DESKTOP
TABLET (max. 1024px)
MOBILE (max. 640px)
Retourner au début
Ludwig Van
Toronto Montreal

CRITIQUE | La clemenza di Tito à Opéra McGill: un beau spectacle, mais...

Par Michel Joanny-Furtin le 9 novembre, 2019

Olivier Gagnon incarne Tito dans La clemenza di Tito, une production d'Opéra McGill. (Photo: Tam Lan Truong)
Olivier Gagnon incarne Tito dans La clemenza di Tito, une production d’Opéra McGill. (Photo: Tam Lan Truong)

J’en conviens: La Clemenza de Tito présentée cette fin de semaine à Opéra McGill est un beau spectacle, mais…entre les fleurs et le pot, commençons par le pot.

L’équipe d’Opéra McGill nous a très souvent servi des mises en scène avec décors et costumes fort pertinentes même si, parfois, les accessoires péchaient par excès. Mais le plaisir était toujours là. Malgré la prestation orchestrale de qualité de l’orchestre de chambre Pronto Musica, ce fut bien moins le cas en termes de mise en scène, décors, costumes et direction d’acteurs pour cette production qui a clairement souffert d’un budget trop restreint.

Pour commencer, une bizarrerie : lors de la mise en place des interprètes pendant l’ouverture, un personnage élancé, en complet veston, apparaît après notre Titus de la Rome antique. Ce fait posé comme un cheveu sur la soupe trouvera sa raison dans le clin d’œil final évoquant une similarité des personnalités entre Tito et Trudeau sur les pancartes « Tideau » lors d’une manifestation de soutien jouée par le chœur. Pourquoi pas…

Le décor

Un regret: les décors volumineux et fastidieux. Des prismes droits à base triangulaire servaient de colonnes tournantes. Sauf que ce système, mal fagoté à mon goût, nécessite un ballet incessant qui distrait le propos, accapare l’attention, gène l’écoute, bref dessert plus qu’il ne sert l’histoire. Ce système est censé montrer les différents sites de l’histoire, les couloirs du palais où se trame le complot, mais aussi le chaos d’un incendie volontaire, moment fort du complot contre Titus.

Dans la seconde partie, bien utilisés quelquefois, ces éléments scénographiques servaient l’enfermement mental de Sesto dans sa culpabilité et les atermoiements de l’âme des différents personnages. Cependant, la simplicité restera toujours le meilleur choix. Un grand bravo, par contre, aux quatre soldats romains réquisitionnés aux grandes manœuvres pour faire bouger, déplacer, installer ces gigantesques boites de Toblerone.

Pour en finir avec le décor, j’ajouterais quand même que c’était une bonne idée de placer le chœur sur une estrade en arc de cercle comme le public d’un cirque romain qui assiste aux complots de ses puissants dans l’arène.

Les costumes

Alors que le chœur était vêtu selon notre époque, les costumes des protagonistes semblaient issus de la garde-robe du dernier péplum. Trop, c’est comme pas assez. Ces costumes trop explicites gênaient les chanteurs dans leur mouvement, et ceux-ci devaient marquer leur gestique pour donner plus d’emphase à la stature de leurs personnages.

Dans ce sens aussi, la direction d’acteurs reste à peaufiner, les chanteurs semblaient ne pas savoir quoi faire de leur bras, et parfois de leur corps, allant d’un côté à l’autre pour occuper l’espace. De plus l’incarnation des personnages était parfois déficiente. Titus est un monarque puissant qui en impose. On imagine un homme fier, tout en retenue, même dans les moments de doute. Olivier Gagnon a tenté de nous le représenter ainsi. Un effort qui méritait d’être guidé et indiqué, mais dont il n’a semble-t-il pas assez bénéficié. C’est un peu dommage car son Titus est attachant et on aurait aimé qu’il puisse lui donner plus d’ampleur.

 

Olivier Gagnon incarne Tito dans La clemenza di Tito, une production d'Opéra McGill. (Photo: Tam Lan Truong)
La clemenza di Tito, une production d’Opéra McGill. (Photo: Tam Lan Truong)

Les voix

Tel qu’annoncé au début de ce texte après le pot, les fleurs !

Si l’ensemble péchait par son aspect quelque peu « provincial » dans la première partie, c’était tout autre chose dans la seconde. Oubliant peu à peu les irritants énoncés, l’œuvre prend alors son ampleur et son envol artistique et les chanteurs se donnent alors dans la grande mesure de leur talent expressif et vocal. Vocalement, les interprètes se sont donnés sans réserve et ce spectacle nous fait découvrir de belles « trouvailles ».

Et c’est en cela que j’affirme que cette Clémence de Titus est un beau spectacle. Vraiment!

Olivier Gagnon a la voix bien placée pour incarner le rôle de Titus. Une voix qui peut encore évoluer en puissance. Avery Lafrentz nous a servi une Vitellia puissante vocalement et artistiquement avec une amplitude vocale remarquable, une rondeur de la voix même dans les aigus, et des graves bien assis qu’il faudra travailler encore un peu pour leur donner la qualité requise, mais le terreau est là. Une voix à suivre (dans tous les sens des mots, voix et voie…).

Le Annio de Eva-Marie Cloutier était bien enraciné dans la voix, le jeu, la dramaturgie. Une belle recrue vocale et artistique pour de prochains opéras. Elisabeth Boudreau a interprété le court rôle de Servilia avec une prestance et une clarté vocale hors pair. Ce petit bout de femme surprend par la puissance et la qualité, articulation comprise, de son chant. Une première découverte ce soir.

Je garde le dessert pour la fin : la formidable prestation de Maddie Studt en Sesto. Tout y était : le timbre, la puissance et l’étendue vocale, le jeu et l’intériorité de son interprétation, sobre et efficace, crédible. J’ajouterais aussi l’incarnation physique, même le visage et la corpulence de ce personnage masculin par cette mezzo de talent. À quelques reprises, je me suis demandé si c’était un sopraniste qui l’interprétait. C’est dire comment Maddie est entrée dans son personnage! Une artiste lyrique complète et, pour moi, la révélation de cette production!

Vous voulez y aller?

La clemenza di Tito de Wolfgang Amadeus Mozart
Une production d’Opéra McGill avec la collaboration de l’orchestre de chambre Pronto Musica sous la direction de Stephen Hargreaves.
Samedi 9 novembre,19 et dimanche 10 novembre, 14h30, salle Pollack, Université McGill. NB que la distribution du 9 novembre n’est pas la même que celle du 8 et du 10. 

Les représentations du 9 et du 10 seront webdiffusées. DÉTAILS

LIRE AUSSI

LISZT | Douze musiciens classiques affectés par les guerres et les dictatures

 

 

Michel Joanny-Furtin

Michel Joanny-Furtin

Collaborateur chez Ludwig van Montréal
Journaliste et chroniqueur, cet ancien travailleur social passionné d’art lyrique et de musique classique, mais aussi contemporaine, a commencé comme attaché de presse de jeunes compagnies lyriques et théâtrales tout en poussant quelques improbables contre-uts dans un chœur d’hommes.
Avant de verser dans le journalisme culturel et social local au Québec depuis quelques années, dont une à la SMCQ, cet animateur radio a également produit "Opér’Apéritif" sur les ondes de Radio-Dreyeckland en Alsace puis de CIBL à Montréal pendant quelques années. Comme quoi, entre le micro et la plume, Michel Joanny-Furtin prend toujours… des notes !
Michel Joanny-Furtin
Michel Joanny-Furtin

Michel Joanny-Furtin

Collaborateur chez Ludwig van Montréal
Journaliste et chroniqueur, cet ancien travailleur social passionné d’art lyrique et de musique classique, mais aussi contemporaine, a commencé comme attaché de presse de jeunes compagnies lyriques et théâtrales tout en poussant quelques improbables contre-uts dans un chœur d’hommes.
Avant de verser dans le journalisme culturel et social local au Québec depuis quelques années, dont une à la SMCQ, cet animateur radio a également produit "Opér’Apéritif" sur les ondes de Radio-Dreyeckland en Alsace puis de CIBL à Montréal pendant quelques années. Comme quoi, entre le micro et la plume, Michel Joanny-Furtin prend toujours… des notes !
Michel Joanny-Furtin
Partager cet article
lv_montreal_banner_high_590x300
comments powered by Disqus

Ludwig Van Montreal

NOUVELLE | Le documentaire Chaakapesh sur la tournée de l'OSM dans le Grand Nord sort en salle

Par Mario Cloutier le 5 décembre, 2019

Kent Nagano croit que la tournée de l’OSM dans le Grand Nord canadien, à l’automne 2018, aura une résonance partout dans le monde. L’Orchestre doit poursuivre cette initiative, selon lui.
Lire tout l'article Commentaires
Partager cet article
lv_montreal_banner_high_590x300

CHOIX DE LA RÉDACTION | Onze concerts de musique classique pour commencer décembre du bon pied

Par Caroline Rodgers le 2 décembre, 2019

Le mois de décembre s'annonce bien rempli en musique classique et nous publierons très bientôt une liste des plus beaux concerts de Noël à venir. D'ici là, voici nos Choix de la rédaction du 2 au 8 décembre.
Lire tout l'article Commentaires
Partager cet article

NOUVELLE | Stéphane Tétreault remporte le Prix Virginia-Parker du Conseil des arts du Canada

Par Caroline Rodgers le 27 novembre, 2019

Le Conseil des arts du Canada annonçait hier la remise de trois prix importants. Parmi ceux-ci, le Prix Virginia-Parker d'une valeur de 25 000 $ qui a été attribué au violoncelliste québécois Stéphane Tétreault.
Lire tout l'article Commentaires
Partager cet article
lv_montreal_banner_low_590x300
lv_montreal_ssb_atf_300x300
lv_montreal_ssb_high_300x300
lv_montreal_ssb_mid_300x300
lv_montreal_ssb_low_300x300
lv_montreal_tsb_high_300x700
lv_montreal_tsb_low_300x700
lv_montreal_ssb_atf_300x300
lv_montreal_ssb_high_300x300
lv_montreal_ssb_mid_300x300
lv_montreal_ssb_low_300x300
lv_montreal_tsb_high_300x700
lv_montreal_tsb_low_300x700

We have detected that you are using an adblocking plugin in your browser.

The revenue we earn by the advertisements is used to manage this website. Please whitelist our website in your adblocking plugin.