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L'AVANT-CONCERT | Les Reines maudites : destins tragiques et femmes légendaires aux Idées heureuses

Par Béatrice Cadrin le 17 septembre, 2019

Quatre des interprètes du programme Les Reines maudites présenté par Les Idées heureuses le 21 septembre : (en sens horaire) Geneviève Soly au clavecin en solo (photo : Isabelle Fexa), Tanya LaPerrière au violon, la soprano Catherine St-Arnaud (photo : Julie Artacho) et Dorothéa Ventura au clavecin pour le continuo.

Elles chanteront et joueront les destins tragiques de grands personnages féminins de la mythologie grecque lors du concert Les Reines maudites donné par Les Idées heureuses le 22 septembre, mais les femmes rassemblées autour de la table, pétillantes de vivacité et de joie, sont loin de la tourmente en ce mardi après-midi. « Heureuse de participer à ce projet », « en amour avec cette musique » et « envie de la partager » sont des expressions qui reviendront souvent au cours de notre échange.

Geneviève Soly, claveciniste, fondatrice et directrice artistique des Idées heureuses, le fait d’ailleurs remarquer :

« C’est là l’essence même de notre travail, c’est ce qui nous tient toute la vie, » cette envie irrépressible de partager la musique qui les passionne manifestement toutes, avec laquelle elles sont réellement en amour : la musique française des XVIIe et XVIIIe siècles.

Les sujets mythologiques ont la cote durant cette période, puisqu’ils touchent à l’essence même de ce qu’est l’époque baroque française et à ce que la musique veut être, c’est-à-dire un véhicule pour transmettre des émotions très fortes.

Le meilleur « pitch de vente » pour le concert réside probablement dans les descriptions fougueuses livrées par Tanya LaPerrière, violoniste et co-conceptrice du concept, bien qu’il soit difficile de les reproduire par écrit. Elle est particulièrement attachée à la pièce Le Tombeau de Monsieur Lully, une sonate pour deux violons, viole de gambe obligée et continuo du compositeur Jean-Féry Rebel (1666-1747), qu’elle interprétera avec son ancienne professeur Chantal Rémillard, ainsi qu’avec Marie-Laurence Primeau à la viole de gambe et Dorothéa Ventura au clavecin :

« Tous les instruments s’échangent le thème : Tamdidedai tamdidedai. Ça commence réflectif, infiniment beau. Ensuite boum, ça change : tam ditamditadi da. Ça devient très actif, ça va plus vite, c’est très l’fun à jouer; d’un tout autre caractère, plus joyeux, et puis ça change rapidement. Tout à coup voum!, c’est une descente chromatique dadadididadididam; ça recommence, et ça insiste, c’est comme si on creusait.

Ensuite, il y une tempête au milieu : tabadabatabadabatabadabata, avec des notes répétées. La musique est très très très mouvementée, c’est évident que c’est une grosse tempête, tout le monde joue beaucoup de notes. Elle finit de façon brutale sur l’octave la plus résonante du violon, et ça revient aux Regrets du début.

Tout au long de la sonate, avec tous les instruments, tout le monde participe à la conversation et rentre dans le caractère de l’autre; c’est une pièce qui est tellement intéressante à écouter, tellement l’fun à jouer, et infiniment touchante. »

 

Le personnage de Médée, ici illustrée par Charles André van Loo en 1760, a donné lieu à plusieurs mises en musique, dont la cantate pour voix seule et symphonie de Clérambault.

Médée, Didon et le destin

À l’origine du programme se trouvent cependant les deux cantates profanes Médée de Louis-Nicolas de Clérambault (1676-1749), sur un texte de Marie de Louvencourt, et Didon de François Collin de Blamont (1690-1760), sur un texte du Prince de Condi. Les reines maudites du titre, ce sont elles : des femmes fortes dont le destin dérape, les menant l’une au meurtre de ses deux enfants, l’autre au suicide.

Au départ vouées à un destin merveilleux, elles avaient tout pour elles – mais les affres de leur passion démesurée les en ont détournées et projetées vers une fin aussi sombre que leurs talents avaient été resplendissants.

Didon, reine de Carthage, tombe follement amoureuse d’Énée, mais celui-ci préfère suivre les chemins de la gloire et la délaisse pour se rendre en Italie fonder Rome. La douleur mène Didon à s’immoler sur un bûcher, dont Énée aurait aperçu les flammes à partir du navire qui l’emportait vers l’Italie.

L’histoire de la magicienne Médée est d’une violence encore plus grande. Abandonnée par Jason, pour qui elle a tout laissé et déjà beaucoup tué, elle tombe dans une furie démesurée au cours de laquelle elle tue les deux enfants qu’elle a eus avec lui.

Virtuosité émouvante

La soprano Catherine St-Arnaud, pour qui il s’agit d’une première collaboration aux Idées heureuses, aime beaucoup chanter ce genre de personnages, qu’elle se garde de juger, préférant les approcher avec sensibilité. C’est elle qui, en découvrant la cantate Didon, a eu l’idée de la jumeler à celle de Médée, qu’elle souhaitait chanter depuis longtemps. C’est sous cette forme que Tanya LaPerrière et elle ont proposé le programme à Geneviève Soly il y a déjà plus de deux ans.

Celle-ci confirme qu’il s’agit là d’un jumelage naturel qui n’aurait pas étonné les contemporains des compositeurs en question, « les deux représentants les plus parfaits de la fin du règne de Louis VIX et de la Régence ».

Elle explique aussi que ces cantates profanes, qui n’ont rien à voir avec les cantates italiennes ou allemandes, sont en quelque sorte des « tragédies lyriques de salon ».

La grande expérience de Dorothéa Ventura dans le genre de la tragédie lyrique, et de la musique française du XVIIe siècle en général, en faisait une partenaire tout indiquée pour ce programme. Contrairement à Catherine St-Arnaud, avec qui elle a beaucoup collaboré dans d’autres contextes, Dorothéa Ventura n’est pas une nouvelle venue aux Idées heureuses, puisqu’elle donnait son premier concert professionnel il y a 25 ans avec cet ensemble. Elle lui sera dorénavant encore plus étroitement associée, ayant été récemment nommée au poste de directrice artistique adjointe de l’ensemble.

Au sujet du défi d’interprétation que représente la musique française, elle soulève que c’est la plus difficile à décoder.

« Quand on ouvre une partition, il paraît à première vue qu’il n’y a pas grand-chose; souvent on passe à côté des choses parce qu’il y a des codes à savoir. La virtuosité vocale tient surtout à comment dire le discours avec éloquence, avec tous les artifices que ça prend qui sont très complexes à faire. Vocalement toutes ces fioritures doivent toutes être au bon endroit, dans le bon tempo et avec le timing parfait. Dans cette musique, si on en est maître, on émeut. »

Ce n’est pas une virtuosité pour en mettre plein la vue, mais pour toucher. – Dorothéa Ventura

Pas pour la première fois durant cette rencontre animée, il m’apparaît évident que les quatre interprètes présentes ont tout le tempérament nécessaire pour faire ressortir l’intensité des œuvres au programme, sans en négliger la grâce et le raffinement, caractéristiques maintes fois soulignées dans notre conversation.

Curieuse, je leur demande laquelle des femmes mythologiques représentées est leur préférée. Geneviève Soly choisit Armide, qui sera incarnée en musique sur scène par la Passacaille d’Armide composée par Lully et transcrite pour le clavecin par d’Anglebert. À la réponse de Tanya LaPerrière, qui, tout comme Dorothéa Ventura, jette son dévolu sur Médée, voilà les exemples musicaux chantés qui reprennent de plus belle, toutes en chœur cette fois : Pom pom pom popedom! Cruelle viiiiiiieeee!

Cette interprétation à quatre, dont la voix de Catherine St-Arnaud qui nous parvient de France à travers le téléphone placé au centre de la table, ne sera pas reprise lors du concert du 22 septembre : il fallait vraiment y être pour en apprécier toute la spontanéité. Parions cependant que l’exécution en concert se rapprochera plus des intentions du compositeur et que nos interprètes enflammées mettront tout le raffinement, toute la grâce et toute la fougue qu’elles possèdent en quantité abondante pour rendre avec virtuosité émouvante ce programme dramatique et bien ficelé.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

LES REINES MAUDITES par Les Idées heureuses, dimanche 22 septembre, 15h, Salle Bourgie. DÉTAILS

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