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INVITÉ SPÉCIAL | Max Richter: répondre à l'absurdité par la musique

Par Caroline Rodgers le 2 octobre, 2018

Le compositeur Max Richter. (Photo: courtoisie du FIJM)
Le compositeur Max Richter. (Photo: courtoisie du FIJM)

Max Richter visite Montréal la semaine prochaine dans le cadre de la programmation « à l’année » du Festival international de Jazz de Montréal. Il présentera les pièces de ses albums protestataires The Blue Notebook et Infra, avec l’American Contemporary Music Ensemble. Nous avons eu l’occasion de lui poser quelques questions par téléphone.

LvM : The Blue Notebooks et Infra sont des albums de 2004 et 2008. Pourquoi avez-vous choisi de jouer votre ancien matériel au lieu du plus récent pour ce concert?

Max Richter : « The Blue Notebooks a été créé après la guerre d’Irak de 2003, et le point de départ était mon impression que la politique était transformée en une sorte de fiction. Les justifications pour cette guerre étaient pour le moins, très douteuses. J’ai commencé à penser à l’absurdité, à son lien avec la politique, et à Kafka. J’ai voulu faire une pièce qui allait dans ce sens. Bien sûr, récemment, la politique a pris un nouveau virage dans cette direction. Nous vivons de nouveau une époque qui reflète cela. Cela m’a donné envie de jouer cette pièce de nouveau. »

 

LvM : Pouvez-vous décrire l’ensemble avec lequel vous allez jouer la semaine prochaine? 

Max Richter :  « C’est un ensemble de New York, un quintette de cordes. Il y a un violoncelle de plus. Je vais jouer du piano, différents claviers et utiliser un ordinateur. Il y aura aussi un narrateur qui lira des textes de Kafka et de Czeslaw Milosz. »

LvM : Quel est votre processus pour composer?

Max Richter : « Je compose en tout temps, si on peut dire. Il y a toujours une pièce musicale dans ma tête. Je la retourne dans tous les sens, je l’observe, comme quelqu’un qui marche en tournant autour d’une sculpture pour en voir tous les angles. Pour écrire la pièce, cela dépend du type de composition. Si c’est instrumental ou orchestral, je la note sur du papier, j’essaie des choses au piano. Si c’est une musique de film, je vais plutôt travailler à l’ordinateur, j’utilise des synthétiseurs. J’ai reçu une formation académique traditionnelle, donc mon instinct premier est souvent d’aller vers le papier, mais c’est très varié. »

LvM : Préférez-vous composer sur commande ou bien concevoir vos propres projets?

Max Richter : « J’aime faire une variété de choses. Les albums sont au centre de ma vie créative, mais souvent, les commandes que je reçois deviennent des albums. Par exemple, Three Worlds, au départ, était un ballet. Ces deux aspects de ma carrière s’influencent l’un l’autre. »

LvM : À votre avis, quelle est votre œuvre la plus réussie? Ou votre favorite?

Max Richter : « C’est une question difficile. Je crois que mon œuvre favorite est probablement la prochaine, celle qui m’emmène à des endroits que je n’ai pas encore découverts. C’est ce qui me stimule le plus. »

LvM : D’où vient votre inspiration?

Max Richter : « Pour moi la musique est vraiment une façon de parler. C’est une sorte de processus de compensation. On parle des choses qui nous intéressent. Une grande partie de mon travail est lié au monde créatif et aux arts, mais la musique est aussi un projet social, un objet qui fait partie de la société. Notre monde est complexe et c’est naturel que le travail créatif évoque les défis politiques et sociaux que nous vivons. »

LvM : Votre musique reflète-t-elle votre personnalité? Quel genre de personne êtes-vous, comment vous décririez-vous, vis-à-vis de votre travail de créateur?

Max Richter : « Je suis probablement la dernière personne à savoir qui je suis. Comme bien des gens créatifs, je vis beaucoup dans mon imagination et la musique est une façon de naviguer dans le monde, de passer à travers la vie. Elle est au centre de mon expérience et je suis constamment préoccupé par elle. »

LvM : « Vous avez étudié avec Luciano Berio, que retenez-vous de lui?

Max Richter : « Berio, dans sa musique, était très omnivore et il avait une sensibilité post-moderne, mais j’ai toujours apprécié la générosité présente dans son esthétique, qui intégrait différents courants historiques, différentes cultures musicales. Une grande partie de la musique moderne était en quelque sorte antagoniste aux autres musiques, comme si elle essayait de les effacer. La musique de Berio n’était pas comme cela, et c’est un aspect que j’aime vraiment de son œuvre. C’était un génie, un esprit musical brillant. »

LvM : « Comment la musique électronique s’est-elle introduite dans votre travail?

Max Richter : « Mon propre parcours avec l’électronique a commencé à 14 ans, alors que je jouais du synthétiseur dans ma chambre. La musique électronique a donc toujours été importante pour moi, mais je ne l’ai jamais utilisée d’une façon classique, académique, comme d’autres compositeurs l’ont fait. Ma relation avec l’électronique est très intuitive. »

 

 

LvM : « Il y a quelques années, vous avez composé Sleep, une longue pièce de huit heures, destinée à aider les gens à dormir. Comment en êtes-vous arrivé à cette idée? »

Max Richter : « Je voulais faire une pièce qui serait comme un endroit pour atterrir. Nous vivons dans un monde saturé d’informations, et Sleep est une invitation à se reposer, une forme de résistance active, une protestation contre cette culture de productivité 24/7 qui est très profitable aux besoins des multinationales, mais pas nécessairement aux êtres humains. C’est une pièce pour réclamer un grand morceau de temps et d’espace dans lequel on n’est pas engagé dans l’engrenage du commerce. Le droit de ne rien faire. »

Max Richter sera au Théâtre Maisonneuve le 9 octobre, à 20 h. DÉTAILS ET BILLETS. 

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

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Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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