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ENTRETIEN | Luc Beauséjour et Jean-Philippe Sylvestre: autour de deux pianos Érard

Par Caroline Rodgers le 15 avril, 2019

Jean-Philippe Sylvestre et Luc Beauséjour s'associent pour le concert "Deux Érard, c'est rare!" (Photo: courtoisie)
Jean-Philippe Sylvestre et Luc Beauséjour s’associent pour le concert « Deux Érard, c’est rare! » (Photo: courtoisie)

Ils viennent de deux univers voisins, mais différents: le clavecin pour Luc Beauséjour et le piano moderne pour Jean-Philippe Sylvestre. Ils se rencontreront quelque part à mi-chemin, cette semaine, dans un concert sur deux pianos Érard du XIXe siècle, à la salle Bourgie. Luc Beauséjour nous parle de cette belle aventure.

LvM-D’où viennent les deux pianos Érard sur lesquels vous allez donner le concert?

Luc Beauséjour:

« Pour le piano Érard de la salle Bourgie, je vous laisse lire ce qu’en dit Arte Musica:

Le piano Érard de la salle Bourgie à Montréal a été fabriqué à Londres en 1859. Il a été entièrement et minutieusement restauré par Claude Thompson entre 2009 et 2011, avant d’être acquis par Pierre Bourgie en octobre 2014. L’instrument est tout à fait représentatif du piano romantique tel que le connurent Chopin, Liszt, Schumann, Schubert et les interprètes de leur époque.

Ce piano, qui mesure 2,54 m et porte le no de série 5974, est arrivé au Canada en très mauvais état, après une traversée de l’Atlantique dans un conteneur rempli de vieux objets. Soucieux de rendre à l’instru- ment les qualités sonores si typiques des pianos du XIXe siècle, Claude Thompson n’a ménagé aucun effort pour en faire un instrument digne de la réputation de la maison Érard. Les moulures du piano sont en laiton massif et le meuble a été recouvert d’ébène. Les cordes ont été fabriquées expressément pour ce type de piano, selon les techniques de l’époque. La mécanique et toutes les pièces connexes sont d’origine, y compris le clavier en ivoire. La touche est d’une extraordinaire légèreté et d’une grande finesse, déployant une gamme remarquable de nuances. (© Arte Musica)

Au sujet du piano Érard de Jacques Marchand:

Le piano Érard acquis en mai 2018 à Paris chez Pianos Nebout & Hamm par Jacques Marchand, homme d’affaires et mécène québécois, a été fait dans la capitale française en 1854, mais on ne connait rien de son histoire. C’est le baryton Marc Boucher qui est à l’origine de cet achat : il cherchait un beau piano du XIXe siècle pour son enregistrement de l’intégrale des mélodies de Massenet.

Le pianiste Jean-Philippe Sylvestre est alors entré en contact avec l’atelier de Pianos Nebout, qui depuis plus de cent ans restaure les pianos anciens – son fondateur, Annet Laput, arrière-grand-oncle de l’actuel directeur Christophe Nebout, était un ancien employé de la maison Érard, responsable des réparations pour les clients.

L’atelier a entièrement remis en état le Érard de 1854, long de 2,45 m, conservant, selon les hauts standards qui le guident dans son travail, les parties d’époque, comme sa table d’harmonie, son clavier en ivoire et ses marteaux d’origine. Les cordes et les feutres ont été remplacés par des matériaux qui reproduisent la large palette des sonorités du temps. Le sommier de chevilles a été remplacé pour une bonne tenue d’accord et le meuble a été entièrement restauré. »

 

Luc Beauséjour, claveciniste. (Photo: courtoisie)

LvM-Quelles sont les principales caractéristiques d’un Érard? 

Luc Beauséjour: « Ces pianos ont un toucher assez léger et une couleur sonore différente de celle d’un piano à queue moderne. Ils sont un peu moins puissant, mais leur timbre se distingue par une plus grande clarté et une très grande longueur dans le son. »

LvM: Qu’est-ce que cela change dans l’interprétation du répertoire de votre concert de jouer sur un piano d’époque plutôt que sur un piano moderne? 

Luc Beauséjour: « Je crois que dès qu’on joue un instrument nouveau ou différent de celui utilisé normalement, on doit forcément s’adapter et réagir à la personnalité de l’instrument. Étant donné la longueur et la couleur très spéciale du son des pianos d’époque, cela permet parfois d’adopter certains tempi plus lents ou plus rapides, par rapport à ceux qu’on établirait du piano moderne. L’attaque et le poids utilisés étant différents, cela nous amène aussi à chercher un autre chemin pour rendre l’essence et l’atmosphère d’une pièce.

« Un bon instrument inspire par sa palette sonore. C’est comme la voix : vous pouvez entendre deux chanteurs dans le même air, le résultat sera évidemment différent. L’intérêt est donc d’offrir aux auditeurs une expérience autre. » – Luc Beauséjour

LvM: Jean-Philippe et vous êtes deux musiciens d’univers assez différents. Comment avez-vous décidé de faire ce projet ensemble et comment arrivez-vous à des décisions artistiques en commun? 

Luc Beauséjour: « En fait, c’est le clavecin qui nous a réuni! Jean-Philippe souhaitait jouer Bach au piano et s’est dit qu’il serait intéressant d’avoir un éclairage venant de l’instrument que Bach jouait et pour lequel il a écrit une bonne partie de son répertoire pour clavier. On s’est donc rencontré à quelques reprises chez moi et nous nous sommes amusés à jouer les mêmes pièces tantôt au clavecin et tantôt au piano.

De là est née une amitié et le désir de faire un projet musical ensemble. Il est vrai qu’à Clavecin en concert, nous faisons surtout de la musique ancienne de l’époque baroque. Par contre, il nous est arrivé de présenter du répertoire contemporain pour clavecin, de l’orgue classique français au Grand Séminaire de Montréal, du pianoforte et du clavicorde. Le côté historique des pianos Érard avait donc un attrait pour nous. Lorsque Jean-Philippe m’a mentionné qu’un autre piano Érard allait traverser l’Atlantique pour se retrouver à Montréal, l’idée d’utiliser deux pianos Érard a surgi. »

 

Jean philippe Sylvestre
Jean-Philippe Sylvestre, pianiste. (Photo: FIHL)

LvM: « Pouvez-vous nous parler des principales pièces au programme? » 

Luc Beauséjour:  »

En première partie, nous jouerons en solo. J’interpréterai d’abord le 25e ordre de François Couperin qui est une suite de cinq pièces de clavecin jouées sur un clavecin français à deux claviers fait en 1998 par Yves Beaupré. Jean-Philippe enchaînera avec le Tombeau de Couperin de Maurice Ravel qu’il jouera sur le piano Érard de Monsieur Jacques Marchand, un instrument tout à fait indiqué pour ce répertoire. Cette suite de pièces est un hommage à Couperin, son illustre prédécesseur, qui travailla à la cour de Louis XIV. Ce sera la première fois qu’on entendra cet instrument à Montréal.

En deuxième partie, nous utiliserons deux pianos Érard dans un répertoire varié qui comprend de la musique romantique, notamment le Prélude, Fugue et Variation de César Frank, dans une version à l’origine pour piano et harmonium et que les organistes connaissent bien puisque Franck en a aussi fait une pièce d’orgue. Les deux autres duos sont de Jean-Sébastien Bach et de son fils Jean-Chrétien. De ces deux compositeurs, nous jouerons respectivement le magnifique concerto en do mineur BWV 1060 et une sonate en sol majeur, écrite dans un style qui a inspiré Mozart. »

Concert Deux Érard, c’est rare! Mercredi 17 avril, 19 h 30, salle Bourgie.  

DÉTAILS ET BILLETTERIE

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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