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CRITIQUE | Eugène Onéguine à l'Opéra de Montréal: une réussite sur toute la ligne

Par Caroline Rodgers le 15 septembre, 2019

Nicole Car et Étienne Dupuis dans Eugene Onéguine, Opéra de Montréal, 2019. (Photo: Yves Renaud)
Nicole Car et Étienne Dupuis dans Eugene Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)

Marquons cette soirée d’une pierre blanche: la production d’Eugene Onéguine présentée jusqu’au 22 septembre à l’Opéra de Montréal est presque irréprochable, tant pour sa mise en scène que pour sa fantastique distribution. La première avait lieu samedi soir, 14 septembre, à la salle Wilfrid-Pelletier.

Depuis deux ans, quelques productions de l’Opéra de Montréal ont souffert de distributions inégales affectées par la faiblesse de l’un ou l’autre des chanteurs principaux. Ce n’est pas le cas ici, car tous sont excellents. Il n’est pas obligatoire de toujours réinventer la roue à l’opéra. Pour être heureux, le public demande tout simplement des chanteurs à la hauteur des oeuvres qu’ils portent dans une mise en scène efficace. C’est à cela que nous avons eu droit hier soir.

Au fil des ans, j’ai vu et entendu Étienne Dupuis dans plusieurs rôles à Montréal: pensons à Marcello, à Figaro, à Simon dans Les Feluettes et à Roger Waters avec son absurde perruque dans Another Brick in the Wall. Si Dupuis est toujours bon, il se surpasse en  Onéguine avec une voix ayant gagné en maturité. Sans doute son meilleur rôle à Montréal, ou presque, car il restera toujours difficile de surpasser l’inoubliable Joseph De Rocher, bouleversant condamné à mort de Dead Man Walking. 

 

Étienne Dupuis et Nicole Car dans Eugène Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)
Étienne Dupuis et Nicole Car dans Eugène Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)

En entendant Nicole Car, on se demande toutefois pourquoi Tchaïkovski n’a pas intitulé son opéra Tatiana, plutôt qu’Eugene Onéguine, tellement sa présence est forte et remarquable, et tellement son personnage mérite mieux que d’être toujours à genoux en train de pleurer. Impériale, la soprano australienne émerveille l’audience par sa voix magnifique, maîtrisée aussi bien dans le grave que dans l’aigu, remplie de couleurs et de musicalité. On ne se lasse pas de l’écouter.

Au premier acte, la longue scène de la lettre d’amour qu’elle écrit à son bien-aimé est parfaitement réussie. Avec l’endurance et l’intensité dramatique que requiert ce tout de force vocal et artistique, la chanteuse ne faiblit jamais et porte admirablement cette scène mémorable jusqu’au bout, ce qui lui vaudra d’être longuement applaudie. C’est elle, la véritable héroïne de la soirée.

 

Carolyn Sproul et Nicole Car, dans Eugène Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)
Carolyn Sproul et Nicole Car, dans Eugène Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)

Parlons de l’autre couple de l’histoire: Lenski et Olga. Le charismatique Owen MacAusland fait entendre une superbe voix de ténor. Son fameux air de Lenski est très réussi. La pétillante mezzo diplômée de Juilliard Carolyn Sproule, en Olga, est talentueuse et tout à fait à la hauteur du rôle, bien que l’on puisse ne pas être d’accord avec sa technique qui tend vers une sorte de résonnance caverneuse dans les graves. C’est une chanteuse au grand potentiel et dont la voix va évoluer. Elle démontre aussi un don certain pour le jeu théâtral.

Le jeune ténor Spencer Britten, membre de l’Atelier lyrique de l’OdeM, a beaucoup de succès auprès de l’auditoire avec son amusante interprétation de Monsieur Triquet, aristocrate français maniéré, hilarant stéréotype qu’il incarne avec génie. La scène est savoureuse, et ce jeune homme est un acteur né. On sait déjà qu’il ira loin.

Denis Sedov, basse russe, est également impressionnant et fort crédible dans le court rôle du Prince Gremine, qui se limite pratiquement à un air, mais quel air! Quant aux deux femmes âgées de la maison de Tatiana, respectivement Larina la mère (Christianne Bélanger) et Filipievna la nourrice (Stefania Toczysca), elles sont solides et constantes, leur tandem formant un fil conducteur de bienveillance, de profondeur et même d’humour entre les scènes.

 

Étienne Dupuis dans Eugène Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)
Étienne Dupuis dans Eugène Onéguine, Opéra de Montréal, septembre 2019. (Photo: Yves Renaud)

Mise en scène

Sans la moindre extravagance, la scénographie très classique est l’une des plus belles que l’on ait pu voir à l’Opéra de Montréal depuis quelques années, avec ses fonds champêtres rappelant les tableaux de grands maîtres russes comme Nesterov. Couchers de soleil roses et grands bouleaux blancs: quiconque a voyagé en Russie à l’extérieur des villes connaît ces paysages émouvants par leur simplicité. Les intérieurs, tout en gris, sobres et élégants, ne détournent pas l’attention de l’essentiel. D’immenses fenêtres, dotées de rideaux translucides permettant d’entrevoir les paysages, ajoutent du relief et un charme romantique aux scènes intérieures.

Le metteur en scène, Tomer Zvulun (remplacé à Montréal par Stephanie Havey), a voulu apporter une lecture distinctive en montrant à quelques reprises Onéguine et Tatiana en vieillards muets ressassant des souvenirs de leurs jeunes années, comme si tout l’opéra se passait dans leur tête. Bien que cela n’apporte pas grand-chose de plus, au moins cette idée ne nuit-elle pas à la narration et ne cause pas trop de confusion. Elle a aussi le mérite de faire réfléchir: on n’a qu’une vie à vivre, mieux vaut ne pas tout gâcher. Au-delà d’une histoire d’amour, Eugène Onéguine est une fable sur la bêtise humaine et les mauvais choix.

Plusieurs fois, lorsque les personnages principaux dialoguent, les figurants s’arrêtent complètement de bouger, formant une sorte de tableau vivant qui m’a fait penser au long ballet final du film An American in Paris, alors que des dizaines de personnages demeurent figés tandis que Gene Kelly s’épivarde. Simultanément, l’éclairage de ces scènes change, devenant plus hollywoodien. Le procédé crée un bel effet, plus intéressant que si les figurants avaient fait semblant de vaquer à leurs occupations, comme c’est le cas d’habitude.

Dans la fosse, l’Orchestre Métropolitain, dirigé par Guillaume Tourniaire, n’a pas été irréprochable. Manque de justesse chez les cordes, et plus d’une fois, notamment pendant les intermèdes entre deux scènes. C’était la première représentation. Espérons que ce ne sera pas le cas les autres soirs.

En résumé, cette production d’Eugene Onéguine est une très belle expérience opératique que l’on ne devrait pas manquer.

LIRE AUSSI:

 

OPÉRA | Étienne Dupuis et Nicole Car dans Eugene Onéguine: l’opéra, à deux, c’est mieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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