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CRITIQUE│Corporate Retreat à La Semaine du Neuf : Quand la musique contemporaine donne dans la satire grinçante

Par Éric Champagne le 12 mars 2026

Corporate Retreat, spectacle de Quidigital. (Photo : site web du Vivier)
Corporate Retreat, spectacle de Quidigital. (Photo : site web du Vivier)

En plein cœur de l’actuelle édition de La Semaine du Neuf, organisée par Le Vivier, le spectacle Corporate Retreat a de quoi étonner le public et le sortir de sa zone de confort! Fruit du collectif Quigital – formé par David Arbez, Eliot Britton, Patrick Hart et Kevin McPhillips, et guidé dans la dramaturgie et la mise en scène par Marie-Josée Chartier – cette performance s’inscrit parfaitement dans la thématique de l’actuelle édition de ce festival : la rencontre du geste et du son. En effet, on est face à une sorte de théâtre musical où la musique est intégrée à la représentation – ou est-ce la représentation qui est intégrée à la musique? Le dialogue se développe dans les deux sens.

Immersion corporative

Avant même notre entrée en salle, nous sommes accueillis par l’équipe créatrice qui nous offre un badge avec un code QR, nous invitant à créer notre profil d’employé chez Quigital et à interagir avec les autres spectateurs/employés. Cette plateforme unilingue anglaise (car l’anglais est – encore – la langue du travail) comptabilise des points en fonction de nos activités dans la corporation : échange de messages, conception de nouveaux produits, promotion au sein de l’entreprise (que l’on achète avec nos points recueillis)… Il est même possible de discuter avec Quincy, le robot conversationnel de Quigital! Nous ne sommes plus des spectateurs passifs, nous faisons partie de la performance.

Une fois installés à nos sièges, nous assistons à la « conférence ». On fait alors la rencontre de l’animatrice, She.E.O. , incarnée par la soprano Sarah Albu, ainsi que des quatre employés-modèles de cette formation de travail, à savoir les quatre percussionnistes/multi-instrumentistes d’Architek Percussions (Parker Bert, Noam Bierstone, Ben Duinker et Alessandro Valiante).

Les artistes nous plongent dans une parodie grinçante de la culture corporative : la conférencière nous assomme de phrases creuses qui se veulent motivantes, valorisant la productivité souhaitée par la compagnie, quitte à en assumer une forme d’endoctrinement capitaliste décomplexé. Nous plongeons, de gré ou de force, dans l’aliénation de la gestion de la ressource humaine.

Musique et discours

Pour la satire, le tout est franchement réussi. Les codes du genre sont respectés, mais toujours poussés jusqu’à leur extrême absurdité, dévoilant sans vergogne les rouages d’une pensée où prédomine la productivité au détriment de l’humain. En tant que spectateurs, on rit jaune, car il y a une bonne dose d’humour dans le spectacle, mais nous savons qu’il prend racine dans une réalité autrement plus terrifiante que comique.

La musique pastiche les styles musicaux associés à cet exercice corporatif : rythmes entraînants (mais qui soutiennent la frénésie d’un travail surproductif, voire surhumain) et ritournelles pop entraînantes, tout y est, avec beaucoup trop d’énergie pour que ce soit réellement agréable. Car en copiant ce type de musique, les créateurs poussent la note pour que la distorsion soit totale et que le malaise soit palpable. On s’amuse de la performance aux sonorités percussives bureautiques (claviers d’ordinateurs et crayons) tout comme on sourit aux chansons faites à partir de divers courriels d’entreprise ou de dialogues avec l’intelligence artificielle de la compagnie.

Si la seconde partie accuse de petites redites (un spectacle plus resserré et sans entracte aurait été peut-être plus efficace), on demeure captif de l’exercice et totalement éblouit par le naturel des interprètes qui s’avèrent d’aussi bons acteurs que musiciens. Et un bravo tout spécial à la soprano Sarah Albu qui conserve une énergie survoltée et une implication totale dans cette performance tout à fait hors du commun.

À la fin de l’événement, les spectateurs ayants recueillis le plus de points via leur application se sont fait féliciter pour leur performance pro-active dans l’entreprise. Les autres ont été violemment congédiés (votre humble serviteur fait partie de ce groupe déchu). Là encore, on rit jaune : dans le cadre d’une performance scénique, on mesure toute l’absurdité de l’exercice, mais on sait aussi que cette réalité n’est pas fictive.

On ne peut que remercier Le Vivier d’avoir programmé cette reprise, initialement créée à l’automne 2025 à la Sala Rossa, et de permettre ainsi de faire découvrir cette production hors du commun portant un regard cynique et absurde sur une réalité tout aussi cynique et absurde!

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Éric Champagne
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