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COMPTE-RENDU | L'Orchestre Métropolitain en tournée : grande musique et amitié à Philadelphie

Par Caroline Rodgers le 24 novembre, 2019

header tournée de l'Orchestre métropolitain concert à philadelphie Yannick Nézet-Séguin

Le dernier week-end de l’Orchestre Métropolitain en tournée américaine s’est déroulé sous le signe de l’amitié alors que plusieurs activités étaient organisées avec l’autre famille de Yannick Nézet-Séguin, le Philadelphia Orchestra. Le tout couronné par l’ultime concert de cette tournée, un autre triomphe, au Verizon Hall du Kimmel Center for the performing arts de Philadelphie. Compte-rendu.

Comme ce fut le cas dans les autres salles, le Verizon Hall était bien rempli et fébrile dans l’attente d’écouter ce qui, pour eux, est un « nouvel » orchestre, dirigé par un chef qu’ils admirent. Comme la Maison symphonique, le Verizon Hall est une salle de 2 500 places de construction récente, et les mêmes acousticiens, Artec, y ont travaillé. On peut toutefois affirmer que l’acoustique n’y est pas aussi bonne qu’à la Maison symphonique.

Si les musiciens commençaient certainement à être fatigués pour ce dernier concert, ils n’en ont rien laissé paraître du tout et leur prestation a été magistrale, dans cette ville d’adoption de leur directeur musical depuis huit ans.

Je dois dire que cela m’a brisé le cœur de penser que ce serait la dernière fois que j’entendrais Joyce DiDonato dans ces airs de Mozart qu’elle chante toujours avec autant de sincérité. Il s’agit là d’une grande artiste et nous avons été privilégiés de la voir et de l’entendre à l’oeuvre.

Pour elle, chaque air est le moment d’exprimer l’essence d’un personnage et son message avec autant de conviction et de profondeur. Entre chaque interprétation, il y eut toujours de petites différences et des nuances subtiles, expressions de son art toujours vivant et en évolution. Comme on l’entend crier dans chaque salle à la fin de ses prestations : « Brava! »

Encore une fois, la Symphonie no 4 de Bruckner s’est déployée pour nous dans toute sa richesse et son immensité. Elle contient un tel foisonnement d’idées, pourtant organisées dans une construction cohérente, que l’on en vient à se demander comment un être humain a pu imaginer une telle chose.

Lorsque les différents thèmes se développent et s’échangent d’une section ou d’un instrument à l’autre, j’en reste chaque fois bouche-bée, mais grâce à l’intelligence musicale de Yannick, j’ai l’impression d’avoir quelqu’un qui me l’explique tout en me la faisant vivre, car c’est une affaire d’émotions autant que de discours.

Alors qu’à Carnegie Hall, la dernière note avait été suivie d’un long silence rempli de tension, ici, la salle a toute de suite exprimé son enthousiasme après un mouvement final extraordinaire.

Si l’émotion de cette fin de tournée n’était pas aussi intense qu’au dernier concert à la Philarmonie de Paris, c’est qu’il ne peut y avoir qu’une seule « première » tournée internationale dans la vie d’un orchestre. Dans ce contexte, le rappel final, extrait du beau Poème de Violet Archer, sonnait plutôt comme un au revoir.

Le « play-in » : faire de la musique ensemble

Dès notre arrivée en autobus à Philadelphie, une dizaine de musiciens de l’Orchestre Métropolitain étaient attendus pour participer à un « play-in », activité géniale qui consiste, pour ces professionnels, à jouer sur la scène de Verizon Hall avec des musiciens amateurs de tous âges de la communauté.

Il s’agit d’une activité instaurée à Philadelphie depuis des années, et à laquelle prennent aussi part des membres du Philadelphia Orchestra. En tout, une centaine de musiciens amateurs s’étaient déplacés avec leur instruments, pour cette fois, tous de la famille des cordes. Une bonne vingtaine de violoncellistes étaient présents, et nous avons compté pas moins de huit contrebassistes. Leurs parents et amis prenaient place dans la salle pour les écouter.

 

Yannick Nézet-Séguin dirigeant le "play-in" à Philadelphie, une rencontre musicale entre musiciens profesionnels et amateurs. (Photo: François Goupil)
Yannick Nézet-Séguin dirigeant le « play-in » à Philadelphie, une rencontre musicale entre musiciens professionnels et amateurs. (Photo : François Goupil)

Le tout s’est déroulé en trois parties, alors que Yannick Nézet-Séguin a dirigé le Prélude de la Suite Holberg de Grieg, cédant ensuite sa place sur le podium à Nicolas Ellis, collaborateur artistique de l’OM, qui a dirigé Eine kleine Nachtmusik, de Mozart. Il a bien fait rire tout le monde en expliquant aux participants que cette pièce était (hélas!) devenue, au Québec, associée aux publicités de Jean Coutu!

Une troisième cheffe est ensuite montée sur le podium, Lina Gonzales Granados, qui est cheffe associée au Philadelphia Orchestra. Yannick Nézet-Séguin a ensuite repris la parole pour souligner à quel point la musique est une force rassembleuse qui pousse les gens qui en font à devenir de meilleures personnes.

Cette rencontre entre professionnels et amateurs est certainement enrichissante pour tous les participants. Pour les musiciens venus de la communauté, qu’ils soient des jeunes faisant de la musique en complément de leur parcours scolaire ou des adultes qui continuent de jouer de leur instrument dans leurs loisirs, ces moments musicaux sont sûrement une grande source de satisfaction.

La preuve, c’est qu’ils étaient nombreux à être au rendez-vous, pour jouer avec leurs pairs sous la direction d’un grand chef! On espère qu’un jour, Montréal aura aussi des « play-in ». Ils seraient certainement aussi populaires. Après avoir posé la question à Yannick Nézet-Séguin, il a répondu « oui » sans hésiter. C’est donc un dossier à suivre.

 

Yannick Nézet-Séguin
Yannick Nézet-Séguin coupant le gâteau de bienvenue des musiciens du Philadelphia Orchestra, 23 novembre 2019. (Photo : François Goupil)

La rencontre de deux familles musicales

En soirée, plusieurs musiciens de l’Orchestre Métropolitain sont allés assister à un concert du Philadelphia Orchestra sous la direction du chef Stéphane Denève. Une petite réception était organisée juste avant le concert pour permettre aux membres des deux orchestres de fraterniser. Nous avons été accueillis à l’entrée par nul autre que le violon solo du Philadelphia Orchestra, David Kim.  

Ce fut un moment agréable qui a permis aux instrumentistes d’échanger avec leurs alter egos de l’autre orchestre tout en dégustant des desserts préparés par les musiciens du Philadelphia Orchestra, dont un impressionnant gâteau en forme de piano blanc.

Dimanche après-midi, entre le test d’acoustique et le concert, les journalistes présents ont eu la chance d’interroger le chef d’orchestre.

J’a demandé à Yannick si, à force d’être dirigés par le même chef, les deux orchestres avaient développé des points musicaux en commun.

« Quand on est chef de plusieurs orchestres, doit-on essayer de faire sonner tout le monde de la même façon, ou doit-on exacerber les différences? On lit souvent des commentaires soulignant que les orchestres dans le monde sonnent de plus en plus de la même façon et que les différences nationales sont moins marquées qu’autrefois, dit-il. Il reste toutefois encore des différences d’approches. Entre l’OM et le Philadelphia, j’ai dit aux musiciens de l’OM, qui sont allés entendre leurs collègues de Philadelphie hier, qu’ils ne doivent pas tenter d’imiter ce qu’ils ont entendu. Après le concert, ils avaient tous des commentaires très précis sur ce qu’ils avaient remarqué. Mais toute la beauté d’une tournée, c’est de sonner différemment.

Oui, il faut apprendre à jouer avec la salle, mais cela vient intuitivement quand on est un bon musicien. On s’adapte. Les points communs entre les deux, c’est une attention aux détails dynamiques commune entre les deux orchestres. Je peux dire fièrement que de tous les orchestres américains, celui de Philadelphie est celui qui joue le mieux le répertoire classique, maintenant. J’en prends la responsabilité, car ce n’était pas tout à fait le cas auparavant.

Le Mozart que nous allons entendre tout à l’heure de l’OM ressemble au Mozart que j’ai fait il y a un mois avec Philadelphie. Il y a une attention au style et aux détails dynamiques. Mais le résultat sonore est différent et c’est tant mieux. Je veux le cultiver, je veux que le Bruckner de l’OM ne sonne pas aussi large que celui de Philadelphie, je veux qu’il reste une espèce d’héritier de Schubert, comme on a essayé toute la tournée. »

Ces huit jours ont passé vite. On ne peut que dire bravo aux organisateurs de cette tournée d’avoir aussi bien travaillé pour que tout se passe bien, félicitations aux musiciens de l’Orchestre Métropolitain et à Yannick Nézet-Séguin pour ce succès bien mérité.

Encore une fois, du fond du cœur, merci de m’avoir invitée et si bien accueillie parmi vous.

Toutes les photos publiées dans le cadre de cette série d’article sur la tournée de l’Orchestre Métropolitain ont été prises par François Goupil.

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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