CRITIQUE | La Flûte enchantée: le triomphe de l'imagination

Par Caroline Rodgers le 8 mai 2022

Critique de La Flûte enchantée, à l’Opéra de Montréal du 7 au 17 mai 2022.

La Flûte enchantée, Opéra de Montréal, mai 2022. (Photo: Yves Renaud)
La Flûte enchantée, Opéra de Montréal, mai 2022. (Photo: Yves Renaud)

Il faut avoir du génie, en 2022, pour réinventer La Flûte enchantée de Mozart sans avoir l’air d’être prétentieux, vulgaire ou à côté de la plaque. Il fallait sans doute aussi, le regard neuf d’une personne qui ne connaissait pas l’œuvre – Suzanne Andrade – pour l’amener dans ce pays des merveilles peuplé de créatures fantastiques, de trouvailles visuelles et d’humour charmant. Une production qui étonne à chaque seconde, fait sourire et enchante.

Au-delà de l’univers maçonnique imaginé par le librettiste Schikaneder, lui-même inspiré d’autres sources, cette production, signée Barrie Kosky mais dans les faits, conçue par Suzanne Andrade et Paul Barritt du collectif 1927, existe dans son propre monde, avec ses codes et son esthétique expressionniste qui se veut aussi un hommage au cinéma muet.

Ainsi, la flûte n’est plus un instrument, mais représentée par une femme-libellule animée, qui virevolte en semant des notes de musique derrière elle. La Reine de la nuit est une gigantesque araignée. Papageno ressemble à Buster Keaton. Monostatos a l’air tout droit sorti d’un vieux film d’horreur. Sarastro et son entourage, en habits noirs, portent des chapeaux haut-de-forme. Tous ces personnages évoluent devant un écran où les animations de créatures féériques, chats, éléphants, chouettes, insectes et autres volatiles magiques, défilent et se transforment au rythme de la musique et de l’intrigue.

 

Il est difficile de décrire ce que nous avons vu, tans cet univers animé foisonnant est unique. Nous vous présentons donc une galerie de photos de La Flûte enchantée, dont le crédit revient à l’excellent Yves Renaud.

 

 

 

Le Devoir, il y a quelques jours, nous apprenait que Suzanne Andrade ne connaissait pas Mozart et n’avait jamais vu La Flûte enchantée avant de se lancer dans cette aventure. C’est donc l’imagination, plus que les connaissances, qui domine dans cette production incroyable, à voir au moins une fois dans sa vie.

L’une des meilleures décisions des créateurs a sans doute été de condenser les interminables passages parlés qui ralentissent le déroulement de l’intrigue et ne sont plus tellement adaptés pour un public moderne (surtout lorsque l’allemand n’est pas votre langue maternelle, et ce, malgré les surtitres). Ceux-ci sont présentés sous forme de dialogues projetés en gros caractères sur l’écran, avec un accompagnement au piano, à la manière du cinéma muet. Le tout passe très bien.

 

La Flûte enchantée: Papageno (Richard Sveda) ©Yves Renaud-1200
La Flûte enchantée: Papageno (Richard Sveda) ©Yves Renaud-1200

Les chanteurs

Du point de vue vocal, les héros de la soirée sont sans contredit la soprano britannique Kim-Lillian Strebel (Pamina) et le baryton slovaque Richard Sveda (Papageno), tous deux exceptionnels. Le ténor américain Brian Wallin est excellent, mais il est quelque peu éclipsé par ses partenaires.

Je suis un peu déçue de la soprano polonaise Anna Siminska (La Reine de la nuit) qui n’est pas parfaitement en contrôle dans son premier grand air, O zittre nicht, mein lieber Sohn ! et attrape de justesse, avec un timbre fragile, la note la plus suraiguë. Elle fait mieux dans le très attendu et célèbre  Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen, mais on a toujours l’impression d’être inquiet pour elle, se demandant si elle arrivera. Évidemment, il n’est certainement pas facile d’être à son meilleur lorsqu’on est juché sur un dispositif, derrière une scène, et sans possibilité de bouger. Car dans cette production complètement fantaisiste, la Reine de la nuit est une araignée géante, dont la tête passe à travers une ouverture, tout en haut.

Petite déception aussi du côté de la basse Christian Zemba (Sarastro) qui manque de puissance de façon générale, et de profondeur dans les notes très graves.

Les trois dames sont incarnées par des chanteuses canadiennes, soit Andrea Nunez et Kirsten LeBlanc, sopranos, et la mezzo Florence Bourget. Les deux premières sont excellentes, mais Florence Bourget est peu audible. Finalement, on entend quelques fausses notes et autres défaillances de la part des jeunes garçons (qui sont des papillons de nuit dans cette production), surtout lors de leur première intervention.

Au moment d’écrire ces lignes, j’ignore s’il reste encore des billets, mais si c’est le cas, allez-y! Les autres représentations auront lieu les 10, 12, 15 et 17 mai. DÉTAILS ET BILLETS

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