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CRITIQUE | Requiem allemand de l'OSM : la reproduction historique au prix de l'émotion

Par Béatrice Cadrin le 5 avril 2026

Le Chœur et l'Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Kent Nagano. (Photo : Gabriel Fournier)
Le Chœur et l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Kent Nagano. (Photo : Gabriel Fournier)

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et son Chœur, dirigés par Kent Nagano, présentaient vendredi soir la première de deux représentations d’un concert ayant comme œuvre principale le Requiem allemand de Brahms, présenté en deux versements, chaque portion étant suivie d’une sélection de trois ou quatre courts extraits d’autres œuvres sacrées ou d’expression contemplative.

Le Chœur

Le Chœur, préparé par Andrew Megill, s’est montré en grande forme, à la fois puissant et subtil. Les pupitres étaient égaux et bien fondus. Le timbre était plein et vibrant, même dans les fortissimos, comme le climax à l’unisson du deuxième mouvement, « Denn alles Fleisch es ist wie Gras« , dont la puissance avait de quoi donner des frissons. Plus loin, la victoire sur la mort et l’enfer (« Tod, wo ist Dein Stachel, Hölle, wo ist Dein Sieg« ) du sixième mouvement est demeurée cependant un peu trop jolie, n’osant semble-t-il pas pousser jusque dans la fureur et la provocation.

La revanche des consonnes

Pour une fois, vous ne lirez nulle part que le chœur escamotait les consonnes : au contraire, il les attaquait presque avec hargne, clairement déterminé à ne se faire reprocher aucune mollesse de ce côté. Comme souvent dans la vie, le pendule a basculé dans l’autre excès : se faire réconforter (« geTTRRösteTTT!!!« ) avec cette intensité, c’était un peu comme se faire asséner un coup de poêle sur la tête pour oublier ses soucis. Je caricature, bien sûr, et en fait, je me réjouis de cette clarté de la prononciation – nul doute qu’un petit adoucissement permettra d’atteindre le proverbial juste milieu la prochaine fois.

 

Johannes Kammler (Photo : Gabriel Fournier)
Johannes Kammler (Photo : Gabriel Fournier)

Johannes Kammler

La voix du baryton invité Johannes Kammler est tout à fait appropriée pour le rôle qui lui est confié par Brahms. Par contre, la connexion entre le soliste et le chœur était ténue, les deux chantant en parallèle, c’est-à-dire ensemble, mais pas en symbiose.

L’orchestre

L’orchestre, à l’image du chœur, a joué avec beaucoup de définition et d’équilibre, optant pour l’impact de la précision et de l’ampleur souple, plutôt que celui de la force sans retenue : les cuivres, spécifiquement, ont fait preuve de mesure, tenant compte des rapports de force existant entre les instruments à l’époque de Brahms.

Dans l’ensemble, l’exécution, pourtant empreinte de grandes qualités, souffrait d’un certain aspect « fabriqué », manquant d’abandon et de naturel.

Le programme

Le programme disparate reproduisait celui du concert du Vendredi Saint 1868 à la Cathédrale de Brême, alors que Brahms dirigeait la première audition des six mouvements d’origine de son Requiem allemand (le cinquième mouvement, avec le solo de soprano, a été ajouté plus tard). Regroupés en deux groupes de trois, les mouvements du Requiem étaient entrecoupés d’œuvres courtes pour voix, violon et orgue (interprétées à la Maison symphonique par la mezzo-soprano Paula Murrihy, le violoniste Alexander Janiczek, qui jouait Bach dans un style romantique chargé de glissandos, comme ce qu’aurait connu Brahms, et l’organiste Jean-Willy Kunz).

 

Alexander Janiczek et Paula Murrihy (Photo : Gabriel Fournier)
Alexander Janiczek et Paula Murrihy (Photo : Gabriel Fournier)

Je ne peux pas dire que j’ai trouvé l’expérience concluante. Les extraits de concertos pour violon de Bach et Tartini et des Kinderszenen de Schumann, transcrits pour violon et orgue, le « Erbarme dich, mein Gott » de la Passion selon saint Matthieu et les trois extraits du Messie de Haendel (« I know that my Redeemer liveth », « Behold the Lamb of God » et l’inévitable « Hallelujah », chantés en allemand dans la version orchestrée par Mozart), toutes des pièces en soi intéressantes et exécutées par des interprètes de haut niveau, étaient cependant réduites au niveau d’interruptions hétéroclites sans substance. Je me suis plus sentie privée de l’expérience profonde qu’aurait pu offrir une interprétation intégrale du Requiem allemand comme on le connaît aujourd’hui, qu’enrichie d’une nouvelle perspective acquise par l’immersion dans la reproduction d’un événement historique.

D’un aspect purement logistique et environnemental, je trouve également peu pertinent de faire venir un violoniste de Londres et une chanteuse de Francfort pour leur confier des interventions aussi anodines, mais c’est là une considération qui tarde vraiment à être intégrée dans les critères de programmation.

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Béatrice Cadrin
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