DESKTOP
TABLET (max. 1024px)
MOBILE (max. 640px)
Retourner au début
Ludwig Van
Toronto Montreal

ENTRETIEN | Serhiy Salov et le Concerto pour piano no 1 de Medtner: un compositeur à découvrir

Par Caroline Rodgers le 28 février, 2018

Le pianiste Serhiy Salov. (Photo: courtoisie)
Serhiy Salov. (Photo: courtoisie)

Serhiy Salov est le musicien en résidence de l’Orchestre Métropolitain cette saison. On pourra l’entendre cette semaine à la Maison symphonique dans un concerto pour piano d’un compositeur rarement joué chez nous: Nikolaï Medtner.

Q-Pouvez-vous nous parler de ce compositeur et de cette oeuvre?

Serhiy Salov- « C’est un compositeur que le grand public du monde entier semble ignorer. Les seules personnes qui le connaissent sont ceux qui ont fait du piano à un niveau avancé, parce qu’on ne peut pas ignorer ses oeuvres quand on joue de cet instrument. »

« Medtner a vécu vers la même époque que Scriabine et Rachmaninov et tous trois sont issus de l’école russe de composition, et ils tous les trois ont commencé à composer dans le style romantique. Scriabine, après plusieurs tendances, a fini par écrire de la musique faite sur les pôles tonaux, donc presque atonale, et Rachmaninov a gardé son style romantique mais il a intégré des éléments de jazz et des éléments exotiques, ou des chants grégoriens russes, ou des influences orientales. Medtner a été le plus conservateur des trois. Sa musique est restée profondément romantique et il a survécu aux deux autres. Il est mort après la Seconde Guerre mondiale. On pourrait dire que son style était vu par ses contemporains comme du néoromantisme. »

On doit parler aussi de sa philosophie, car c’est important. On n’en connaît jamais assez sur un compositeur juste par ses oeuvres. Medtner a laissé un important mémoire, d’une centaine de pages, qui expose ses idées, son esthétique, et qui est un vrai plaidoyer pour garder la musique tonale et romantique. En même temps, c’est un manifeste contre toutes les tendances contemporaines dont il était témoin. J’ai lu ce manifeste, qui explique assez bien son écriture et son style.- Serhiy Salov

« À mon avis, le Concerto no 1 de Medtner est une vraie révélation, un bijou. Plusieurs aspects techniques le rendent unique. Il est écrit en un seul jet d’esprit – ou comme on pourrait dire en anglais « stream of conciousness » et un seul mouvement. D’autres concertos ou oeuvres concertantes pour piano ont un seul mouvement, mais celui-ci dure 33 minutes. On ne parle pas de quelque chose comme Burlesque de Strauss ou des Nuits dans un jardin d’Espagne, de Falla. Pour moi cette oeuvre a été une révélation. »

« Je ne connaissais aucun des concertos de Medtner. J’ai parcouru le deuxième et le troisième et j’ai été moins impressionné, mais le premier m’a marqué dès le début et j’ai voulu le jouer. Une oeuvre que l’on pourrait donner comme référence, c’est la Sonate en si mineur de Liszt. Il y a plusieurs thèmes, mais qui, à un certain stade, sont amalgamés. Medtner fait des choses incroyables avec ses thèmes, il passe un thème au contrepoint, et joue avec les éléments du thème. Il crée tout un édifice avec tout le matériel qui est exposé dans les premières minutes. »

« L’oeuvre a été écrite à la mémoire de sa mère, donc il était en deuil. Je pense toujours au deuil comme à une obsession qui va et vient. C’est un concerto qui tient de la passion et qui est très tragique. Ça se déroule en vagues d’émotions et la fin est douce-amère. Après un passage en majeur, ça se termine sur une seule note très grave. On reste un peu déchiré, hypnotisé comme auditeur. Ce sera la première fois que je joue ce concerto avec un orchestre. Comme il est très complexe, j’ai mis un an pour l’apprendre et l’assimiler. Il m’apparaît maintenant comme un vieil ami »

Q-Quels sont les autre concertos de votre répertoire régulier?

R- « Je connais plusieurs concertos mais mes plus grands amis sont le no 5 de Beethoven, le no 2 de Brahms, le Concerto de Tchaïkovsky, le no 3 de Rachmaninov, ainsi que le no 3 de Prokofiev, et le no 12 de Mozart. »

Q-Ce concert sera-t-il votre premier sous la direction de Yannick Nézet-Séguin?

R-« Non, j’ai joué avec lui à Calgary, le 2e de Brahms, et dans des galas. Ce sera ma deuxième fois avec l’Orchestre Métropolitain. Nous allons jouer encore ensemble à Philadelphie, où je suis invité en août. »

Également au programme de ce concert: la Symphonie no 4 de Tchaïkovsky.


Lauréat en 2004 du Concours musical international de Montréal et en 2014 du Prix d’improvisation Richard-Lupien également offert par le CMIM, Serhiy Salov vit depuis près de treize ans à Montréal.

Il sera aussi en récital de musique de chambre avec des musiciens de l’Orchestre Métropolitain à la salle Bourgie le 9 mai.

Serhiy Salov à l’Orchestre Métropolitain, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Le 2 mars, Maison symphonique de Montréal, le 3 mars, Rivière-des-Prairies et le 4 mars, Ahuntsic (complet).

VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE? Lisez aussi:

Pianos publics de Montréal: de l’hibernation au grand réveil et du rejet à la renaissance

Une invasion de pianistes au Québec avant l’été.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
Partager cet article
lv_montreal_banner_high_590x300
comments powered by Disqus

Ludwig Van Montreal

SOUS LA LOUPE | Les Sonates pour violon et piano de Beethoven, selon James Ehnes

Par Caroline Rodgers le 7 juin, 2019

Le Festival de musique de chambre de Montréal commence aujourd'hui, sous le thème "Beethoven chez nous" et se déroulera jusqu'au 16 juin. Au cœur d'une programmation de très haut niveau, se trouve une occasion unique: celle d'entendre l'intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven par le grand violoniste canadien James Ehnes.
Lire tout l'article Commentaires
Partager cet article
lv_montreal_banner_high_590x300
lv_montreal_ssb_atf_300x300
lv_montreal_ssb_high_300x300
lv_montreal_ssb_mid_300x300
lv_montreal_ssb_low_300x300
lv_montreal_tsb_high_300x700
lv_montreal_tsb_low_300x700
lv_montreal_ssb_atf_300x300
lv_montreal_ssb_high_300x300
lv_montreal_ssb_mid_300x300
lv_montreal_ssb_low_300x300
lv_montreal_tsb_high_300x700
lv_montreal_tsb_low_300x700

We have detected that you are using an adblocking plugin in your browser.

The revenue we earn by the advertisements is used to manage this website. Please whitelist our website in your adblocking plugin.