pendant quelques heures afin de m’aventurer de ce côté.

Excellente décision.

Couvre-feu oblige, le concert commençait à 17 h 30. Parenthèse: comme la Maison symphonique, la salle Bourgie prend toutes les précautions nécessaires pour respecter les règles sanitaires et assurer la sécurité des spectateurs.

Il est rare que l’on entende des pièces pour voix et quatuor à cordes. Avec une chanteuse du calibre de Stéphanie Pothier (qui a incarné, entre autres, Vera Lynn dans l’opéra Another Brick in the Wall, de Julien Bilodeau), on se demande pourquoi cette combinaison n’est pas plus exploitée, car le résultat est superbe. Sa belle voix chaude se marie parfaitement à la sonorité du quatuor, et surtout avec le violoncelle, joué ici par Pierre-Alain Bouvrette.

Les projections

Il importe de parler de l’aspect visuel, puisque le concert est vendu comme étant « multimédia ». En fait, c’est Stéphanie Pothier elle-même qui a pris les photos. Elles ont été traitées par Julien-Robert, concepteur vidéo. La chanteuse est aussi l’idéatrice de ce spectacle qui se veut une réflexion sur la place des créatrices dans l’histoire de l’art. Ce thème explique le choix de Camille Claudel, figure emblématique de la femme artiste n’ayant pas eu droit, de son vivant, à une reconnaissance digne de son talent.

Stéphanie Pothier a aussi fondé le Projet ClairObscur, qui vise pour sa part à « dépasser la position d’interprète de l’œuvre d’un autre créateur et à s’intégrer dans un parcours dans lequel différentes disciplines artistiques s’entrecroisent pour stimuler la création intermédiatique et intergénérationnelle« , comme l’explique le programme.

Le visuel, donc, est projeté sur huit panneaux verticaux placés à différentes hauteurs, et les images sont en mouvement. Il s’agit d’un support plus efficace que les simples écrans ordinaires souvent utilisés dans des concerts. Combinée au mouvement subtil des projections, la disposition de ces panneaux, qui fragmentent les images, apporte une profondeur à la scène. Celle-ci dépasse alors son rôle de contenant pour devenir un contenu faisant partie intégrante de la prestation. L’art visuel apporte ainsi une dimension esthétique supplémentaire adéquate sans pour autant distraire de la musique, car le dosage est juste. L’objectif d’intégrer harmonieusement deux formes d’arts est donc atteint.

La musique

La première pièce, Trois Chansons de Bilitis, de Claude Debussy, est peut-être, à mon sens, la moins intéressante du programme, mais il s’agit ici d’une question de préférence personnelle et non de la qualité de l’interprétation, qui est tout à fait juste. Le compositeur a écrit ces mélodies sur des poèmes de Pierre Louÿs, lui-même inspiré de la poésie grecque. Sur les panneaux, on voit des images de nature, de champs de blé, et de ce qui ressemble à de la glace en train de fondre à la surface de l’eau.

Le Quatuor à cordes de Germaine Tailleferre, que je n’avais jamais entendu, valait à lui seul le déplacement. Bien que des tableaux de peintres féminines soient projetés en même temps, la musique à elle seule suscite d’autres images, avec ses thèmes et ses rythmes d’inspiration folklorique rappelant l’Europe de l’Est et le monde slave. Quelle musique passionnante! C’est un scandale qu’on ne la joue pas plus. Et pourquoi? Le thème de ce concert, soit la place des créatrices dans l’histoire de l’art, répond à cette question. Quant à l’interprétation du Quatuor Molinari, elle est irréprochable.

Jake Heggie

La pièce de résistance du concert est Camille Claudel: Into the Fire, de Jake Heggie, dont nous avons découvert l’opéra Dead Man Walking, en 2013, à l’Opéra de Montréal. Il s’agit d’un cycle de chansons magnifiques, à écouter absolument si on aime découvrir une musique de notre époque à la fois complexe, riche et porteuse d’un message fort, tout en demeurant accessible. Jake Heggie a puisé à travers une multitude d’influences pour créer un langage musical cohérent, personnel, bien construit et captivant.

Bien que la pièce dure une trentaine de minutes, je n’ai pas décroché une seconde, envoûtée tant pas les prouesses vocales de Stéphanie Pothier, qui livre une prestation époustouflante, que par la richesse de la partition, rendue avec virtuosité et justesse par le Quatuor Molinari.

Artiste déterminée et persévérante, Stéphanie Pothier a su mener ce projet sur Camille Claudel en se basant sur la force de son contenu, et un traitement intelligent de celui-ci. Bravo.

Vous êtes intrigué par ce concert?  On pourra aussi l’écouter et le voir en ligne, puisqu’il sera webdiffusé du 12 au 26 mai. DÉTAILS ET BILLETS

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