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CRITIQUE | La Bohème à l’Opéra de Québec : une voix et un orchestre nettement supérieurs

Par justinbernard le 19 mai 2026

Scène au café de l'opéra La bohème de Puccini dans la mise en scène de Jacques Leblanc à l'Opéra de Québec (Photo : Stéphane Bourgeois)
Alexandra Marcellier, Riccardo Della Sciucca, Geoffroy Salvas, Tomislav Lavoie et Hugo Laporte interprètent les personnages principaux de La bohème dans la mise en scène de Jacques Leblanc à l’Opéra de Québec. (Photo : Stéphane Bourgeois)

Le 16 mai dernier, l’Opéra de Québec présentait la première représentation de son ultime production de la saison 2025-2026, La Bohème de Puccini, devant une salle du Grand-Théâtre comble de haut en bas, hormis quelques sièges à l’arrière du parterre. Le sixième match de la série des Canadiens contre les Sabres de Buffalo, qui avait lieu le soir même, n’a pas eu raison de l’affluence du public pour cette œuvre du grand répertoire. Que ce soit sur scène, dans la fosse, ou parmi l’assistance, il y avait un plaisir manifeste à revivre un opéra aimé de tous et qui, malgré les années, n’a pas pris une ride.

Les enjeux auxquels sont confrontés les personnages de La Bohème résonnent, en effet, toujours autant dans nos sociétés occidentales actuelles : la vie chère, les loyers dispendieux, l’incertitude d’une carrière artistique, la pauvreté, la maladie… Il n’est pas impossible que les membres de la distribution aient dû, un jour ou l’autre, traverser de telles épreuves. Ce qui est sûr, c’est que la plupart des membres de la distribution vocale se donnent à fond dans leurs rôles respectifs.

Hugo Laporte fait preuve d’un engagement émotionnel bien supérieur à ce à quoi qu’il nous a habitué depuis qu’on suit ses prestations à l’Opéra de Québec. Le baryton natif de Québec possède une couleur de voix portée vers l’aigu qui se prête très bien à la tessiture de Marcello. Avec sa partenaire de scène et amante dans l’opéra, Élisabeth Boudreault, il sait créer une dynamique de couple qui fonctionne à la perfection. La soprano saguenayenne, pour qui c’est la première fois en saison régulière à l’OdQ, incarne une Musetta pleine de malice. Volubile et séductrice à souhait, elle chante avec une énergie débordante, mais au point où l’effort est apparent.

 

Élisabeth Boudreault en Musetta. (Photo : Stéphane Bourgeois)
Élisabeth Boudreault en Musetta. (Photo : Stéphane Bourgeois)

La soprano française Alexandra Marcellier, quant à elle, ne connaît aucune limite de puissance et d’expressivité. Son lyrisme emporte tout sur son passage, et le cœur qu’elle y met force l’admiration. Elle est une ambassadrice de Puccini comme on rêve d’entendre. À ses côtés, Riccardo Della Sciucca – le Rodolfo de cette production – rencontre bien des difficultés. Le ténor est d’abord à court de contre-ut dans « Che gelida manina », et ne semble avoir aucun répondant dans les numéros suivants, sa voix étant trop juste pour exprimer quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à la musique passionnée et enivrante du compositeur.

Le seul partenaire capable de rendre véritablement la pareille à Mimi est l’Orchestre symphonique de Québec. Sous la direction de Clemens Schuldt, les instrumentistes de l’OSQ livrent une performance pleine de relief et d’envolées lyriques. On sent chez le chef allemand un souci tout particulier à faire ressortir une variété de motifs tantôt réjouissants, tantôt douloureux, ce en quoi son orchestre réussit parfaitement. À eux deux, Alexandra Marcellier et l’OSQ forment un duo de classe mondiale dont on se souviendra longtemps. L’équilibre avec les autres voix n’est certes pas tout le temps respecté, mais dans ce contexte, on imagine mal le volume orchestral baisser d’un cran pour accommoder tel ou tel chanteur·euse.

Cela dit, la mise en scène de Jacques Leblanc et la scénographie d’Ariane Sauvé auraient pu mieux prendre en compte les petites voix et anticiper l’impact que des décisions peuvent avoir sur l’acoustique. L’appartement parisien qui sert de décor aux premier et quatrième actes est, en effet, situé au niveau d’une mezzanine étonnamment surélevée et sensiblement éloignée des feux de la rampe. Une disposition à même les planches et à proximité de la fosse aurait non seulement avantagé les chanteurs, mais aussi rendu le spectacle plus agréable à regarder, sans angles morts indésirables. Au troisième acte, l’action concentrée sur le devant de la scène et le petit nombre d’interprètes font toute une différence pour Rodolfo, qui peut alors mieux développer son chant.

Le chœur de l’Opéra de Québec met une belle ambiance de fête dans le Quartier latin, mais dans d’autres circonstances, comme aux abords de « la barrière d’Enfer », certaines voix manquent de raffinement. Il en va de même pour la basse Tomislav Lavoie (Colline), peu élégant dans sa conduite de voix et ayant un souffle trop proéminent par rapport à son timbre. Enfin, Geoffroy Salvas (Schaunard) a bien rivalisé sur le plan vocal avec l’autre baryton, Hugo Laporte. On lui souhaite de sortir un jour des rôles mineurs.

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