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ENTREVUE | Andrew Balfour et Andrew McAnerney du SMAM : Point de rencontre entre l'étrange et le familier

Par Béatrice Cadrin le 14 avril 2026

Andrew Balfour (Photo : R. Deschambault)
Andrew Balfour (Photo : R. Deschambault)

« Toute musique est une musique de et pour le moment présent (Now Music) », affirme plusieurs fois le compositeur cri Andrew Balfour au cours de notre entretien au sujet du prochain concert du Studio de musique ancienne de Montréal. À l’invitation du directeur musical Andrew McAnerney, Andrew Balfour a assemblé un programme centré autour de figures féminines telles que la Vierge Marie, les Sibylles, prophétesses de l’Antiquité, et l’abbesse et compositrice Hildegard von Bingen. Le point culminant du concert est la création de sa toute nouvelle Missa Tekakwitha, une œuvre vocale en sept mouvements rendant hommage à Kateri Tekakwitha (1656-1680), une co-commande du SMAM et de l’ensemble vocal musica intima de Vancouver.

La Missa Tekakwitha d’Andrew Balfour

« Le défi auquel fait face le SMAM est que le répertoire dans lequel l’ensemble se spécialise prédate la création du Canada, mais c’est important pour nous de mettre de l’avant des voix canadiennes et la diversité des cultures à Montréal et au Québec. Explorer les perspectives autochtones prend une pertinence toute particulière », explique Andrew McAnerney.

McAnerney se rejouit de cette collaboration avec Balfour, dont il apprécie le style et la façon d’écrire pour les voix. La proposition d’une œuvre inspirée par la vie de Kateri Tekakwitha est venue du  compositeur, qui a découvert le destin de la première sainte issue des Premières Nations grâce à sa femme en 2017 : en tant que Cri des Prairies, il n’était pas familier avec l’histoire de cette orpheline Mohawk convertie au catholicisme animée d’une dévotion fervente, morte à l’âge de 24 ans à Kahnawake. Depuis, il est fasciné par l’identité humaine de la jeune femme ayant mené une vie marquée par les épreuves.

« Kateri Tekakwitha est un sujet complexe auquel je ne prétends pas apporter de réponses, » précise Andrew Balfour. « Le rôle des artistes est de poser les questions, pas de fournir les réponses. » C’est en partie ce à quoi il fait référence quand il emploie ce terme qu’il affectionne de Now Music, évoquant ce pouvoir de la musique à susciter des réactions immédiates chez un auditoire face à un sujet potentiellement controversé, aux couches enchevêtrées reliant passé et présent. « La musique prend du temps, nous prend notre temps, tout en étant connectée avec l’histoire. »

Andrew McAnerney renchérit : « Le but de l’œuvre est de créer un espace de contemplation permettant de réfléchir aux questions soulevées par l’histoire complexe de Kateri Tekakwitha. Nous sommes conscients que différents publics accueilleront l’œuvre différemment selon leurs liens avec son histoire. »

L’emploi du mot messe dans le titre place la composition dans le sillage d’une tradition occidentale à laquelle l’œuvre ne souscrit pas par ailleurs : ni les textes (en français, en latin et en mohawk) ni la forme ne se conforment aux attentes créées par le genre. La musique, pour sa part, est formée d’accords soutenus et d’effets chuchotés, organisés en blocs larges « formant un contrepoint agréable à la polyphonie de la première partie », décrit Andrew McAnerney.

Le sous-titre Les Sept Rochers des prophéties du grand-père est plus révélateur : « Dans la culture Mohawk, il doit s’écouler sept générations pour apporter la guérison, » explique le compositeur. Voulant s’assurer d’aborder le sujet avec intégrité, en tant que membre d’une communauté des Premières Nations respectant l’identité culturelle d’une autre communauté, il a tenu à consulter l’Aîné Kevin Deer de la communauté mohawk de Kahnawake avant de procéder à la composition.

« [Mon travail] réinvente l’histoire et le concept de respect de nation à nation, ainsi que le dialogue musical entre les nations du soi-disant Nouveau Monde et de l’Ancien Monde. […] [Une partie de ma musique] explore l’idée fantastique de ce qui aurait pu se passer si le partage de la musique et le respect de la culture avaient abouti. » — Andrew Balfour, compositeur

Pour Balfour, l’ensemble de cette collaboration avec le SMAM forme une connexion entre passé et présent : il garde une forte impression de sa découverte du SMAM et du travail du chef fondateur Christopher Jackson il y a plusieurs années, au hasard d’un concert attrapé lorsque la Garde de cérémonie d’Ottawa, dont il faisait partie en tant que trompettiste, avait été appelée à jouer à Montréal. Il évoque aussi avec un émerveillement encore vif la tournée qui lui a permis, enfant cri élevé dans les traditions de sa famille adoptive anglicane, de découvrir l’acoustique des cathédrales d’Angleterre et l’expérience unique d’y chanter. Le chant, cette application musicale du souffle, continue d’ailleurs d’être un véhicule important de son expression musicale : il est le fondateur et directeur artistique de l’ensemble vocal Dead of Winter (anciennement Camerata Nova) et il s’est entendu avec Andrew McAnerney pour chanter au sein du SMAM lors des trois représentations prévues (à la Salle Bourgie, à la Basilique-Cathédrale Notre-Dame d’Ottawa et à l’église Saint-Joachim de Pointe-Claire) le répertoire qu’il a lui-même contribué à colliger.

Secousses mystiques

Dans un programme de temps forts, Balfour et McAnerney s’attardent à souligner quelques œuvres proposant, selon les mots de McAnerney, « quelque chose de troublant même dans la familiarité ». Le « Gloria » extrait de la Messe à 12 voix Et ecce terrae motus (Et voici que trembla la terre) d’Antoine Brumel (c. 1460-1513) « ne ressemble à rien d’autre » (McAnerney a même employé le mot anglais groundbreaking, un terme tout à fait approprié pour une œuvre évoquant un tremblement de terre!), tandis que les extraits des Prophetiae Sibyllarum (Prophéties des Sibylles) de Roland de Lassus « sont des pièces que le SMAM adore chanter, mais elles sont très exigeantes du point de vue harmonique, elles sont si chromatiques qu’elles n’ont pratiquement pas de centre tonal ».

Des motets à six et huit voix de Heinrich Isaac, Josquin des Prez et Roland de Lassus ainsi qu’une antienne d’Hildegard von Bingen sont également au programme, qui se conclut par un autre exemple de cette rencontre entre le troublant et le familier, alors que sera interprété en mohawk le canon Deo Gratia de Johannes Ockeghem.

LE 16 AVRIL, 19 H 30, SALLE BOURGIE  DÉTAILS ET BILLETS

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Béatrice Cadrin
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