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DOSSIER | De l'hésitation au grand saut : le parcours de deux lauréates du plus important concours de composition au Canada

Par Anya Wassenberg le 8 avril, 2021

Les lauréates des Prix Azrieli de musique, Keiko Devaux et Kelly-Marie Murphy, décrivent leurs expériences dans le monde de la musique classique, et pourquoi elles ont failli ne pas être candidates.

Keiko en répétition avant le concert gala des PAM. (Photo: Alain Beauchesne)

En partenariat avec la Fondation Azrieli

Doté d’un prix en argent substantiel — le plus gros prix pour une composition canadienne — et d’un processus de candidature ouvert, les Prix Azrieli de musique reçoivent de nombreuses candidatures. Malgré cela, seulement 11% des candidats étaient des femmes en 2020, et dans la catégorie Commande de musique juive, cette proportion n’était que de 6%.

Un regard sur deux anciennes lauréates — Keiko Devaux, lauréate de la première Commande Azrieli de musique canadienne, et Kelly-Marie Murphy, lauréate de la Commande Azrieli de musique juive 2018 — s’avère éclairant et inspirant.

En attribuant la Commande canadienne à Keiko, le Jury a noté que sa musique était « intéressante, authentique, dans une classe à part. Ses compositions sont mystérieuses, captivantes et magnifiques. Sa soumission démontre une quête originale et ingénieuse de ce que cela signifie d’être Canadien, qui est honnête et percutante, à sa manière. »

Elle est présentement compositrice en résidence au Centre national des arts jusqu’en 2022, et termine son doctorat à l’Université de Montréal. Son exposition à la musique a débuté à un jeune âge. « J’ai commencé à jouer du piano à cinq ans », dit-elle.

Même à cinq ans, lorsqu’elle a commencé à jouer, elle improvisait déjà. « J’étais attirée par aspect créatif du processus ». Malgré tout, son chemin vers le métier de compositrice n’a pas été sans détours. Son premier élan musical a été envers l’interprétation, lorsqu’elle jouait dans les genres populaire et jazz.

« Je me trouvais attirée par le processus de composition collective», dit-elle.

 

– Kelly-Marie Murphy en répétition pour le concert gala des PAM en 2018, avec Yoav Talmi (Photo: Danylo Bobyk)]

Le fait d’être une femme change la perspective de son expérience en tant que musicienne.

« Je pense que ça peut être un obstacle, mais aussi un puissant moteur, dit-elle. Il y a certainement de multiples occasions de se sentir exclue. »

Alors que Kelly-Marie Murphy étudiait le chant et le piano, elle n’avait jamais envisagé la composition durant ses études. « Je crois que je suis devenue compositrice par accident, dit-elle. Au fil de mon parcours, j’ai appris que je n’aimais pas être devant le public ».

Murphy avait l’intention d’étudier l’arrangement de jazz vocal en premier lieu; pour se faire, ce qui demande un apprentissage de base en composition. Sans modèle, elle ne s’imaginait pas dans ce rôle.

« Ce que l’on nous présente est la musique the l’histoire, du passé – a , des hommes blancs morts », fait-elle remarquer.

« Je ne m’identifiais pas à cela et je ne me voyais pas là », confirme Devaux. Elle note, cependant, l’importance de présenter de nouvelles perspectives, et de reconnaître les compositrices oubliées de l’histoire; un mouvement prend de plus en plus d’importance. « C’est très intéressant d’assister à cette prise de conscience. »

« À l’époque où j’ai grandi, voulant devenir musicienne ou compositrice, j’ai naturellement eu plusieurs modèles masculins, dit Devaux. En devenant compositrice, j’ai remarqué ce déséquilibre et j’ai cherché des modèles plus diversifiés, et c’est devenu un enjeu moins important pour moi avec le temps. Maintenant, j’ai une relation très différente avec mon identité de compositrice et je me reconnais davantage dans ces modèles. »

Dans son travail, Keiko Devaux est toujours influencée par son parcours d’interprète, et incorpore des éléments électroacoustiques dans ses œuvres. « Je crois qu’il s’agit essentiellement d’être consciente de l’expérience acoustique, dit-elle. Je veux que cette expérience soit émouvante et ressentie. Je ne veux pas qu’elle soit détachée ou exploratoire au point d’en devenir inaccessible. Il est important d’être honnête. »

Ana Sokolovic, compositrice et membre du jury, a écrit au sujet de l’œuvre de Murphy, dans sa décision :

« Kelly-Marie Murphy est l’une des compositrices canadiennes les plus connues. Ses compositions sont honnêtes, directes, et démontrent une grande compétence. Nous sommes confiants qu’elle nous offrira une œuvre digne du Prix. »

Ses œuvres ont été jouées par plusieurs ensembles, incluant les orchestres symphoniques de Toronto, Winnipeg et Vancouver. Être compositeur, c’est aussi permettre à son travail – et à soi-même, d’une certaine façon – d’être vulnérable.

Pour tout compositeur, il y a une pression externe. « On craint beaucoup de ne pas être assez intelligente, ou pas assez compliquée, dit Devaux. J’aime entrer en relation avec le public. »

« Si ta musique est appréciée et comprise par le grand public, tu portes faute », dit Kelly-Marie Murphy. La compositrice reconnaît ses critiques.

« Il y a deux choses qu’on peut faire à ce sujet. J’ai choisi d’aller de l’avant. Si on croit aux critiques qui affirment qu’on est fantastique, on doit aussi croire celles qui affirment qu’on n’est pas original. En bout de ligne, la musique est une forme de communication avec laquelle je peux travailler. Je veux communiquer avec mon public. Mais cela ne veut pas dire que je souhaite niveler par le bas. »

COULOIR interprète le Double Concerto pour violoncelle et harpe « En el Escuro es Todo Uno » (Dans l’obscurité, tout ne fait qu’un), lauréat du Prix, avec l’Orchestre symphonique national tchèque au Smetana Hall, Prague, Septembre 2019.

 

Selon les règles du concours, deux prix constituent des commandes. L’un va à un compositeur canadien, un autre pour une nouvelle œuvre de musique juive, et un troisième, pour « la meilleure œuvre non-découverte de musique juive ». Bien que le concours soit tentant, les deux compositrices n’ont pas posé leurs candidatures à la première édition.

« Pendant longtemps, je ne posais jamais ma candidature », dit Keiko. Le parcours typique des compositeurs classiques est de participer à une foule de concours au début de leurs carrières dans le domaine. Plusieurs concours ont une limite d’âge, et en tant que compositrice qui n’a commencé à s’établir dans sa trentaine, ceux-ci lui étaient déjà inaccessibles. En arrivant en mi-carrière, on atteint un plateau, et il était temps pour elle de se lancer un défi. « Ou d’essayer de m’aventurer dans le cercle des prix plus importants. »

Avec un prix d’une telle envergure et une compétition inévitable, il peut être facile d’hésiter. « Dans certains cas, il y a une sorte de syndrome de l’imposteur », note Devaux. La confiance en son travail est la clé. « J’ai des choses à dire, et je vais les dire. Je vais aller de l’avant et le faire, tout simplement. »

Au départ, une partie de son hésitation est venue de l’examen réflectif exigé par la Commande Azrieli de musique canadienne.

« Au début, j’étais déconcertée par l’idée de créer de la musique « canadienne ». Cela m’a amenée à m’interroger sur mon histoire et mon identité. » Elle en est arrivée à élaborer une identité canadienne très personnelle, intégrant son héritage mixte, à la fois japonais, français et canadien.

« J’ai ces cultures contrastantes dans ma vie ». Son œuvre incorpore des fragments de différentes pièces, des sons traditionnels, et d’autres éléments. « Elle devient un dialogue entre des chansons. »

 

Kelly-Marie Murphy au Concert gala des PAM, avec Yoav Talmi, en 2018. (Photo: Danylo Bobyk)

« Je l’ai laissé passer la première année, dit Murphy au sujet des PAM. Le prix en argent est incroyable. Je ne me sentais pas prête. »

Elle ne se sentait pas assez familière avec l’idée de composer une musique dont l’idée de départ est « qu’est-ce que la musique juive? ».

« Mais la deuxième fois, j’ai senti que je ne pouvais pas le laisser passer. »

Sa participation l’a emmenée à faire des recherches sur la musique sépharade, et elle a été envoûtée par les traditions, l’idée et la proposition. « On se dit : mes chances de gagner sont très minces. Et je me souviens d’avoir pensé : j’espère que j’aurai l’occasion de composer cette œuvre. »
Le défi que pose le concours en vaut la peine. « Je vous dirais: faites-le », conseille Devaux à tout compositeur qui hésite.

« J’adore composer. J’ai grandi en étant une joueuse d’équipe, et je le suis toujours, [mais’] j’avais besoin de me dépasser. Ça nous fait progresser d’être plus affirmée, et nous rend plus vulnérable. »

« C’est une validation », dit Murphy au sujet de son prix. Elle fait remarquer que la composition n’apporte pas la rétroaction immédiate et la reconnaissance que procurent les prestations en public. « C’est tellement encourageant. »

En tant que professeure de musique, Murphy a aussi des conseils pour les compositeurs émergents. « Étudiez, écoutez beaucoup de musique, et recherchez des partitions. Demandez-vous ce que votre voix peut ajouter à ce monde. »

 

En plus du prix en argent, les œuvres lauréates sont jouées en première à l’occasion d’un concert-gala.

« C’est une expérience incroyable et merveilleuse » dit Devaux en évoquant son travail avec le Nouvel Ensemble Moderne pour le Gala concert des PAM, en octobre 2020. Le concert a été diffusé sur Medici TV et récolté plus de 50 000 vues dans 77 pays depuis. Pour 2022, le concert sera mettra en vedette l’Orchestre Métropolitain, avec son directeur artistique et chef principal, Yannick Nézet-Séguin.

En plus de cette première, deux prestations sont prévues à l’extérieur du Canada, ainsi qu’un enregistrement avec Analekta. En 2019, Kelly s’est rendue à Varsovie et à Prague pour les premières européennes de son œuvre lauréate. Keiko visitera New York et Tel Aviv avant la fin de 2021, avec son œuvre. Il s’agit d’un grand coup de pouce à une carrière, et cela pourrait bien créer des modèles pour la prochaine génération de compositeurs.

Les Prix Azrieli de Musique (PAM) 2022 acceptent les candidatures jusqu’au 2 mai 2021 (Commandes de musique canadienne et de musique juive) et jusqu’au 1er août 2021 (Prix Azrieli pour la musique juive). Tous les détails ICI.

 

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