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CRITIQUE | Le Fantôme de l'opéra au Théâtre St-Denis : un immense plaisir dans la langue de Gaston Leroux

Par Caroline Rodgers le 9 janvier, 2020

Hugo Laporte et Anne-Marine Suire dans Le Fantôme de l’opéra, 2020. (Photo : Pat Beaudry)

La première du Fantôme de l’opéra, version concert en français, a enfin eu lieu hier soir au Théâtre St-Denis devant une salle pleine à craquer. Un immense plaisir et une note presque parfaite pour l’ensemble de cette production dotée d’un budget imposant qui nous a permis de redécouvrir la musique d’Andrew Lloyd Weber dans un contexte où la musique reprend la place qu’elle mérite. Et en français, s’il-vous-plaît!

Réglons tout de suite la question de l’adaptation française, signée Nicolas Engel: elle est si réussie qu’elle coule dans nos oreilles avec le plus grand naturel, comme si la comédie musicale avait été écrite dans cette langue et on oublie l’original.

L’Orchestre Azimut de 40 musiciens prend place sur la scène et non dans une fosse. On peut ainsi les voir jouer, ils occupent l’espace et leur présence mise ainsi en valeur apporte une dimension musicale plus prononcée à la production.

Comme il n’y a pratiquement pas de décors à l’exception du fameux lustre qui surplombe la scène, les différents lieux où se situe l’action étant indiqués par des phrases écrites sur le fond de la scène, on se concentre davantage sur les détails de la musique que dans une production traditionnelle avec décors et mise en scène élaborée.

Cette façon de faire sert aussi les chanteurs – tous excellents – car on n’est pas distraits par des effets spéciaux. Malgré cette grande simplicité, la production est très attrayante sur le plan visuel car les costumes sont magnifiques, les éclairages sont soignés et le tout est dynamique, bien qu’il s’agisse d’une version concert.

Tout est loin d’être statique, au contraire. Les comédiens chanteurs bougent presque sans arrêt, se déplacent et utilisent énormément l’escalier de quelques marches qui les sépare de l’orchestre et fait toute la largeur de la scène. Des effets de fumée et quelques accessoires complètent le tout et rendent les scènes vraisemblables.

Dans l’ensemble, le metteur en scène Étienne Cousineau a utilisé au maximum l’espace dont il disposait et nous fait presque oublier qu’il s’agit d’une version concert.

 

Frédérike Bédard et Sylvain Paré dans Le Fantôme de l’opéra. (Photo: Pat Beaudry)

Les chanteurs

Sur le plan vocal, la distribution est très bien servie, en particulier pour les deux principaux interprètes, Hugo Laporte et Anne-Marine Suire. Il va sans dire que sur le plan vocal, le baryton Hugo Laporte domine largement tout le monde dès qu’il chante. Anne-Marine Suire est extrêmement solide, tant dans les graves que les aigus et possède son personnage de Christine, qu’elle travaille depuis des années.

Ceux qui ont vu Mary Poppins sur cette même scène il y a quelques années ne seront pas étonnés par la folie de Frédérike Bédard, qui vole littéralement la vedette en Carlotta. Comme elle le faisait avec Miss Andrew, la méchante gouvernante, elle caricature à merveille son personnage, dans ce cas-ci une diva insupportable imbue d’elle-même qui pousse des notes très aigues de toutes ses forces. Elle est très drôle.

Sa contrepartie masculine, Piangi (excellent Sylvain Paré) et les deux directeurs de l’opéra (Éric Paulhus et Étienne Isabel) sont aussi fort amusants à voir et à entendre. Les scènes les plus cocasses se déroulent toujours en leur présence. J’ai beaucoup ri.

C’est vraiment un immense plaisir que de voir et d’entendre cette production bien rodée à tous points de vue, à une exception près: le son est parfois beaucoup trop fort inutilement, et cela devient même assourdissant dans les scènes où plusieurs chanteurs poussent la note en même temps.

Michael Girard, chanteur populaire et artiste adorable, incarne Raoul, l’amoureux de Christine. Sa voix est évidemment différente des voix lyriques de l’ensemble de la distribution, mais elle est vraiment belle. On perd toutefois quelques passages de ses interventions dans les graves, comme si son micro défaillait. Il fait tout de même un Raoul très crédible, évidemment doté du physique de l’emploi, d’un grand charisme et d’une belle candeur devant les événements. Son jeu d’acteur est réussi.

Dany Wiseman dirige l’orchestre de main de maître et on apprécie les interventions de la violon solo, Myriam Pelletier. L’orchestre est évidemment amplifié, ce qui rend sa sonorité moins raffinée qu’elle pourrait l’être au naturel, mais le tout demeure acceptable dans le contexte d’une comédie musicale.

Lucie St-Martin (Meg Giry) et Catherine Sénart (Mme Giry) sont aussi excellentes.

À l’exception des quelques réserves du côté de la sonorisation (qui pourra se raffiner pour les prochaines représentations), je recommande chaudement le spectacle, une belle réalisation d’artistes québécois qui met pleinement en valeur Le Fantôme de l’opéra et ce, d’une façon unique et originale qui fait place à la musique avant tout. Bravo.

Vous voulez y aller? Les représentations se poursuivent au Théâtre St-Denis jusqu’au 26 janvier avec cinq représentations au Grand Théâtre de Québec du 17 au 19. 

LIRE AUSSI :

 

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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