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ACTUALITÉS | Cinq nouvelles sur la musique à connaître cette semaine

Du nouveau chez Ludwig Van

Vous l’avez peut-être déjà remarqué: notre site s’est refait une beauté, avec un nouveau design plus épuré qui simplifie la navigation. Mais ce n’est pas tout: nous avons lancé cette semaine un nouveau site et une nouvelle infolettre gratuite, tout simplement appelés Ludwig Van, qui proposeront au cours des prochains mois des articles en anglais sur les nouvelles et les tendances en musique classique en mettant l’accent sur l’international. Vous pouvez déjà consulter la première édition ici.

 

L'intérieur du Teatro Municipal Praça Floriano, à Rio de Janeiro. (Photo: Martine Cardinal)
L’intérieur du Teatro Municipal Praça Floriano, à Rio de Janeiro. (Photo: Martine Cardinal)

L’Orchestre symphonique de Longueuil en Amérique du Sud

L’Orchestre symphonique de Longueuil vient de terminer une tournée en Amérique du Sud (Colombie et Brésil) avec son chef, Alexandre Da Costa, et deux solistes invités: le pianiste Jean-Philippe Sylvestre et la soprano Sharon Azrieli. Il s’agit d’une première tournée internationale dans l’histoire de l’OSDL, qui a donné cinq concerts, proposant son programme « Stradivarius à Vienne » au public de Bogotá, Medellín, Porto Alegre, Rio de Janeiro et São Paulo.

Toutes nos félicitations pour cette première!

 

Henry From, lauréat du Prix Orford Musique (Photo: courtoisie d'Orford Musique)
Henry From, lauréat du Prix Orford Musique (Photo: courtoisie d’Orford Musique)

Prix Orford Musique

Les Prix Orford Musique ont été remis au terme de la finale du 13 août dernier. Les lauréats sont:

Henry From (piano): premier prix et prix Coup de coeur du public (total des deux: 15 000 $)

Danielle Greene (violon): deuxième prix ( 5 000 $)

Victoria Wong (piano): troisième prix ( 4 000 $)

En plus des prix en argent, chaque gagnant se mérite un séjour à l’Académie ou aux résidences artistiques d’Orford Musique. Le jury était composé du chef d’orchestre Marc David, du contrebassiste Joel Quarrington, du chef d’orchestre et compositeur Airat Ichmouratov, ainsi que du pianiste Serhiy Salov.

Toutes nos félicitations aux lauréats!

 

 

Charles Richard-Hamelin est l'invité de l'Orchestre symphonique de Laval cette semaine.
Charles Richard-Hamelin (Crédit: Elizabeth Delage)

Fête de la musique de Tremblant: programmation

La Fête de la musique de Tremblant, qui aura lieu cette année du 2 au 5 septembre, a lancé cette semaine sa programmation. Pour cette 22e édition, 35 concerts gratuits seront offerts.

Les festivités seront lancées le vendredi 2 septembre à 20h par Charles Richard-Hamelin à la Première Scène Mont-Tremblant. Il présentera un récital Chopin, avec une sélection de sonates, nocturnes et préludes.

En classique, la programmation comprendra aussi un récital de Luc Beauséjour dans un programme original au piano solo. Le duo Stick & Bow explorera les liens entre la musique classique et la musique populaire, de Chostakovitch à Nina Simone en passant par Radiohead. Pallade Musica présentera des œuvres de Jean-Sébastien Bach en plein air alors que le guitariste Pascal Valois rassemblera des chefs-d’œuvre de guitare romantique,

La soprano Myriam Leblanc et Sylvain Bergeron à l’archiluth présenteront un concert autour de la passion amoureuse et la flûtiste Nadia Labrie interprétera des œuvres du compositeur Claude Bolling accompagnée du trio Emie R Roussel pour un mariage entre flûte classique et trio jazz.

Finalement, le dimanche 4 septembre à 20 h, le troisième grand concert de cette édition verra Daniel Bélanger dans un concert mariant la chanson francophone et la musique classique avec Angèle Dubeau et la Pietà.

PLUS DE DÉTAILS

 

 

La pièce de monnaie d'Oscar Peterson a une valeur nominale de 20 $. (Photo: Monnaie royale canadienne)
La pièce de monnaie d’Oscar Peterson a une valeur nominale de 20 $. (Photo: Monnaie royale canadienne)

Une pièce de monnaie pour Oscar Peterson

La Monnaie Royale canadienne a lancé cette semaine une pièce de monnaie de collection en hommage au pianiste Oscar Peterson. Faite d’argent pur, la pièce d’une valeur nominale de 20 $ a été tirée à 5000 exemplaires et elle est vendue 99, 95 $.

Né à Montréal dans la Petite-Bourgogne en 1925, Oscar Peterson a commencé par apprendre la trompette à cinq ans, pour passer ensuite au piano en recevant d’abord un enseignement classique par sa sœur, avant de se tourner vers le jazz et d’en devenir une légende par son talent phénoménal mais aussi, grâce à un travail acharné. Il est décédé en Ontario en 2007.

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NOUVELLE | L’Orchestre symphonique de Laval annonce une saison avec plusieurs chefs

L’Orchestre symphonique de Laval: programmation 2022-2023

Julien Proulx (photo: Véronique Simard), Mélanie Léonard (photo: Westmount Photography), Jacques Lacombe (photo: )
Julien Proulx (photo: Véronique St-Amand), Mélanie Léonard (photo: Westmount photography Robert Provencher), Jacques Lacombe (photo: Steve J. Sherman) sont trois des chefs invités de la saison 2022-2023 de l’Orchestre symphonique de Laval.

L’Orchestre symphonique de Laval a dévoilé hier sa saison 2022-2023, qui verra passer plusieurs chefs sur le podium, en attendant de déterminer qui sera officiellement nommé à sa direction musicale et artistique. 

Cette saison que l’on peut qualifier de transition comprendra cinq grands concerts, quatre concerts de musique de chambre et un mini-festival classique hivernal de quatre événements. En tout, ce sont 12 événements que l’OSL présente pour cette première saison depuis le départ de celui qui fut à sa barre pendant 15 ans ans, Alain Trudel, qui a quitté l’orchestre en juin dernier dans des circonstances nébuleuses.

Pour l’instant, les chefs invités sont Jean-Michel Malouf, Mélanie Léonard, Julien Proulx et Jacques Lacombe. Sur le site de l’OSL, certains concerts sont pour l’instant annoncés sans chef, dont le concert d’ouverture.

Les grands concerts

Le concert d’ouverture, Ce soir on danse, aura lieu le 28 septembre et comme l’indique son titre, la danse sera à l’honneur avec la musique de trois ballets, soit la Suite L’oiseau de feu de Stravinsky, la Suite Cendrillon no 2, de Prokofiev, et des extraits du Lac des cygnes de Tchaïkovski. Le nom du chef n’est pas indiqué. Tous les concerts de cette série ont lieu à la salle André-Mathieu, sauf le concert de clôture du 27 mai.

Les autres grands concerts de l’Orchestre symphonique de Laval en 2022-2023:

  • Amour cryptique: musique de Brahms et Schumann, direction Jean-Michel Malouf, soliste invitée: Sara Davis Buchner dans le Concerto de Schumann. Le 9 novembre, 19 h. DÉTAILS ET BILLETS
  • Noël baroque: musique de Vivaldi, Bach, Corelli et des extraits du Messie de Haendel. Avec les Petits chanteurs de Laval, Andréanne Bisson-Paquin et Alexandre Sylvestre, Philippe Ostiguy, chef de chœur. Le 14 décembre, 19 h 30. DÉTAILS ET BILLETS
  • Femmes. Musique d’Alma Mahler, Ina Boyle et Louise Farrenc, sous la direction de Mélanie Léonard. Soliste invitée: Florence Bourget, mezzo-soprano. Le 8 mars, 19 h 30. DÉTAILS ET BILLETS
  • L’OSL à la MSM: l’orchestre clôturera sa saison à la Maison symphonique sous la direction de Jacques Lacombe avec Don Quixote de Strauss et la Symphonie no 5 de Jacques Hétu. Soliste invité: Stéphane Tétreault. Le 27 mai, 19 h 30, Maison symphonique. DÉTAILS ET BILLETS

Série Les chambristes

La série Les chambristes de l’OSL propose cette année trois récitals de musique de chambre:

  • Carte blanche à Lise Bouchard, trompettiste. Un voyage autour du monde avec un quintette de cuivre formé par les musiciens de l’OSL. le 8 octobre, 15 h, Église Saint-Maurice-Duvernay. DÉTAILS ET BILLETS
  • Carte blanche à J. Chantal Marcil, violoncelliste. Quatre violoncellistes présentent des oeuvres variées au Théâtre de la Résidence Le Marronnier, le 26 novembre, 15 h. DÉTAILS ET BILLETS
  • Carte blanche à Lindsay Roberts, hautboïste. Cinq musiciennes de la section des cordes de l’OSM nous proposent un répertoire varié le 1er avril, 15 h, Église Saint-Maurice-de-Duvernay. DÉTAILS ET BILLETS

Festival classique hivernal

Le Festival classique hivernal de l’OSL aura lieu les 4 et 5 février 2023, avec quatre événements: 

  • Parlons opéra, causerie concert avec Pierre Vachon, le 4 février à 14 h. DÉTAILS ET BILLETS
  • La plume portée, un concert qui fait des liens entre musique et littérature avec Ma mère l’Oye, de Ravel, Schéhérazade, de Rimski-Korsakov, et Roméo et Juliette, de Berlioz. Le 4 février, 19 h 30, sous la direction de Julien Proulx. DÉTAILS ET BILLETS
  • Lumières, caméra, musique! L’OSL et les élèves du parcours Briller+ musique de 4e et 5e secondaire du Collège Laval vous convient à un événement où cirque, danse et théâtre se laissent porter par la musique. Le 5 février, 10 h. DÉTAILS ET BILLETS
  • Les Fables de La Fontaine, théâtre musical. Le Quatuor Molinari et Catherine Perrin, au clavecin et à la narration, présentent onze fables de Jean de la Fontaine, illustrées par une musique originale des compositeurs Denis Gougeon et J.P Rameau. Le 5 février, 15 h, Théâtre de la Résidence Le Marronnier. DÉTAILS ET BILLETS

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CHOIX DE LA RÉDACTION | Les concerts classiques à découvrir pour adoucir votre vie cette semaine

Didem Basar, Dinal Gilbert, CAMMAC. (Photos: courtoisie)
Didem Basar, Dinal Gilbert, CAMMAC. (Photos: courtoisie)

Encore une fois cette semaine, il y a de quoi s’occuper si on cherche des concerts. Plusieurs événements gratuits sont d’ailleurs proposés aux mélomanes. Voici nos Choix de la rédaction du 15 au 21 août 2022. 

 

Ahuntsic en fugue commence cette semaine

Les Concerts Ahuntsic en fugue ont lieu cette année du 17 au 28 août, avec sept événements présentés dans divers lieux de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. Trois concerts sont présentés cette semaine.

17 août – Chaises musicales d’Orient et d’Occident

Le concert d’ouverture d’Ahunstic en fugue, gratuit, aura lieu le mercredi 17 avec Didem Basar – Continum. On pourra entendre des œuvres de la compositrice Didem Basar, membre de Constantinople qui joue du kanoun turc, un instrument à cordes pincées de la famille des cithares sur table. Samuel-San Vachon (contrebasse), Patrick Graham (percussions) et le Quatuor Andara seront avec elle pour interpréter ses œuvres inspirées de ses voyages. On peut réserver ses billets gratuits en ligne, pour cet événement présenté à l’Église Notre-Dame-des-Anges, à 20 h. 

19 août – Ticket pour Broadway

Les airs des plus belles comédies musicales de Broadway répondront au concerto pour piano Rhapsody in Blue de George Gershwin, avec les 30 choristes de l’ensemble The Lyric Theater Singers, qui se spécialise dans le répertoire de Broadway, et la pianiste Pamela Reimer, accompagnés de Buzz Cuivres, le tout sous la direction musicale de Bob Bachelor. Le 18 août, 20 h, Église Saint-André-Apôtre. DÉTAILS ET BILLETS

20 août – La 1000e orange

Le deuxième concert gratuit, le 20 août, est La 1000e orange, un événement en soutien à l’Ukraine avec trois membres du Nouveau Quatuor Orford, soit Andrew Wan, Brian Manker et Sharon Wei, en compagnie de la pianiste Angela Park.

Ils interpréteront le Quatuor pour piano et cordes no 2 de Mozart, le Quatuor pour piano et cordes no 3 de Brahms, et la pièce de la compositrice américaine Caroline Shaw, Thousandth Orange (Millième Orange). Caroline Shaw est l’une des compositrices les plus en vue aux États-Unis depuis quelques années, et s’est mérité le Prix Pulitzer de musique en 2013.

Ce concert a pour but d’aider un organisme d’Ahuntsic-Cartierville qui aide les réfugiés, non seulement ukrainiens mais aussi syriens, et autres, avec une collecte de fonds pour l’organisme. Deux familles de réfugiés seront présentes au concert. Le 20 août,  20 h, salle Marguerite-Bourgeoys du Collège Regina Assumpta. Billets gratuits à réserver ici. 

 

Jonathan Cohen
Jonathan Cohen. (Photo : C. Atwood photographie)

20 août – Clôture du Festival international du Domaine Forget

Pour ce dernier concert du Festival, les Violons du Roy, Marie-Nicole Lemieux, Karina Gauvin, Jean-François Lapointe et Charles Richard-Hamelin seront réunis sous la direction de Jonathan Cohen, dans un programme Mozart, Rossini, Delibes et Saint-Saëns. Le 20 août, 20 h, salle de concert du Domaine Forget. DÉTAILS ET BILLETS

 

Dina Gilbert, chef d'orchestre. (Photo: courtoisie de l'OSE)
Dina Gilbert, chef d’orchestre. (Photo: courtoisie de l’OSE)

L’Orchestre symphonique de Montréal dans les parcs:

19 août: l’OSM au parc Angrignon

L’OSM présente deux concerts gratuits dans les parcs cette semaine, dont le premier au parc Angrignon, dans l’arrondissement du Sud-Ouest. Il s’agit d’un concert inspiré de contes et légendes du monde entier, sous la direction de Dina Gilbert. On entendra des oeuvres de Jacques Hétu, David Martin, Debussy et Rimski-Korsakov. Le 19 août, 19 h 30, Parc Angrignon. DÉTAILS

20 août: l’OSM à Rosemère

Le lendemain, l’OSM se transporte à Rosemère, avec le même programme. Le 20 août, 19 h 30, Parc-École Externat Sacré-Cœur. DÉTAILS

 

Barbara Stolt boathouse chez CAMMAC
Centre musical CAMMAC. (Photo: courtoisie de CAMMAC)

21 août – Klezmer et plus: dernier concert de l’été à CAMMAC

Le son excitant des fusions musicales remplira le Lucy Hall à CAMMAC, tout au long de cette prestation de la violoniste et altiste Elvira Misbakhova, altiste principale de l’Orchestre Métropolitain et du clarinettiste principal de l’OM, Simon Aldrich. Ils seront rejoints par la pianiste canadienne Meagan Milatz pour une heure de musique qui comprendra des œuvres classiques, du tango, de la musique de film et du Klezmer. Le 21 août à CAMMAC Concert : 11h / Brunch : 12h30. DÉTAILS ET BILLETS

 

L'orgue de tribune de l'église Très-Saint-Nom-de-Jésus (Photo : Frédéric Pichette)
L’orgue de tribune de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus a été restauré par Casavant. (Photo : Frédéric Pichette)

Concert d’orgue à l’Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus

La Société des orgues de Maisonneuve présente l’organiste Raphaël Ashby dans des œuvres de Guilmant, Bonnet, Widor et Debussy, tous des compositeurs actifs à Paris au tournant des années 1900. Datant de 1916, l’orgue Casavant de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus est tout indiqué pour mettre en valeur ce répertoire. Le récital débute à 15 h. L’entrée est libre et une contribution volontaire est suggérée. L’église se trouve au 4315, rue Adam, métro Pie IX et autobus 139.

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CRITIQUE | Virée classique: triomphe de Bruce Liu à la Maison symphonique

Par Caroline Rodgers le August 14, 2022

La 9e Virée classique de l'Orchestre symphonique de Montréal se déroule cette fin de semaine et la plus grosse part des concerts avait lieu hier, le samedi 14 août. Une folle journée couronnée par un concert de l'OSM à la Maison symphonique avec Bruce Liu, qui jouait pour la première fois avec l'orchestre depuis sa victoire au Concours Chopin en 2021.

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CRITIQUE | Virée classique: triomphe de Bruce Liu à la Maison symphonique

Critique de Bruce Liu à l’Orchestre symphonique de Montréal

Bruce Liu interprétait la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov avec l’Orchestre symphonique de Montréal, le 13 août 2022, sous la direction de Rafael Payare. (Photo: Antoine Saito)

La 9e Virée classique de l’Orchestre symphonique de Montréal se déroule cette fin de semaine et la plus grosse part des concerts avait lieu hier, le samedi 13 août. Une folle journée couronnée par un concert de l’OSM à la Maison symphonique avec Bruce Liu, qui jouait pour la première fois avec l’orchestre depuis sa victoire au Concours Chopin en 2021.

Pour ce retour triomphal, il a démontré son immense talent devant une salle comble avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov.

Avant d’accueillir le pianiste, l’OSM, interprétait Scorpius, de feu Murray Schafer, une pièce impressionnante, rapide, vibrante, très percussive et franchement géniale, rendue avec virtuosité sous la direction habile de Rafael Payare.

J’avais été fort emballée par le premier récital de Bruce Liu au Québec quatre mois après sa victoire au Concours Chopin, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, en février dernier. Afin d’alimenter ma réflexion de ce lendemain de concert, au petit matin, je relis ma critique d’alors, intitulée « La révélation d’un grand artiste à la fois sage et lumineux ». 

Je soulignais alors ses qualités, l’engagement musical, la fluidité du jeu, sa clarté, sa maturité et cette virtuosité sans effets superflus, des atouts qui se sont encore révélés hier soir. Avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini, on peut également parler d’inspiration et d’un sens poétique qui s’expriment avec naturel, d’une sonorité dosée à la perfection, d’un apport personnel qu’il insuffle à son interprétation avec aplomb mais sans le besoin d’y ajouter quoi que ce soit de théâtral, d’une authenticité artistique qui émeut, et bref, de la beauté et de l’émotion qu’il nous transmet sans filtres. Un artiste sincère et convaincant, sans prétention, que l’on ne se lasse pas d’entendre et de voir jouer, car il sait maintenir notre intérêt du début à la fin.

Cette prestation pour ainsi dire parfaite lui a valu une ovation monstre, laquelle imposait un rappel. Il a joué l’Étude op. 10 no 5 de Chopin, dite « sur les touches noires » avec la dextérité d’un magicien, la légèreté d’un papillon.

Le concert s’est terminé avec les Bachianas brasileiras no 7, d’Heitor Villa-Lobos, pour retourner dans le thème de cette 9e édition: la musique des Amériques. Le Prélude s’avère lourd avec cette imposante masse orchestrale, mais que de plaisir d’avoir sous nos yeux le développement de la majestueuse Fuga.

 

Hao Zhou (violon) et Philip Chiu (piano) ont formé un duo pour la Virée classique. (Photo: Antoine Saito)
Hao Zhou (violon) et Philip Chiu (piano) ont formé un duo pour la Virée classique. (Photo: Antoine Saito)

Violon et piano: Hao Zhou et Philip Chiu

Avant Bruce Liu et l’OSM, j’ai assisté à deux récitals. Le premier était celui d’Hao Zhou, violoniste et lauréat du Concours musical international de Montréal 2019, en compagnie de l’excellent pianiste Philip Chiu. Un récital fort sympathique au programme bien choisi.

Dans un festival, on aime à la fois entendre du répertoire méconnu et des « hits » tels que Libertango, de Piazzolla, qu’ils nous ont servi dans un arrangement imaginatif, échevelé et virtuose signé Zhou, le genre de démonstration faite pour épater la galerie qui serait idéale pour un rappel.

Côté répertoire méconnu, on a entendu une Suite pour violon et piano du compositeur américain William Grand Still, légère et agréable, remplie de mélodies typiquement sudistes, avec un second mouvement tendre et émouvant et une finale en boogie. Le jeu de Hao Zhou est inspiré, communicatif, élégant, doté d’une sonorité magnifique et d’une intonation impeccable. Philip Chiu est fidèle à lui-même: un pianiste qui ne déçoit jamais, car il sait apporter de bonnes idées et donner des couleurs et une touche orchestrale à tout ce qu’il joue.

 

Jonathan Goldman au bandonéon. (Photo: Antoine Saito)
Jonathan Goldman au bandonéon. (Photo: Antoine Saito)

Moment de bonheur avec Piazzolla

Un quintette ad hoc formé de Jonathan Goldman (bandonéon), Sergio Tiempo (piano), James Ehnes (violon), Pablo Bonacina (guitare électrique) et Pablo Seib (contrebasse) nous a permis de vivre un autre moment de bonheur avec la musique d’Astor Piazzolla au Théâtre Duceppe. Un couple de danseurs de tango (Faye Lavin et Bryant Lopez) s’est joint à eux le temps de deux pièces. Comme l’a mentionné Jonathan Goldman, tout ce que nous avons entendu était présenté dans les arrangements originaux du compositeur.

Il est à la fois étonnant et pas étonnant de constater à quel point James Ehnes est à l’aise dans cette musique, étonnant parce qu’on l’associe davantage au classicisme « pur » mais pas étonnant parce qu’il est tellement talentueux qu’il peut jouer n’importe quel répertoire de façon convaincante et émouvante. On a droit à de beaux moments et les échanges entre les musiciens de cet ensemble spontané sont beaux à voir. Ils interprètent notamment la Milonga del Angel, tellement touchante, Soledad, et Adios Nonino. Le public est conquis et on en ressort plus que satisfait.

ll faut toutefois se précipiter pour le concert suivant et les publics de la Maison symphonique et de la salle Wilfrid-Pelletier, (qui fait attendre inutilement les spectateurs de Notre-Dame de Paris à l’extérieur), se heurtent et forment une foule compacte et trop nombreuse entre les salles. Petite pensée craintive pour la Covid-19 avant de replonger dans la musique…

Il ne reste plus qu’un concert à cette Virée: à 13 h, au Théâtre Maisonneuve, Rafael Payare dirigera l’Ensemble de la Virée formé d’une quinzaine de musiciens, dont les solistes invités principaux de cette 9e édition, dans un programme varié incluant la création d’une pièce du Québécois Gilles Bellemarre en conclusion : Trois reels pour orchestre à cordes. DÉTAILS ET BILLETS

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COMMUNAUTÉ | Invitation: Paris 1900 au son de l'orgue

Par Ludwig Van le August 11, 2022

Le dimanche 21 août, la Société des orgues de Maisonneuve présente l’organiste Raphaël Ashby dans des œuvres de Guilmant, Bonnet, Widor et Debussy, tous des compositeurs actifs à Paris au tournant des années 1900.

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COMMUNAUTÉ | Invitation: Paris 1900 au son de l’orgue

Orgue du Très-Saint-nom-de-Jésus (Photo: Frédéric Pichette)

 

Un message de la Société des orgues de Maisonneuve

 

 

Paris 1900 au son de l’orgue

Le dimanche 21 août, la Société des orgues de Maisonneuve présente l’organiste Raphaël Ashby dans des œuvres de Guilmant, Bonnet, Widor et Debussy, tous des compositeurs actifs à Paris au tournant des années 1900. Datant de 1916, l’orgue Casavant de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus est tout indiqué pour mettre en valeur ce répertoire.

Raphaël Ashby est originaire d’East-Angus dans les Cantons-de-l’Est, au Québec. Doté d’une formation variée en sciences humaines et en musique, il est présentement inscrit au doctorat à la Schulich School of Music de l’Université McGill.

Raphaël s’est produit au Canada et aux États-Unis sur des orgues prestigieux, tels ceux de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, du Sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine et de l’église du Très-Saint-Rosaire à Syracuse (NY). Il fait partie du conseil d’administration des Amis de l’Orgue de Montréal et de la Société des orgues de Maisonneuve.

Le récital débute à 15 h. L’entrée est libre et une contribution volontaire est suggérée.
L’église se trouve au 4315, rue Adam, métro Pie IX et autobus 139.

La publication de communiqués comme celui-ci est réservée aux membres de Ludwig van Montréal. Pour savoir comment devenir membres, contactez-nous à caroline@ludwig-van.com 

CRITIQUE | L’OSM au Parc olympique: une soirée mémorable hors des sentiers battus

Critique du concert de l’Orchestre symphonique de Montréal au Parc olympique

Rafael Payare a dirigé l'OSM au Parc olympique, le 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)
Rafael Payare a dirigé l’OSM au Parc olympique, le 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)

Le traditionnel concert annuel de l’Orchestre symphonique de Montréal à l’Esplanade du Parc olympique se déroulait sous le thème des Amériques, hier soir, 10 août, dans une ambiance festive, en toute simplicité avec un programme qui a su nous amener ailleurs.

Dans le passé, il y a eu un peu de tout avec l’OSM au Parc olympique: du tambour japonais (taïko), Rhapsody in Blue avec dix pianistes et Let it Be chanté par la foule avec Marc Hervieux, un hommage aux victimes d’Hiroshima, un chœur monumental pour Carmina Burana, Les Planètes de Holst avec des acrobates et des athlètes en souvenir des J.O de 1976, une version concert de Carmen, le Requiem de Verdi et j’en passe. Au cours des neuf dernières années, j’ai assisté huit fois à cet événement et chaque fois, l’ambiance était différente, selon la température, la foule et les œuvres choisies.

Hier soir, le ciel était dégagé, la température tiède et agréable. Un temps idéal. Nous n’avons pas eu d’évaluation de foule, mais des dizaines de milliers de personnes étaient au rendez-vous.

Le thème de la Virée classique 2022 est celui des Amériques, et les pièces au programme reflétaient ce parti-pris, de même que les solistes invités. À part une courte introduction de Magalie Lépine-Blondeau, rien n’est venu interrompre la musique. Rafael Payare n’est pas le genre à expliquer la musique ni à justifier ses choix au micro. De toute façon, avec un programme chargé totalisant environ 1h30 de musique, on n’a pas le temps pour les discours. Tant mieux.

Le tout commence avec un extrait de la Symphonie no 9 de Dvorak « Nouveau Monde », que l’OSM joue régulièrement et dont le nouveau directeur artistique souligne les contrastes avec force. Tout de suite après, la poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine et le chanteur Jeremy Dutcher, membre de la Première nation malécite de Tobique (Nouveau-Brunswick) arrivent sur scène. Natasha Kanapé Fontaine récite un court poème qui rend hommage au territoire et parle de la nature, du fleuve et de la taïga, dans sa langue autochtone. Le texte est traduit sur les écrans géants. Un moment de calme et de recueillement qui fait contraste et nous interpelle.

Je ne connaissais pas Jeremy Dutcher, et j’ai été fort impressionnée par sa prestation, que je n’oublierai jamais. Il chante Mehcinut, une magnifique pièce traditionnelle en langue wolastoq. C’est une chanson qui prend au cœur par sa mélodie et l’ambiance qu’elle crée, même si on ne comprend pas les paroles. La voix du chanteur est unique, envoûtante. Des musiciens de l’OSM l’accompagnent discrètement, notamment les violoncelles. Je suis tellement subjuguée par sa présence que j’oublie de regarder l’écran pour connaître la signification des mots. Émouvant et inoubliable.

 

Pacho Flores, trompettiste, était l'invité de l'OSM au concert du Parc olympique, 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)
Pacho Flores, trompettiste, était l’invité de l’OSM au concert du Parc olympique, 10 août 2022. (Photo: Antoine Saito)

Concerto venezolano

Le moment qui va suivre est tout aussi marquant: le Concerto venezolano pour trompette et orchestre du compositeur cubain Paquito D’Rivera, avec le trompettiste vénézuélien Pacho Flores, qui l’interprète sur pas moins de quatre instruments. Tout un virtuose! Il est aussi accompagné d’un joueur de cuatro (petite guitare) Héctor Molina, dont le solo lui vaudra des acclamations de la foule.

Assez long, le concerto de D’Rivera est complexe et semble monstrueusement difficile, mais Pacho Flores est un trompettiste exceptionnel. Mélange d’influences jazz et latino avec des moments tendres et d’autres plus endiablés, c’est un énorme succès et le temps fort du concert. Dans la foule, un spectateur assis dans les premières rangées brandit un drapeau du Venezuela, et Rafael Payare le salue de la main lors des applaudissements.

La suite West Side Story est un excellent choix pour cette soirée américaine et le concert aurait pu s’arrêter là. Rafael Payare, en pleine forme, semble bien s’amuser. On allonge toutefois le programme en présentant Honey and Rue « The Town is lit » d’André Prévin, avec la charismatique soprano de Trinité-et-Tobago Jeanine de Bique, qui sera également en récital demain à la Virée classique. Une chanteuse spectaculaire à la voix puissante et expressive, un peu perçante dans les aigus.

Pour conclure, on entendra une œuvre fort intéressante d’un compositeur que j’avoue découvrir grâce à ce concert: Santa Cruz de Pacairigua, du vénézuélien Evencio Castellanos. Atmosphères changeantes, couleurs orchestrales rappelant par moments Gershwin, la pièce est une vaste fresque ou plutôt, une courtepointe d’idées assemblées dans un tout cohérent.

En conclusion, ce deuxième concert dirigé par Rafael Payare au Parc olympique sortait des sentiers battus en nous présentant un programme où des nouveautés et des solistes aux origines variées nous ont amené un vent de fraîcheur pour renouveler cette tradition chère à nos cœurs. On est ailleurs avec Rafael Payare, qui amène l’OSM vers une modernité pertinente par ses choix artistiques audacieux, son style et sa philosophie.

La Virée classique se poursuit tout le weekend avec quelque 24 concerts d’artistes d’ici et d’ailleurs, dans les différentes salles de la Place des arts, ainsi que des événements gratuits sur la rue Sainte-Catherine et au Complexe Desjardins. DÉTAILS ET BILLETS

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DOSSIER | Cinq compositrices baroques remarquables que vous devriez connaître

Des compositrices baroques remarquables à découvrir

Leonora Duarte (image sous licence CCOC 4.0 International); Elisabeth Jacquet de la Guerre (image domaine public); Barbara Strozzi (image domaine public)
Leonora Duarte (image sous licence CCOC 4.0 International); Elisabeth Jacquet de la Guerre (image domaine public); Barbara Strozzi (image domaine public)

S’il faut se fier à leur représentation dans les programmes de concerts actuels, on pourrait penser, à tort, qu’il n’y avait pas de compositrices à l’époque baroque, soit de 1600 à 1750. 

Bien que la société européenne de cette époque n’ait pas encouragé les femmes à être autre chose que des épouses et des mères, un nombre tout de même surprenant d’entre elles ont réussi à se tailler une place comme compositrices et musiciennes.

À une époque où il n’y avait aucune opportunité pour les femmes, de riches mécènes les ont parfois soutenues pour qu’elles composent, et même, parfois, publient leurs œuvres.

Malheureusement, l’argent n’a pas suffit à empêcher leur travail de tomber dans l’oubli, parfois durant des siècles, après leur mort. Comme ce fut le cas pour Joseph de Bologne et d’autres compositeurs noirs, la musique écrite par ces femmes a été négligée et s’est plus ou moins perdue avec le temps.

Voici cinq compositrices baroques remarquables que vous devriez connaître:

Francesca Caccini (1587-1640)

 

 

Fille du compositeur de la Renaissance Giulio Caccini, Francesca Caccini fut influente à son époque, mais peu de ses œuvres ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Elle composait dans un style innovateur pour son temps, et à aidé à propulser la musique de la Renaissance vers les débuts du Baroque. On lui attribue d’avoir été la première femme à composer un opéra entier, intitulé La liberazione di Ruggiero dall’isola d’Alcina. Il a été présenté pour des visiteurs royaux en 1625. On lui attribue également l’écriture de plus de 15 ouvrages de scène, et « la Cecchina » comme on l’appelait, était aussi une chanteuse accomplie, jouait du luth, enseignait, et était poète. Elle a travaillé pour la famille des Médicis à Florence, et à un certain point, était devenue la musicienne la mieux payée à la cour du grand duc.

 

Leonora Duarte (1610-1678 approx)

 

En 1641, l’écrivain anglais John Evelyn visitait le domicile de la famille Duarte, à Antwerp. Il écrit « En soirée, j’ai été invitée par Signor Duerts, de nationalité portugaise…et ses trois filles nous ont diverti avec de la musique rare, tant vocale qu’instrumentale. » La voix de Leonora, en particulier, a été remarquée. Les Duarte étaient des juifs portugais convertis au catholicisme pour éviter d’être persécutés, et le père de Leonora était un marchand de diamant ainsi qu’un musicien amateur. Leur maison familiale devint un centre important pour les musiciens et les artistes de la ville. Leonora a composé de la musique pour les visiteurs importants, comme William Cavendish, Duc de Newcastle. Parmi ses œuvres, une série de Sinfonia a survécu jusqu’à nos jours.

 

Barbara Strozzi (1619-1677)

Au milieu des années 1600, on dit que Barbara Strozzi était la compositrice la plus prolifique de musique vocale profane imprimée à Venise. Avec ses œuvres sacrées, sa musique profane forme un corpus principalement écrit pour la voix. Barbara elle-même était considérée comme une chanteuse de grand talent, et venait d’une famille créative. Son père adoptif était le poète Giulio Strozzi, et elle avait régulièrement l’occasion de rencontrer des artistes, des auteurs, et des musiciens. Le compositeur vénitien Nicolò Fontei la surnommait la virtuossima cantatrice. Née en dehors du mariage, elle ne s’est jamais mariée. Après la mort de son père, elle est devenue compositrice professionnelle et ses pièces totalisent huit volumes. L’un de ses petits caprises était de souvent inclure un jeu de mot sur son propre nom dans ses cantates et ses arias.

 

Isabella Leonarda (1620-1704)

Entrée au couvent à 16 ans, Isabella Leonarda ne l’a jamais quitté, consacrant sa vie à la composition et à l’enseignement. Elle a été l’une des rares compositrices de son temps à écrire de la musique tant instrumentale que vocale. Ses Sonates, op. 16 sont la première publication de sonates instrumentales par une femme en 1693. En plus de devenir abbesse, elle est l’une des compositrices les plus prolifiques de son temps. On lui attribue plus de 200 compositions. Elle a également enseigné la musique au Collegio di Sant’Orsola, un couvent de Novare où elle a aussi été Mère Supérieure. Figure publique imminente de son temps, son nom fait même partie d’un bottin des « VIP » de Novare.

 

Élisabeth Jacquet de la Guerre (1665-1729)

Née au sein d’une famille de facteurs de clavecin et d’organistes, Élisabeth (ou Lisbeth) Jacquet a déjà une expérience appréciable comme instrumentiste lorsqu’elle joue, à cinq ans, à la cour de Louis XIV. En 1684, elle épouse l’organiste reconnu Marin de la Guerre, et devient musicienne, professeur et compositrice à Paris. Élisabeth compose des suites pour clavecin, et devient la première femme française à composer un opéra complet. Elle croit que les mots sont aussi importants que la musique. En 1715, dans la préface d’un recueil de ses Cantatas françoises, elle écrit « Je suis convaincue que la musique vocale qui n’exprime pas ce qui est chanté ne gagnera pas la faveur de ceux dont le goût et la compréhension vont main dans la main. » À son époque, on dit qu’elle n’arrive qu’après Jean-Baptiste Lully, compositeur de la cour.

Cet article a d’abord été publié en anglais sur Ludwig van Toronto. Il a été traduit et adapté par Caroline Rodgers. Pour lire la version originale, cliquez ici. 

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CRITIQUE | Yourcenar: cette île dépourvue de passions

Stéphanie Pothier et Hugo Laporte dans Yourcenar: une île de passions, 2022. (Photo: Kevin Calixte)
Stéphanie Pothier et Hugo Laporte dans Yourcenar: une île de passions, 2022. (Photo: Kevin Calixte)

Après le Festival d’opéra de Québec, Yourcenar: une île de passions était présenté en première à Montréal hier soir, salle Pierre-Mercure, par l’Opéra de Montréal. L’opéra d’Éric Champagne sur un livret d’Hélène Dorion et de feu Marie-Claire Blais raconte des moments dans la vie de l’écrivaine Marguerite Yourcenar. 

L’œuvre, en deux actes, dure près de deux heures. Le titre est trompeur, car il y a peu de passion dans cette histoire, bien qu’elle présente deux relations de la femme de lettres, soit celle avec sa compagne et traductrice Grace Frick, avec qui elle vit sur une île, dans le Maine, et la seconde,  une relation que l’on pourrait qualifier de codépendance platonique avec un jeune réalisateur, Jerry Wilson.

S’il faut mettre le doigt sur ce qui cloche dans l’œuvre, je le pointerais du côté du livret, problématique à plusieurs égards, et ce, surtout au premier acte. Il est difficile de croire que deux écrivaines renommées ont signé ce texte qui, s’il a ses moments forts, ressemble souvent à un synopsis, de par son caractère platement descriptif.

Souvent, les personnages décrivent ce qu’ils font au lieu de le vivre et de nous le montrer. Tout le contraire du « show, don’t tell », devise d’écrivain ou principe narratif qui consiste à faire comprendre ce qui se passe au lecteur (ou dans le cas d’une pièce de théâtre, au spectateur) par déduction et observation, en lui montrant par divers procédés, pour qu’il saisisse le sens de l’histoire. C’est une biographie chantée qui comporte peu de substance, de métaphores, de symbolisme et de niveaux de lecture. Sans parler de l’absence de tension dramatique.

À l’exception de Yourcenar, les personnages ont peu de profondeur. On ne sait pas ce qu’ils ont dans le cœur, on ne sait pas s’ils ont des tripes. Et quel est le message? La réflexion? On ne sait pas trop. Marguerite Yourcenar a existé, elle avait des conflits intérieurs, elle a aimé des gens, elle a vécu du sexisme de la part des autres Académiciens, mais encore? Le chœur, dont le rôle consiste principalement à servir de narrateur, renforce cette impression avec des phrases dignes de Wikipédia, comme « Yourcenar est la première femme élue à l’Académie française ». Merci!

Au premier acte, Marguerite et Grace sont seules sur l’île. Il ne se passe rien, il n’y a pas de décor, tout est gris, beige et statique, sauf heureusement, la musique. Certes, on ne s’attendait pas à ce que la vie de l’écrivaine française soit très rocambolesque, mais il existe une multitude de stratégies d’écriture pour mettre de la magie et des niveaux dans une histoire afin de stimuler l’imagination et l’intérêt de l’auditoire. Bien entendu, les autrices ont le droit d’écrire comme elles veulent, mais on a aussi le droit de trouver cela ennuyeux.

On a un peu l’espoir de voir enfin naître une intrigue lorsque Marguerite, recevant une malle, trouve le manuscrit des Mémoires d’Hadrien. Si cela avait été un film, c’est par cette scène prometteuse que le scénariste aurait commencé. Mais dans un souci presque didactique, on passe vite à autre chose pour démontrer l’engagement politique et les convictions pacifistes et environnementales de Yourcenar au lieu d’exploiter pleinement le filon du manuscrit retrouvé.

Le deuxième acte est mieux, car une intrigue (tout de même assez mince) se forme, avec de véritables dialogues. On se transporte sur un bateau de croisière. Le moment le plus touchant est celui où une chanteuse (incarnée par Suzanne Taffot, sublime et magnétique) illumine la scène, sous un ciel étoilé créé par des projections, avec un air qui rappelle un peu Vissi d’arte. Il est tout de même ironique que l’un des moments touchants d’un opéra contemporain soit un clin d’œil à la musique du passé.

La musique

Éric Champagne est un compositeur talentueux et expérimenté, cela s’entend dans la partition d’orchestre, jouée avec grand art par Les Violons du Roy, sous la direction efficace et minutieuse de Thomas Le Duc-Moreau. Une partition qui respire, qui a sa propre vie, dense, pleine de relief et de beauté, avec des lignes remarquables, entre autres pour la flûte et le violoncelle. L’écriture pour la voix est toutefois assez  redondante et il me semble qu’à l’occasion, l’emphase est placée sur les mauvais mots ou les mauvaises syllabes.

Les interprètes

À toute la distribution, je dis « chapeau » d’avoir réussi à insuffler de la vie à ce texte anémique. Les chanteurs et chanteuses sont irréprochables. Stéphanie Pothier, digne et solide dans le rôle-titre, est admirable. Sa voix est chaude, maîtrisée, magnifique. Kimy McLaren est tout aussi excellente dans le rôle de Grace. Quant à Hugo Laporte (Jerry), il prouve une fois de plus qu’il peut être crédible dans des rôles très variés, d’Escamillo à ce jeune éphèbe en passant par la comédie musicale et le Fantôme de l’opéra, et bien d’autres. Quel talent.

Les personnages secondaires sont aussi fort bien rendus par Pierre Rancourt (le capitaine du bateau), Jean-Michel Richer (Daniel), Suzanne Taffot (la chanteuse), tandis que le chœur apporte du mouvement à l’ensemble.

La mise en scène d’Angela Konrad est minimaliste et dispose de peu de moyens, mais le tout passe bien, avec de beaux éclairages et des projections judicieuses.

Y aller ou ne pas y aller?

Une seconde représentation a lieu le 6 août, 19 h 30, salle Pierre-Mercure.

Allez-y si vous êtes cet opéravore qui veut tout voir, ce mélomane patriotique qui veut encourager notre opéra, ce lecteur qui aime Marguerite Yourcenar.

N’y allez pas si votre but est de vivre ces émotions, ces questionnements, cet enchantement et ce mystère que l’art nous apporte lorsque toutes les étoiles sont alignées.

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ENTREVUE | Domaine Forget: de grands moments à vivre d’ici la fin de l’été

Marc Hervieux, Arianne Moffatt et Jonathan Cohen sont au nombre des artistes présents au Festival international du Domaine Forget de Charlevoix 2022. (Photos: Julien Faugère, courtoisie, Atwood Photography)
Marc Hervieux, Arianne Moffatt et Jonathan Cohen sont au nombre des artistes présents au Festival international du Domaine Forget de Charlevoix 2022. (Photos: Julien Faugère, courtoisie, Atwood Photography)

Les prochains jours seront parmi les plus palpitants de l’été au Domaine Forget de Charlevoix, avec le weekend Arts sans frontières. Et si vous hésitez encore à vous déplacer, Marc Hervieux, porte-parole, a des arguments très convaincants.

Bien que très occupé entre son nouveau Café des bons vivants, à Sainte-Adèle, ses spectacles, sa famille et autres, le ténor, animateur et futur directeur général du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec a trouvé le temps de me parler cette semaine.

Je lui demande d’emblée ce qu’il dirait pour convaincre quelqu’un qui n’est encore jamais allé au Domaine Forget de Charlevoix.

« Je leur dirais que cet endroit, c’est plusieurs grands plaisirs de la vie réunis, dit-il. Le premier plaisir c’est de se promener au Québec et de voir des paysages spectaculaires, pour s’y rendre. Tout au long du trajet, c’est tellement magnifique! Et une fois sur place, on va être estomaqué de voir une aussi belle salle de concert au beau milieu de Charlevoix, où on ne s’y attendrait pas nécessairement. Et là on va se rendre compte qu’il y a un festival qui dure tout un été, avec plusieurs concerts par semaine et une grande diversité, à l’intérieur de la musique classique comme à l’extérieur, c’est-à-dire en allant aussi vers d’autres styles musicaux. Tout est là! Quels que soient nos goûts en classique, on y trouvera son compte car c’est une offre immense. Et c’est une offre pas seulement artistique mais aussi touristique, avec les produits locaux, et des gens très accueillants dans la région. »

Au menu du Weekend Arts sans frontières

Du 5 au 7 août, c’est le Weekend Arts sans frontières, la fin de semaine la plus courue du Festival international du Domaine Forget de Charlevoix, de retour en force après une interruption forcée par la pandémie. Au menu, des activités culturelles gratuites pour les petits et les grands : musique, danse, arts visuels et bouffe de rue…

Vendredi, le concert d’ouverture de ce weekend nous permettra d’entendre Kerson Leong, Violaine Melançon, David Gillham (violons); Marina Thibeault (alto); Marc Coppey, Elizabeth Dolin, Thomas Wiebe (violoncelles) et Marc-André Hamelin, piano, à 16 h. Ils joueront des œuvres de Brahms et de Glazunov.

À 20 h, Marc-André Hamelin remonte sur scène pour un récital C.P.E. Bach, Hamelin et Beethoven.

Toute la journée de samedi, des spectacles sont proposés à compter de 11 h, notamment de la danse flamenco et du jazz avec le phénoménal pianiste Taurey Butler. Samedi soir, le concert de l’Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Simon Leclerc avec Marc Hervieux, Florence K et Laurence Jalbert affiche déjà complet.

Dimanche, deux récitals de musique de chambre gratuits nous seront offerts avec Cameron Crozman et Meagan Milatz (11 h) et le Trio Hochelaga (13h30) ainsi qu’un spectacle de danse flamenco avec Audrey Gaussiran, à 14h30.

Ariane Moffatt au Domaine Forget

Ce Weekend sans frontières sera couronné par un grand concert extérieur gratuit avec Ariane Moffatt et ses amis: à la guitare, Joseph Marchand, à ses côtés depuis l’album Aquanaute, à la batterie, Jean-Phi Goncalves, réalisateur de l’album Tous les sens, aux claviers, Alex McMahon, et finalement, à la basse, grande amie depuis les bancs d’école en musique : Marie-Pierre Arthur! Un spectacle « pop et dansant » composé des plus grands succès d’Ariane Moffatt.

 

Jonathan Cohen
Jonathan Cohen. (Photo : C. Atwood photographie)

Le Festival jusqu’au 20 août

Le Festival international du Domaine Forget de Charlevoix se poursuivra ensuite jusqu’au 20 août, avec de nombreux événements d’ici le grandiose concert de clôture:

Grand concert de clôture avec les Violons du Roy

Les Violons du Roy, sous la direction de Jonathan Cohen, accueillent Karina Gauvin, soprano, Marie-Nicole Lemieux, contralto, Jean-François Lapointe, baryton, et Charles Richard-Hamelin, pianiste. Que demander de mieux?

Au programme: des airs de Mozart, Rossini, Delibes, et Saint-Saëns, ainsi que le Concerto pour piano no 20 de Mozart.

DÉTAILS ET BILLETS

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COMPTE-RENDU | Près de 50 000 personnes pour l’Orchestre Métropolitain au Mont-Royal

Yannick Nézet-Séguin dirigeait l'Orchestre Métropolitain au pied du Mont-Royal, 2 août 2022. (Photo: Sylvain Légaré)
Yannick Nézet-Séguin dirigeait l’Orchestre Métropolitain au pied du Mont-Royal, 2 août 2022. (Photo: Sylvain Légaré)

Près de 50 000 personnes se sont déplacées pour entendre l’Orchestre Métropolitain, qui donnait son grand concert gratuit au pied du Mont-Royal, hier soir, 2 août 2022.

Ce chiffre est une estimation donnée par la Ville de Montréal. Sous un ciel sans nuage mais avec un petit vent frisquet, cette vaste foule attentive a donc passé une belle soirée, mais il fallait avoir une veste ou un chandail.

C’est un chef en pleine forme que l’on a vu monter sur scène, en tenue décontractée, après une introduction de Pénélope McQuade. Tout au long du concert, Yannick Nézet-Séguin, de bonne humeur, a commenté les différentes pièces au programme avec entrain et une bonne dose d’humour, sans oublier quelques moments de réflexion.

Savamment orchestrée, l’Ouverture « Ville cosmopolite », d’Airat Ichmouratov, est une pièce explosive, spectaculaire et parfaite pour ce genre d’événement, avec moult trompettes et autres cuivres, ainsi qu’un petit intermède de rigaudon et de cuillères.

 

L'Orchestre Métropolitain a attiré près de 50 000 personnes au pied du Mont-Royal, selon la Ville de Montréal. (Photo: Sylvain Légaré)
L’Orchestre Métropolitain a attiré près de 50 000 personnes au pied du Mont-Royal, selon la Ville de Montréal. (Photo: Sylvain Légaré)

C’est suivi d’un mouvement de la Symphonie no 3 de Louise Farrenc (1804-1875), compositrice peu jouée que l’on réhabilite depuis quelques années. Une écriture dynamique et fluide soutient des mélodies qui maintiennent l’intérêt sur le moment, mais dont aucune ne m’est restée en tête après le concert.

La pièce Eko-Bmijwang (Aussi longtemps que la rivière coule), de Barbara Assiginaak, est une merveille. On l’avait déjà entendue à la Maison symphonique lors du concert de début de saison de l’OM, en octobre dernier. Elle m’avait fait une forte impression, et j’écrivais alors « Très inspirée, la compositrice démontre à la fois une grande créativité, avec des idées originales, et un savoir-faire, une maîtrise de l’écriture orchestrale pour traduire ses idées en couleurs et en atmosphères qui nous transportent dans cet univers d’une nature remplie de mystère qu’elle a créé. »

Cette deuxième audition confirme ma première impression, et j’ajouterais seulement que le contexte, de soir, dans un immense parc, était tout à fait propice à son écoute.

La Cinquième de Beethoven était évidemment très attendue du public. J’ai été très surprise par le traitement du célèbre motif de quatre notes, jouées de façon carrée avec le point d’orgue de la quatrième note, disons, absent…

Dans un sens, c’était une soirée de retrouvailles pour l’OM avec le public estival, puisque ce rendez-vous n’avait pas eu lieu depuis deux ans. On peut parler d’une grande réussite et d’une histoire d’amour qui se poursuit.

Notre prochaine rencontre avec l’OM aura lieu ce weekend, pour les deux concerts finaux du Festival international de Lanaudière, soit Wagner épique, et le concert de clôture avec Hélène Grimaud. 

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