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Toronto Montreal

ARTISTE DE LA SEMAINE | Les énigmatiques partitions graphiques de Symon Henry

Par Caroline Rodgers le 8 novembre, 2018

Symon Henry
Symon Henry (Photo: Maxime Boisvert)

Quand Symon Henry m’a fait parvenir le livre des partitions graphiques de voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire, je dois dire que j’étais fort perplexe. Assez longtemps, j’ai remis à plus tard l’effort de comprendre leur sens, me contentant d’admirer ce magnifique objet d’art. Une exposition en cours à la Chapelle historique du Bon-Pasteur jusqu’au 15 décembre démystifie la démarche du compositeur, que j’ai rencontré au milieu de ses canevas d’intelligence.

Symon Henry est un jeune homme modeste, gentil et surtout très patient. La preuve, c’est que 668 jours, soit un an et dix mois, se seront écoulés entre son premier courriel et la publication de cet article. Malgré ma lenteur, jamais il n’a démontré la moindre trace d’impatience au fil des 19 courriels qu’il m’a envoyés. Attachés de presse et divas colériques : prenez des notes.

On a ici un compositeur assez déterminé à atteindre ses buts qu’il est prêt à vendre certaines des partitions graphiques exposées – elles pourraient tout aussi bien servir de tableaux ou d’objets de collection – pour financer un concert complètement fou dont il rêve depuis longtemps. Son grand projet, celui qu’il couve depuis des années.

« J’ai rassemblé des gens que je veux vraiment voir travailler ensemble. Ce sera une pièce pour trois voix, ensemble de solistes et grand orchestre qui durera 45 minutes. C’est un projet qui coûte cher, et nous avons réuni une grande partie des fonds, mais nous n’avons pas pu obtenir la subvention qui aurait pu compléter le montage financier. On vise l’automne 2020. »

Cette création s’intitulera je suis calme et enragé, cela s’appelle la précision. 

« C’est un de mes titres les plus courts jusqu’à maintenant », dit le compositeur en riant.

Est-il vraiment enragé?

« Je suis révolté, répond le principal intéressé. Toujours révolté. »

À le voir aussi calme, on a du mal à le croire.

« Cette pièce sera une sorte de prolongation du printemps étudiant 2012. Plusieurs personnes participant au projet ont participé au mouvement étudiant. »

En attendant cette création qui sera basée sur une suite poétique de Roxane Desjardins, on peut visiter l’exposition et assister au concert de SuperMusique, demain soir (9 novembre) qui créera une nouvelle version de la pièce voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire

Cette pièce pour orchestre symphonique de 40 minutes, qui est au centre de l’exposition, a été co-composée par Symon Henry et Yannick Plamondon. Elle a été créée le 18 septembre 2016 par l’OSQ sous la direction de Fabien Gabel à l’occasion de l’inauguration du pavillon Pierre-Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec. Anne-Julie Caron était soliste au marimba.

 

 

Atelier Supermusique
Page couverture du recueil de la partition de voir dans le vent…publié à 350 exemplaires. (Photo: courtoisie)

L’art des partitions graphiques

L’exposition permet aussi de voir quelques partitions graphiques d’autres compositeurs.

« Vers le milieu du XXe siècle, il y a eu un mouvement important de compositeurs qui ont fait des expérimentations pour trouver de nouvelles manières de noter la musique qui se notait mal avec les notations traditionnelles, explique Symon Henry. Certaines de ces notations se référaient à d’anciennes façons de noter la musique, comme les neumes grégoriens qui sont plus des aide-mémoires, à la base. Il y a eu des gens comme John Cage et Luciano Berio, aussi, qui ont fait des partitions graphiques. Cornelius Cardew est probablement celui qui m’a le plus inspiré. Il a fait énormément de partitions graphiques. Cette approche a été mise de côté dans les trente dernières années, sauf dans l’electro, qui a forcément besoin de symboles visuels. Toutefois, mes partitions graphiques sont différentes de ce que l’on retrouve dans la tradition. Dans la tradition, on retrouve surtout des dessins qui inspirent à des improvisateurs des états d’esprit ou un comportement global. Dans mon cas, il s’agit de partitions très précises, même si cela n’est pas évident au premier coup d’oeil. »

Quand il compose, Symon Henry utilise des repères pour le rythme et pour la hauteur des notes, qui se lisent de gauche à droite. Plus les dessins sont foncés, plus le son doit être fort. Plus ils sont pâles, plus le son doit être doux. Dans l’exposition, un enregistrement sur vidéo permet de suivre la partition pendant que les musiciens jouent.

 

 

L’un des avantages de cette méthode d’écriture est de pouvoir s’ajuster selon les instruments et les musiciens qui interpréteront la pièce.

« Mon terrain de jeu préféré est de m’adapter aux musiciens et à leurs forces. Par exemple, pour jouer une pièce pour piano et accordéon, j’avais une violoniste qui adorait de la précision, mais un accordéoniste qui voulait de la liberté, alors j’ai adapté la partition à leurs besoins. Dans le cas de l’Orchestre symphonique de Québec, qui a fait la création de voir le vent qui hurle dans les étoiles rire, et rire, on avait des musiciens qui n’avaient pas une grande habitude des partitions graphiques, mais une grande expertise instrumentale. J’ai mis des portées par-dessus, j’ai ajouté des barres de mesure, des rythmes précis. Yannick Plamondon, avec qui j’ai fait ce projet, avait écrit sa musique avec une notation traditionnelle. Nous avons composé la pièce ensemble, mais ma partie peut être autonome. En ce qui me concerne, écrire ma musique en notation traditionnelle est plus compliqué et la partition graphique simplifie les choses. Une fois qu’on a expliqué le concept aux musiciens, on arrive au résultat souhaité plus vite. »

Le premier étage de l’exposition de la Chapelle montre des esquisses préliminaires de cette grande partition de l’oeuvre en question, ainsi que cette dernière dans sa version originale, suspendue de la mezzanine:

 

Partition graphique de Voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire, de Symon Henry, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, vue d’en haut. (Photo: courtoisie)

Symon Henry a commencé ses études musicales à l’UQAM en piano, puis il a poursuivi au Conservatoire. Il a aussi étudié pendant un an à Paris en musicologie et un an en Allemagne, en composition, pour aboutir avec deux baccalauréats et deux maîtrises.

« Les partitions graphiques m’aident à assumer toutes les parts de mon héritage culturel que je n’arrivais pas à intégrer dans le cadre de la notation traditionnelle. Je suis d’origine égypto-québécoise. Mon père était de la minorité copte égyptienne. Pendant mes études en musique, j’ai remarqué qu’il y avait eu beaucoup de tentatives de traduire la musique vocale arabe en notation occidentale. Cela a pour effet de la neutraliser car on enlève les inflexions de voix et bien des quarts de tons. Cela devient un peu comme de la mauvaise musique tonale. J’ai toujours eu, dans l’oreille, d’un côté, Gerry Boulet et de l’autre, Oum Kalsoum. Les chansons d’Oum Kalsoum peuvent durer une heure et s’envolent dans des vocalises. Comment traduire cela en notation traditionnelle? Pour moi, les partitions graphiques sont une façon d’entendre le son autrement. Un peu comme tous les immigrants de deuxième génération, j’ai rêvé du pays d’origine de mon père et j’ai écouté beaucoup de musique orientale. On dirait que je sens une connection plus grande avec ces musiques qu’avec une certaine tradition occidentale. Pendant longtemps, j’ai tout simplement cherché une manière de noter ce que j’avais dans l’oreille. Les partitions graphiques se sont révélées la meilleure façon de le faire. »

 

La beauté des partitions graphique est aussi que même ceux qui ne sont pas musiciens peuvent les regarder et  s’imaginer la musique.

 

« Les gens me racontent ce qu’ils entendent. Une fois que je leur donne les indications de base, c’est surprenant à quel point des non-musiciens peuvent entendre des choses précises. » – Symon Henry

 

Ce phénomène permet ainsi au public de participer à certaines pièces, comme ce fut le cas lors de la création de voir le vent, à Québec, en 2016.

« Je pense que ça a été mon expérience de vie la plus marquante, dit Symon Henry. Dans le public, 350 personnes avaient des triangles pour pouvoir participer. C’était absolument hallucinant. Il n’y avait que cela au programme, et le public s’est déplacé en grand nombre. C’était touchant de voir que de la musique aussi expérimentale puisse rejoindre les gens de cette façon. »

Un documentaire de Jean-Pierre Dussault a été réalisé sur ce événement.

Concert

Le vendredi 9 novembre, 19 h 30, l’Ensemble SuperMusique sous la direction de Danielle Palardy Roger, refera voir le vent… Lors du concert, le public pourra suivre la partition qui sera projetée sur grand écran, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. DÉTAILS

LIRE AUSSI:

RENCONTRE | Ma visite avec Samy Moussa au Musée des beaux-arts de Montréal et notre discussion sur sa prochaine création

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

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Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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