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Ludwig Van
Toronto Montreal

CRITIQUE | Concerts Voxpopuli: bonne franquette et bonne musique

Par Caroline Rodgers le 24 octobre, 2018

Le quatuor Vox Populi (Crédit: Vivian Doan)
Le Quatuor Voxpopuli. De gauche à droite: Uliana Drogova, Antoine Bareil, Ioav Bronchti, Bojana Milinov. (Crédit: Vivian Doan)

J’étais invitée hier soir à la première de saison des Concerts Voxpopuli, jeune organisme qui s’est donné comme mission de sortir du cadre traditionnel du concert classique pour rejoindre le public dans un contexte moins formel. Leur devise est d’ailleurs « le classique libre ». Ce récital commenté, intitulé « Le cas Schubert » fut une soirée captivante à tous égards.

Le Quatuor Voxpopuli est formé d’Antoine Bareil, premier violon, Uliana Drugova, deuxième violon, Bojana Milinov, alto, et Ioav Bronchti, violoncelle. Ces quatre musiciens accomplis ont commencé à jouer ensemble il y a trois ans.

Le concert avait lieu dans la très jolie salle Marie-Stéphane de la vénérable École de musique Vincent-d’Indy. Ancienne chapelle parée de turquoise et de blanc, elle compte 250 places. La salle était comble, et les trois concerts de cette série Schubert sont donnés à guichets fermés.

Avant de commencer, on demande aux gens dans la salle qui ont déjà assisté à un de leurs concerts de lever la main, et la quasi-totalité de l’auditoire le fait. En quelques années à peine, ils ont donc conquis un public fidèle, ce qui est déjà, en soi, un exploit. On comprendra vite pourquoi.

En effet, les Voxpopulistes – surnom affectueux que j’ai la tentation irrésistible de leur donner – ne font rien comme tout le monde. D’abord, ils accueillent leur public avec du vin dont on peut se procurer une coupe à petit prix. Ensuite, ils ne distribuent pas de notes de programmes imprimées. Les titres des pièces et les mouvements sont plutôt projetés en arrière-plan et changent au fur et à mesure.

De plus, ils jouent debout (sauf évidemment le violoncelliste), fait relativement rare mais point unique pour un quatuor à cordes. Cela donne un effet dynamique et permet de bien projeter le son.

En fermant les yeux, on a parfois l’impression qu’ils sont plus nombreux, comme un petit orchestre. La sonorité du quatuor est magnifique dans cette salle dont l’acoustique est bonne, mais sans la moindre réverbération. Même de l’avant-dernière rangée, on ne rate pas une note.

Serhiy Salov

La formule Voxpopuli prévoit la présence d’un invité surprise. Il s’agissait, hier soir, de l’excellent Serhiy Salov. Le pianiste participait au très beau Trio op. 100 avant d’interpréter la « petite » Sonate en la majeur D. 664, et plus tard, l’Intermezzo de Brahms op.117 no 2.

J’ai déjà commenté plusieurs fois des prestations de Serhiy Salov, qui reste un de mes pianistes québécois préférés. Résumons simplement en disant que tout ce qu’il fait est beau, non seulement par son jeu en soi, mais par son attitude. On a là un pianiste qui dispose amplement des moyens techniques pour épater la galerie, mais n’abusant jamais de ce pouvoir, il demeure humble, posé, respectueux de la musique et au service du texte tout en faisant preuve d’imagination. Il évite ainsi un piège dans lequel tombent bien des virtuoses. On sera particulièrement ému par le sublime second mouvement de sa sonate de Schubert.

 

Patrick Mathieu
Patrick Mathieu est le directeur artistique et l’animateur des Concerts Voxpopuli. (Photo: courtoisie)

Les commentaires

Le concert est commenté par le compositeur et pianiste Patrick Mathieu, aussi directeur artistique de l’organisme. Charismatique, de toute évidence érudit, il s’exprime avec aisance, naturel et une bonne voix. Il raconte, avec moult dates et remarques humoristiques, des épisodes de la vie de Schubert. L’attitude est désinvolte, le ton caustique, les blagues souvent politiques. Il donne un peu l’impression de parler de Schubert à des amis dans un café. Le public rit et semble bien apprécier, tout le monde est à l’aise et l’ambiance est on ne peut plus décontractée. Il s’assoit occasionnellement au piano pour étayer ses explications avec des extraits.

Sa première intervention, sur la généalogie et les antécédents familiaux du compositeur, entre un peu trop dans les détails sur le milieu socio-économique dont Schubert est issu. Cela a certes son importance, mais on préférerait des anecdotes qui apportent plus de sens et nous éclairent davantage sur la musique et l’œuvre de Franz Schubert que d’avoir l’impression de se faire résumer les premières pages d’une biographie. Bref, l’approche est intéressante, le ton est agréable, le narrateur talentueux, mais il y a de la place pour l’amélioration en étoffant ses monologues. Sans rien perdre de sa personnalité croustillante, il pourrait approfondir sa réflexion sur ce que ses interventions doivent apporter au spectacle, outre le fait d’y ajouter son « cool factor ». Le concept du concert commenté, ici, n’a pas encore atteint son plein potentiel.

Je n’ai pas de doute que cela viendra.

La Jeune Fille et la Mort

C’est en deuxième partie que l’on aura droit à la pièce de résistance, le Quatuor en ré mineur, D. 810, « La Jeune Fille et la Mort ». Commençons par dire que tout y est : nuances, phrasé, écoute mutuelle et musicalité. On a là quatre musiciens en pleine possession de leurs moyens qui jouent avec beaucoup de cœur. C’est là le plus important : les bases de tous les possibles sont bien établies, et mieux encore.

À l’échelle de ce que peut devenir un quatuor à cordes au fil des ans, voire des décennies, les membres du Voxpopuli jouent ensemble depuis assez peu de temps. Malgré cela, leur niveau de complicité est évident. Il reste aux années à accomplir leur œuvre pour bonifier et approfondir cette compréhension mutuelle qui se développera davantage à force de jouer ensemble, les faisant passer à un niveau d’osmose et d’intimité qui se révèlera dans la finition et d’infimes mais délicieuses subtilités. On espère qu’ils poursuivront assez longtemps leur beau projet pour s’y rendre, et il vaudra la peine de suivre leur développement avec intérêt.

VISITER LE SITE DES CONCERTS VOXPOPULI

LIRE AUSSI:

DOSSIER | Vous croyez être incapable de chanter? La science vous donne tort.

 

 

 

 

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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