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Ludwig Van
Toronto Montreal

CAUSERIE | Les Prix Azrieli de musique: à la rencontre des trois compositeurs lauréats

Par Caroline Rodgers le 22 septembre, 2020

Keiko Devaux, Yotam Haber et Yitzhak Yehid, lauréats des Priz Azrieli de musique 2020. (Crédits photos: Caroline Desilets, Brian Tarnowski & James Goss)
Keiko Devaux, Yotam Haber et Yitzhak Yehid, lauréats des Prix Azrieli de musique 2020. (Crédits photos: Caroline Desilets, Brian Tarnowski & James Goss)

Le 22 octobre prochain aura lieu le Concert gala biennal des Prix Azrieli de musique avec le Nouvel Ensemble Moderne, qui interprétera, en première mondiale, les trois œuvres lauréates, à la salle Bourgie.

Ce sera l’occasion de découvrir trois visions musicales et trois compositeurs de talent : Keiko Devaux, première lauréate de la Commande Azrieli de musique canadienne, Yotam Haber, lauréat de la Commande Azrieli de musique juive 2020, et Yitzhak Yehid, lauréat du Prix Azrieli pour la musique juive 2020.

En prévision de cet événement phare de notre automne musical, Ludwig van Montréal vous présente ces trois compositeurs, qui nous parlent aujourd’hui de leur conception musicale, de l’œuvre primée et de l’impact qu’aura ce prix important dans leur vie d’artiste.

 

Keiko Devaux, lauréate de la Commande Azrieli de musique canadienne. (Photo: Caroline Desilets)

Keiko Devaux, lauréate, Commande Azrieli de musique canadienne

Étoile montante de la composition au Canada, Keiko Devaux a remporté de nombreux prix au cours des dernières années. La Commande Azrieli de musique canadienne, assortie d’une bourse de 50 000 $, lui a donné l’occasion de réfléchir sur ce que représente, à ses yeux, la musique canadienne.

« Pour moi, la musique canadienne est définie par les voix des gens qui vivent ici, dit-elle. La dynamique de ce pays et son identité aux multiples facettes englobent des influences de plusieurs traditions et histoires tissées comme une tapisserie. Cette mémoire sonore collective que nous conservons, partageons, diffusons et célébrons tous ensemble sont ce qui définit le son canadien à mes yeux.

Il était aussi important, pour moi, de réfléchir et de prendre conscience non seulement de la riche identité culturelle et multilingue du Canada, mais aussi de l’histoire de sa colonisation, ainsi que de l’exclusion et de l’altérité passée et présente des communautés immigrantes au sein même de l’identité canadienne. Je voulais me pencher sur mon histoire personnelle et le rôle que j’ai joué dans cette histoire avant même de considérer ma voix en tant qu’artiste à l’intérieur de cette trame narrative complexe. »

Il va de soit que le fait d’être la première lauréate de la Commande Azrieli de musique canadienne aura un impact sur sa trajectoire artistique.

 

« Le fait de recevoir un prix aussi prestigieux est sans aucun doute une grande reconnaissance pour une artiste encore en émergence. Au-delà de m’apporter un soutien financier substantiel et une plus grande visibilité, il confirme avec force que j’allais dans la bonne direction, et que ma voix en tant que compositrice a été entendue et a touché des gens que j’admire. On ne parle ici que des premiers effets, puisque la première, les prestations internationales et l’enregistrement en studio sont encore à venir. » – Keiko Devaux

 

Sa pièce, intitulée Arras, sera donc créée par les 14 musiciens du Nouvel Ensemble Moderne.

« Comme j’ai choisi d’aborder la question de l’identité canadienne en me penchant sur mon histoire personnelle, la pièce crée différents dialogues entre mes identités culturelles contrastées, alors que j’ai grandi au Canada, aussi bien qu’avec ma voix en tant que compositrice. Toutefois, bien que j’approche cette pièce à travers une perspective personnelle, mon intention n’est pas d’évoquer une expérience individuelle, ni même identifiable. J’espère que l’auditeur percevra l’idée plus abstraite et universelle que représente la mémoire sonore, et prendra conscience de la complexité des histoires personnelles et émotives de chacun d’entre nous. Mes sources d’inspiration vont des chansons populaires et folkloriques canadiennes-japonaises, de l’histoire française, des chants bouddhistes et grégoriens, aux sons et aux motifs d’un métier à tisser, et aux signaux lumineux des lucioles. »

 

 

Yotam Haber, lauréat de la Commande Azrieli de musique juive 2020 (Photo: Brian Tarnowski)
Yotam Haber, lauréat de la Commande Azrieli de musique juive 2020 (Photo: Brian Tarnowski)

Yotam Haber, lauréat, Commande Azrieli de musique juive 2020

Pour Yotam Haber, la musique juive comporte de multiples facettes.

« Je réfléchis et compose sur mon identité juive depuis vingt ans et je n’ai toujours pas de réponse claire. Il n’y a pas de figure centrale définissant la musique juive, et je ne crois pas que ce rôle devrait revenir à un compositeur, quels que soient son appartenance ethnique ou religieuse, son orientation sexuelle ou ses capacités physiques. La musique juive n’a pas besoin d’avoir un son particulier pour être juive. Si l’intention du compositeur était de capter, musicalement, un aspect particulier de la judaïté, je prends pour acquis que cela suffit à en faire de la musique juive. »

Pour lui, le Prix Azrieli de musique est une occasion unique dans la carrière d’un compositeur :

 

« Dans le monde, il y a très peu de prix pour les compositeurs qui viennent avec autant d’avantages que le Prix Azrieli de musique. Il ne s’agit pas uniquement d’une commande, mais aussi d’un enregistrement, de plusieurs prestations et d’une importante visibilité internationale. C’est un prix très spécial, et ceux qui l’ont créé avaient en tête l’importance, pour une œuvre nouvelle, d’être jouée plus qu’une fois pour ensuite disparaître! » – Yotam Haber

 

La pièce lauréat composée par Yotam Haber s’intitule Estro Poetico-armonico III et s’inspire du recueil de psaumes de Benedetto Marcello (1686-1739). Ces psaumes furent composés après un séjour à la synagogue de Venise.

« Dans la préface à sa première édition, Marcello décrit les liens musicaux entre la musique entendue à la synagogue et le patrimoine transmis de génération en génération, jusqu’au Mont Sinai. Bien que cette affirmation ne puisse être vérifiée, l’idée est significative: elle évoque l’espoir qu’une tradition orale ancienne puisse traverser le temps et évoluer. Comme lorsque les enfants jouent au téléphone, en se murmurant des messages dans l’oreille, une tradition orale va forcément se transformer. Mon propre Estro est comme le jeu du téléphone, avec ma propre écoute et ma propre transposition du passé.

L’ethnomusicologue Leo Levi a enregistré les communautés juives en Italie à partir des années 1950 et 1960, en particulier celles de l’extraordinaire tradition romaine. Ces enregistrements constituent une fenêtre sur une tradition liturgique en voie de disparition, et ils m’ont fasciné depuis plus de dix ans. J’ai jumelé chaque enregistrement que j’ai choisi avec un poème israélien qui parle des réalités de la vie moderne en Israël, tout en composant avec son histoire. Cette pièce a été composée pour mezzo-soprano, orchestre de chambre et électronique. Il s’agit d’une exploration de ce que signifie être israélien, aujourd’hui, en situant des textes israéliens actuels qui traitent de la religion et de la vie, parfois de manière émotive et controversée. J’ai placé la mezzo-soprano dans un dialogue avec les cantors, les rejoignant parfois, leurs voix s’entrechoquant à l’occasion.

Bien des membres de la communauté juive romaine tirent fierté de la persévérance et la perpétuation dans un lieu, une culture et des traditions. Moi, d’un autre côté, je me considère plutôt comme un nomade culturel. Né aux Pays-Bas, j’ai grandi en Israël, en Côte d’Ivoire et au Nigeria avant de venir aux États-Unis à l’âge de dix ans. Mon père est né au Kyrgyzstan et a passé trois ans dans un camp de réfugiés français avant d’avoir l’autorisation d’entrer en Israël en 1948. Ma mère, née en Palestine, a été élevée par des parents originaires d’Indonésie. Nos rassemblements familiaux regroupaient des gens de Russie, d’Afrique de l’Ouest, du Moyen-Orient et des Pays-Bas, chacun contribuant à la fête avec la cuisine de ces lieux, souvenirs de notre histoire d’errants. Ma fascination pour les pratiques liturgiques juives d’Italie est une réaction à ma propre existence d’exilé. Leur histoire commence comme la mienne, et celle de bien des Juifs: l’expulsion (après la destruction du second temple de Jérusalem, en 70 avant J.C.), et la diaspora.

Toutefois, contrairement à mon histoire, les Juifs italiens, pour la plupart, n’ont pas erré. Ils ont certainement été discriminés de multiples façons, mais ils ne se sont pas éparpillés. Ils sont restés ensemble et leur tradition orale est demeurée isolée: un mince réconfort, qui a alimenté mon rêve d’une ligne ininterrompue, le passage d’une tradition musicale sacrée. Mon projet vise à capter l’essence de ce paradoxe: le désir de maintenir les traditions tout en reconnaissant que le changement est inévitable et nécessaire. »

 

Yitzhak Yehid, lauréat du Prix Azrieli de musique juive. (Photo: James Goss)

Yitzhak Yehid, lauréat du Prix Azrieli pour la musique juive 2020

Pour Yizhak Yehid, ce serait inefficace, voire à l’encontre de la philosophie juive, de tente de définir ce qu’est la musique juive, ou ce qui ne l’est pas.

« D’un point de vue subjectif, je n’ai pas nécessairement besoin d’entendre des sons juifs comme les modes et les ornementations juifs pour me sentir connecté à la tradition juive, que j’adore. De façon générale, un point intéressant est que j’ai trouvé des « sonorités juives » dans des œuvres des plus grands compositeurs occidentaux d’origine juive, tels que Felix Mendelssohn, Arnold Schoenberg, George Gershwin et György Ligeti. Si leur musique pouvait être définie comme « juive », ce serait surtout à cause des idées, en dehors des sonorités réelles de leur œuvre. »

Le compositeur se dit honoré de recevoir le Prix Azrieli de musique juive. Il a très hâte au Concert gala du 22 octobre.

 

« Les Prix Azrieli de musique sont des prix prestigieux pour la nouvelle musique et le PAM sont l’un des plus importants présentateurs de musique contemporaine qui intègre des traditions comme la tradition juive, la philosophie juive et la culture juive. »- Yizhak Yehid

 

Comme compositeur, Yizhak Yehid dont l’œuvre marie la musique de ses ancêtres juifs d’origines syrienne et irakienne à la musique savante occidentale, cherche toujours à intégrer différentes traditions.

« Les musiques juives, sépharade et d’influences arabes, sont au cœur de mon travail créatif depuis des années. J’aime les arts multi-ethniques, multiculturels et par conséquent, transnationaux. J’aimerais dédier mon prix à l’idée du pluralisme et du multiculturalisme, et à ceux qui combattent le racisme et le nationalisme. Je suis heureux d’avoir cette occasion de contribuer au développement d’une tradition et d’un courant aussi riches en musique contemporaine. »

Sa pièce, Kadosh Kadosh and Cursed, a été inspirée par le Mont du Temple, à Jérusalem – un lieu saint mais explosif, sacré autant pour les Musulmans que pour les Juifs, et sa pièce est une sorte de documentaire au sujet d’un lieu béni (Kadosh Kadosh) qui est aussi, selon lui, un lieu de malédiction et de violence intra-religieuse.

« Kadosh Kadosh and Cursed est donc un hommage conflictuel à ma ville, Jérusalem. La pièce, en deux parties, consiste en 24 tableaux interreliés, ou scènes musicales, qui font le pont entre différentes approches compositionnelles originales de deux traditions musicales éloignées: d’un côté, l’art et la musique arabes, Mizharhi (juive et influencée par l’arabe) et Piyyutim (des chants liturgies et paraliturgiques ornementés) et de l’autre côté, la tradition européenne, l’avant-garde musicale et l’improvisation. »

 

Lorraine Vaillancourt, Sharon Azrieli, Krisztina Szabó (Crédits photos: Bernard Préfontaine, Jeffrey Hornstein, Bo Huang)

Les interprètes

Le Concert gala des Prix Azrieli de musique sera offert par le Nouvel Ensemble Moderne (NEM) sous la direction de Lorraine Vaillancourt, avec la soprano Sharon Azrieli et la mezzo-soprano Krisztina Szabó Le concert sera diffusé gratuitement en direct par Medici TV, ainsi que sur la page Facebook des Prix Azrieli de musique.

Ces premières mondiales font partie de la récompense décernée à chacun des lauréats des PAM. D’une valeur de plus de 200 000 $ CAD, les Prix Azrieli de musique comprennent notamment une bourse de 50 000$ CAD; deux prestations internationales subséquentes, ainsi qu’un enregistrement commercial de l’œuvre primée sous étiquette Analekta.

Ce reportage a été commandité par les Prix Azrieli de musique.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

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Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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