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ICAV 2019 | Ces opéras du jeune Mozart que vous ne connaissez pas (ou presque)

Par Béatrice Cadrin le 16 juillet, 2019

Mozart, représenté ici dans un portrait anonyme non authentifié, n’avait que 12 ans lorsqu’il a composé son premier opéra.

« Ma in Espana, Son’ gia mille e tre! » Qui n’entend pas immédiatement l’air de Leporello simplement en lisant ces paroles! De même si je vous parle des vocalises de la Reine de la nuit. Pour ce qui est des opéras de jeunesse de Mozart, par contre, même leurs titres n’évoqueront rien chez une grande partie des mélomanes : Bastien et Bastienne, La finta semplice, Zaide, Mitridate, Lucio Silla, La finta giardiniera.

L’Institut canadien d’art vocal, qui se tient cette année du 22 juillet au 9 août, mettra en valeur ces musiques négligées du compositeur autrichien lors d’un concert intitulé « Scènes d’opéras méconnus du jeune Mozart », le vendredi 2 août à 19h30 à la Salle Serge-Garant de l’Université de Montréal. La direction de la soirée est confiée à l’Allemand Rainer Armbrust, chef d’orchestre et répétiteur au Festival de Bayreuth.

Voici, en ordre chronologique de composition, une courte initiation à certains des opéras au programme de cette soirée hors du commun.

ACHETER DES BILLETS POUR CE CONCERT

La finta semplice (1768)

La genèse de cet opéra, composé lors d’un coûteux voyage pour faire connaître les talents de Wolfgang à Vienne, a causé bien des soucis organisationnels et financiers à son père. Dans sa hâte de démontrer que son fils de 12 ans était à la hauteur de ce défi ultime de composition, Leopold a abandonné sa prudence habituelle et saisi la balle au vol un peu trop rapidement, prenant pour une promesse ce qui n’était que paroles encourageantes de la part de l’Empereur Joseph II.

Ainsi, si l’on en croit les récits communiqués par Leopold dans sa correspondance avec sa femme, ses démarches trop agressives auraient heurté la sensibilité de plusieurs acteurs du monde musical viennois. Tous les moyens auraient été bons pour faire échouer les répétitions – incluant soudoyer les chanteurs pour qu’ils refusent de chanter des airs supposément trop difficiles – et faire en sorte que l’œuvre du jeune compositeur ne voie jamais le jour. Suite à plusieurs reports consécutifs des répétitions, Leopold et Wolfgang ont finalement dû quitter Vienne, à bout de ressources financières. La finta semplice a pu être créé l’année suivante à Salzbourg.

L’histoire de cet opera buffa voit les projets de mariage de deux couples, le général Fracasso et Giacinta, et le sergent Simone et la soubrette Ninetta, contrecarrés par les deux frères de Giacinta, deux vieux garçons misogynes refusant de voir leur organisation domestique perturbée par les espoirs matrimoniaux de leur sœur et de leur servante. Ninetta et Rosina, la sœur de Fracasso, conspirent pour entourlouper les récalcitrants et les forcer à permettre les deux unions.

 

Bastien et Bastienne (1768)

Peut-être pour se distraire des difficultés liées à la création de La finta semplice, Mozart a composé à la même période le Singspiel Bastien et Bastienne, une œuvre en un seul acte destinée à des représentations privées. L’histoire ne met en scène que trois personnages : Bastienne, croyant que son amoureux Bastien lui est infidèle, suit les conseils du « sorcier » Colas et fait croire à Bastien qu’elle s’est elle-même désintéressée de lui. Bastien, à son tour désespéré d’être abandonné par Bastienne, a lui aussi recours aux services de Colas. Celui-ci chante alors des « incantations » remplies de mots inventés devant ensorceler Bastienne et la faire revenir dans les bras de Bastien.

 

Mitridate, re di Ponto (1770)

Ressentant fortement l’échec cuisant du voyage à Vienne, Leopold n’a plus qu’une idée, celle d’entreprendre un voyage en Italie, patrie par excellence du genre opératique, et d’y obtenir pour son fils la commande d’un nouvel opéra. C’est à Milan que se concrétiseront ces espoirs, bien que Mozart père et fils poursuivent leurs pérégrinations en attendant que soit assigné un livret, de sorte que c’est à Bologne que sera entreprise la composition de Mitridate, re di Ponto, un opera seria basé sur une tragédie de Racine. Le jeune Mozart écrit à sa mère qu’il a mal aux doigts à force d’y travailler.

Cette fois, c’est un succès : à la première du 26 décembre 1770, le public a exigé qu’un des airs soit répété, et des cris de « Evviva il maestrino! » (Vive le petit maître), fusent dans la salle. Leopold rapporte que la représentation a duré six heures, incluant 2 heures de ballet! Âgé de seulement quatorze ans, Mozart dirige les trois premières représentations à partir du clavecin.

Encore une fois, le livret exploite des relations amoureuses entremêlées : Mitridate, roi de la région du Pont en Asie mineure, et ses deux fils, le fourbe Farnace et le loyal Sifare, sont tous amoureux de la même femme, Aspasia. Afin de piéger ses fils, Mitridate leur fait transmettre la fausse nouvelle de sa mort au combat, ce qui fait ressortir l’antagonisme des deux frères, soit l’un envers l’autre ou envers leur père, en plus de leur faire croire que le terrain est libre pour avouer leur amour à Aspasia.

À son retour surprise, Mitridate condamne ses fils à mort, mais Sifare obtient le pardon de son père en venant à son secours dans un combat. Même Farnace finit par renoncer à son amour pour Aspasia et à délaisser le camp des Romains, ennemis de son père, avec qui il s’était acoquiné. Comme le commente Stanley Sadie, auteur du livre Mozart : The Early Years 1756-1781 : « Il était moins important qu’un scénario soit réaliste de façon convaincante qu’il fournisse l’occasion de démontrer une vaste étendue d’émotions humaines. »

Notons que les rôles de Farnace et Sifare étaient à l’origine tenus par des castrats et sont chantés aujourd’hui soit par des contre-ténors, soit par des femmes.

 

Lucio Silla (1772)

Le succès italien de Mitridate allait être dépassé deux ans plus tard par celui de Lucio Silla, qui a tenu l’affiche pendant 26 représentations, et ce, malgré un soir de première chaotique. La représentation a commencé avec deux heures de retard parce que l’archiduc, qui devait y assister, avait des lettres à écrire avant de pouvoir se libérer. À l’image de Mitridate, la représentation a duré 6 heures, se terminant finalement à deux heures du matin!

L’écriture de Mozart avait bien sûr évolué au cours de ces deux années. Les airs de Lucio Silla ont plus d’envergure, présentent une orchestration plus riche et la musique en général y est plus imaginative.

 

La finta giardiniera (1775)

Les imbroglios amoureux de cet opéra sont, si possible, encore plus denses que dans les précédents, complexifiés par le fait que deux des personnages possèdent deux noms et deux identités. En effet, Violante a été laissée pour morte par son amant Belfiore à la suite d’une violente dispute. Cependant, elle l’aime encore et cherche à le retrouver. Elle se fait engager comme jardinière dans la maisonnée du podestat Don Achise sous le nom de Sandrina, alors que son serviteur Roberto, qu’elle fait passer pour son cousin, prend le nom de Nardo. Le podestat tombe amoureux de sa nouvelle jardinière, ce qui excite la jalousie de sa soubrette Serpetta, qui prévoit elle-même l’épouser et par conséquent, repousse les avances de Nardo. Entre-temps, Belfiore, dont le coeur bat pourtant encore pour Violante, est déjà fiancé à la nièce du podestat, Arminda, au grand dam du chevalier Don Ramiro.

La confusion et la jalousie sont à leur comble dans la finale du premier acte, mais n’ayez crainte : tout va se résoudre pour le mieux – selon les vues de l’époque – à la fin de l’opéra, mais pas avant que Belfiore et Violante/Sandrina aient d’abord complètement perdu, puis retrouvé, les esprits.

 

 

Zaïde (1780)

Mozart n’a jamais complété la composition de l’opéra que l’on nomme maintenant Zaïde. Quand le manuscrit a été retrouvé dans ses possessions après sa mort, sa veuve Constance n’en connaissait même pas l’existence. L’œuvre n’a donc bien évidemment jamais été donnée de son vivant, et ce n’est qu’en 1866 qu’elle a été montée, affublée d’une ouverture et d’un finale d’une autre main. Malgré son aspect inachevé, cet opéra, entrepris 5 ans après le précédent, représente une avancée importante dans la technique d’écriture mozartienne. Le développement des personnages s’approche de la finesse démontrée dans ses opéras de maturité. Tout semble d’ailleurs indiquer que Mozart était heureux du travail accompli, cherchant les occasions de le faire entendre.

L’intrigue présente des similarités avec celle de Die Entführung aus dem Serail, composé seulement deux ans plus tard. Zaïde, jeune femme prisonnière d’un sultan, tombe amoureuse de l’esclave Gomatz. Le valet Allazim les aide à s’échapper, mais ils sont rattrapés par les hommes du sultan. Furieux, celui-ci les condamne à mort. Allazim intercède en leur faveur – et le manuscrit s’interrompt sans que l’on connaisse la décision finale du sultan…

 

Le programme du concert du 2 août comporte aussi des extraits d’un opéra plus tardif, La Clemenza di Tito, composé dans la dernière année de vie de Mozart à la même période que Die Zauberflöte. Les jeunes chanteurs de l’ICAV feront la démonstration de leur polyvalence en présentant également des Lieder restés eux aussi méconnus du grand public.

VOUS AIMERIEZ Y ALLER? Scènes d’opéras méconnus du jeune Mozart, le vendredi 2 août, 19 h 30, salle Serge-Garant de l’Université de Montréal. ACHETER DES BILLETS. 

 

Définitions

Opera seria : Genre principal d’opéra aux 17e et 18e siècles, « l’opéra sérieux » mettait en scène des sujets historiques ou mythologiques. La Clemenza di Tito est considéré l’un des derniers exemples d’opera seria.

Opera buffa : Contrairement à l’opera seria, l’opera buffa mettait en scène des personnages du quotidien dans des situations comiques ou légères. Le barbier débrouillard des Nozze di Figaro en est un très bon spécimen.

Singspiel : littéralement, « jeu chanté ». Drame musical allemand à caractère comique ou fantastique comportant généralement des scènes parlées. Die Zauberflöte, malgré sa dimension philosophique sous-jacente, est un Singspiel.

Lied, plur. Lieder : mot allemand signifiant chanson. Le terme est utilisé pour désigner un genre intimiste de pièce où la voix et le piano sont des partenaires égaux. Schubert, par exemple, a composé plus de 600 Lieder.

 

Cet article a été commandité par l’Institut canadien d’art vocal. Vous avez un événement spécial à promouvoir? Pour connaître nos tarifs de contenu commandité, écrivez-nous à caroline@ludwig-van.com 

Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
Béatrice Cadrin
Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
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