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CRITIQUE | Le Fantôme de l’opéra en français : un petit miracle

Par Caroline Rodgers le 14 juillet, 2018

Anne-Marine Suire et Hugo Laporte dans le Fantôme de l'opéra au Monument-National. (Crédit: Inès Jussaume)
Anne-Marine Suire et Hugo Laporte dans le Fantôme de l’opéra au Monument-National. (Crédit: Inès Jussaume)

On peut le dire d’emblée : bravo pour cette production fantastique. Qu’un groupe de jeunes artistes ait pu monter un aussi bon spectacle avec un aussi modeste budget est un exploit dont pourraient s’inspirer bien des organismes culturels. Le Fantôme de l’opéra, présenté par l’Orchestre de la Francophonie en première mondiale en français au Monument-National, hier soir, est une réussite, qui, on l’espère, aura une vie au-delà de ces deux représentations.

En octobre dernier, j’ai vu The Phantom of the opera dans une nouvelle superproduction, à Wilfrid-Pelletier. J’ai aussi vu, évidemment, quelques-uns des films adaptés du roman de Gaston Leroux. Sans exagération, la version que j’ai vue hier soir avec l’OF a été ma préférée, et ce, pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que la musique a gagné. En assistant à une version concert, sans la lourdeur kitsch d’une superproduction qui nous étourdit par ses effets visuels spectaculaires, on a l’impression, avec un orchestre sur scène, de redécouvrir la partition d’Andrew Lloyd Webber, qui est, il faut le dire, un mélodiste hors pair.

 

Fantôme de l'opéra, Monument-National
Jean-Philippe Tremblay, directeur artistique et musical de l’Orchestre de la Francophonie. (Crédit: Inès Jussaume)

Cette partition est fort bien servie par ces jeunes musiciens qui ont su rapidement s’adapter les uns aux autres grâce à l’expérience et à la vision d’un chef de talent, Jean-Philippe Tremblay. Leur présence sur scène, derrière les chanteurs, et non dans une fosse, nous a permis de mieux apprécier le rôle essentiel de l’orchestre comme personnage à part entière dans l’œuvre, avec tous ces leitmotive qui continueront de nous hanter pendant des jours.

La musique a gagné, mais le théâtre n’a pas perdu pour autant. En effet, bien loin d’une présentation statique, la mise en scène, malgré ses contraintes, est très dynamique. Les riches éclairages et les somptueux costumes ont de quoi satisfaire l’œil.

Point de décors, sauf un gigantesque lustre suspendu au-dessus de la scène. En arrière-plan, on projette des rectangles blancs au graphisme rétro, façon cinéma muet, qui situent l’action par de simples mentions : à l’opéra, dans les coulisses, le bureau des directeurs, le souterrain, les rives du lac. Procédé simple, mais efficace. Les spectateurs qui ne connaissent pas du tout l’histoire devront cependant être plus attentifs pour ne pas s’y perdre.

Mais avant tout, ça bouge sur scène! Une douzaine de micros fixes, placés en deux rangées, servent de points d’ancrage aux chanteurs qui vont et viennent avec fluidité dans ce petit espace qui leur est réservé devant l’orchestre.

 

Fantôme de l'opéra
On a même droit à une chorégraphie sommaire plutôt réussie durant la Mascarade, au début du deuxième acte.

On a même droit à une chorégraphie sommaire plutôt réussie durant la Mascarade, au début du deuxième acte.
Le metteur en scène, Étienne Cousineau, a vraiment exploité au maximum le peu d’espace dont il disposait pour nous faire presque oublier qu’il s’agissait d’une version concert. Évidemment, cela fait parfois un drôle d’effet que les personnages regardent vers le public au lieu de se regarder, par exemple, dans une scène d’amour, mais l’envers de la médaille est que cela nous permet, encore une fois, de nous concentrer davantage sur la musique et la beauté des voix.

En ce qui concerne les micros : les chanteurs se tenant à une distance respectable de ceux-ci, les voix sonnent de façon assez naturelle malgré leur présence. Des ajustements techniques sont nécessaires – on m’a signalé qu’au balcon, les spectateurs avaient raté quelques entrées et même des airs.

Autre raison de préférer cette version : dans l’ensemble, la principale qualité du spectacle est de donner l’impression d’être plus proche de Paris, d’une maison d’opéra française de cette époque et de l’univers de Gaston Leroux que n’importe quelle production à grand budget. On a l’impression d’être plus près des personnages. Avec cette version épurée, la pièce gagne en authenticité et en impact émotionnel. Ici, c’est l’aspect « comédie française » qui l’emporte sur le côté gothique de l’histoire. Seul bémol : la scène finale sur les rives du lac doit encore être améliorée, car elle n’a pas l’intensité dramatique voulue.

Quelques mots sur l’adaptation en français de l’auteur et réalisateur Nicolas Engel : elle est tellement bien faite qu’on a l’impression que le livret a d’abord été écrit en français. La traduction opère une sorte de magie qui nous fait mieux apprécier les qualités de l’œuvre d’Andrew Lloyd Webber. Et même si l’on maîtrise la langue de Shakespeare, cela est tellement plus logique, pour nous, francophones, d’entendre et de saisir toutes les subtilités d’une histoire qui se passe à Paris dans la langue de Molière. Longue vie à la version française du Fantôme!

 

Anne-Marine Suire et Hugo Laporte dans le Fantôme de l'opéra au Monument-National. (Crédit: Inès Jussaume)
Anne-Marine Suire et Hugo Laporte dans le Fantôme de l’opéra au Monument-National. (Crédit: Inès Jussaume)

Talents sur scène

Comme il fallait s’y attendre, Natalie Choquette « vole le show » chaque fois qu’elle est en scène avec ses mimiques, ses cris, ses gestes et ses regards. Certains la qualifieront de caricaturale, mais c’était ce qu’il fallait, car elle est très drôle. C’est comme si le personnage de Carlotta, diva colérique et capricieuse, avait été écrit pour elle. On l’adore.

La soprano française Anne-Marine Suire, qui a peut-être le rôle le plus exigeant, est excellente sur le plan vocal et tout à fait crédible sur le plan dramatique. Soulignons également sa diction impeccable. C’est une découverte pour moi, car je ne l’avais jamais entendue.

Hugo Laporte, méconnaissable avec son maquillage et son masque du Fantôme, s’avère solide dans la peau de son personnage, et même émouvant. Son jeu et son chant reflètent bien le paradoxe du Fantôme, à la fois paria souffrant d’être rejeté, et manipulateur ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins. Sa maîtrise vocale lui permet de relever le défi et il en impose, comme il se doit.

Le jeune ténor Guillaume Beaudoin (Raoul) a une belle voix et s’investit pleinement dans son rôle. Cependant, on perd parfois des mots dans ses répliques, mais il est difficile de dire si cela est dû à sa prononciation, ou au fait que plusieurs de ses répliques sont assez rapides et donc, difficiles à articuler.

 

Fantôme de l'opéra
Du côté des personnages secondaires et des chœurs, l’ensemble de la distribution accomplit un travail remarquable.

Du côté des personnages secondaires et des chœurs, l’ensemble de la distribution accomplit un travail remarquable. On comprend que le metteur en scène a fait un bon travail de direction d’acteurs, mais qu’il avait de son côté des gens de talent et de bonne volonté. Sans pouvoir nommer tout le monde, soulignons la très jolie voix de la soprano Lucie St-Martin dans le rôle de la danseuse Meg Giry. Nous la reverrons, c’est certain.

Je conclue en saluant l’audace et la détermination d’Alexis Pitkevicht, le très jeune directeur général de l’Orchestre de la Francophonie, grand passionné de comédies musicales qui s’est évertué à obtenir les droits pour réaliser cette production en français, ici, à Montréal. Pendant un an, il a poussé ce projet qui a tout le potentiel d’être refait ailleurs et vu par plus de gens. On le souhaite.

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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