
Wood-Alder Barthelmy et Yosra Zaazaa, les jeunes modèles incarnant Roméo et Juliette sur l’affiche du spectacle-concert du 29 mars prochain, ne sont pas les descendants de famille rivales prises dans un cercle vicieux de haine et de vengeance, mais au contraire deux étudiant·e·s d’institutions voisines et amies, les conservatoires de musique et d’art dramatique de Montréal. Hébergées sous le même toit rue Henri-Julien, les deux institutions s’unissent pour présenter un événement-bénéfice hors du commun dont les profits serviront à soutenir leurs populations étudiantes respectives.
Les raisons derrière cette initiative de Luc Chaput, directeur du Conservatoire de musique, et de Catherine Richer, directrice du Conservatoire d’art dramatique, sont d’une part rationnelles : leur collaboration permet de présenter un événement d’envergure à moindre coût.
Mais pour une fois, la modération financière et les objectifs pédagogiques sont en accord. Car la multidisciplinarité est dans l’air du temps, et en organisant ce projet conjoint, les directions avouent être à la remorque de leurs propres étudiant·e·s, pour qui ces initiatives croisées se font naturellement : une étudiante du conservatoire d’art dramatique a rédigé le livret pour l’opéra d’un étudiant en composition; un band jazz de cinq instrumentistes agrémentait récemment la création théâtrale d’un étudiant en art dramatique; des étudiant·e·s en musique électroacoustique sont régulièrement invité·e·s à imaginer des trames sonores pour les créations théâtrales de leurs ami·e·s.
« Nous, on a de la difficulté à le faire, à cause de nos contraintes d’horaire : on travaille fort à arrimer tout ça, mais eux le font naturellement! La communication se fait au-delà de nos volontés à nous de réunir nos conservatoires, et je crois que c’est un gage de vitalité », se réjouit Catherine Richer.
L’histoire de Roméo et Juliette s’est rapidement imposée pour cette relance de l’événement-bénéfice de la Fondation du Conservatoire de musique et d’art dramatique, grâce entre autres à la richesse du répertoire musical qu’elle a inspiré. Des scènes choisies du drame de Shakespeare, adaptées par Rébecca Déraspe, seront entrelacées avec des extraits de la musique de ballet composé par Prokofiev, les deux médiums se relayant en quelque sorte pour raconter le récit.
La mise en espace imaginée par la metteure en scène Marie-Ève Milot ne se limite pas à l’espace traditionnel offert par la scène, où trônera l’orchestre, mais exploite les différents étages de la Maison symphonique, variant les endroits d’où interviendront les acteurs et actrices, vêtu·e·s de costumes contemporains.
Cette réactualisation urbaine de la pièce rappelle une autre célèbre adaptation de la pièce de Shakespeare par l’équipe formée de Jerome Robbins, Arthur Laurent, Stephen Sondheim et Leonard Bernstein. L’Orchestre du Conservatoire, placé sous la direction de Simon Rivard, interprétera justement en première partie de programme les Danses symphoniques de West Side Story. Le Premier concerto pour cor de Richard Strauss suivra, interprété par le gagnant du Concours de concerto du Conservatoire Guillaume d’Aragon. Il s’agira pour celui-ci d’un point culminant marquant avant de suspendre ses études pour entrer en poste à l’Orchestre symphonique de Québec.
Fondation du Conservatoire
Les profits de la soirée, récoltés par la Fondation du Conservatoire de musique et d’art dramatique, seront entièrement redistribués aux étudiant·e·s des deux conservatoires montréalais sous formes de bourses et d’aides financières selon les modalités spécifiques à chaque institution.
Le Conservatoire de musique distribue annuellement près de 90 000 $ en bourses, des bourses d’excellence et d’aide aux projets distirbuées lors du palmarès de fin d’année aux différentes bourses d’aide financière et des bourses d’attraction et de rétention.
Le Conservatoire d’art dramatique distribue pour sa part deux bourses majeures accordées par soumission de projet, soit une bourse de lancement et une bourse d’engagement citoyen. La Fondation soutient également le séjour annuel des étudiant·e·s de 2e année au Festival d’Avignon, en France, ainsi que des tournées dans d’autres régions de la province, comme la plus récente dans la Vallée de l’or.
Enthousiastes face à ce premier événement-bénéfice conjoint, Luc Chaput et Catherine Richer sont persuadé·e·s qu’il ne s’agit que d’un début et se félicitent de cette relance de la Fondation après les années difficiles de la pandémie et une refonte complète du conseil d’administration.
Luc Chaput n’hésite pas à voir une leçon dans cette mise en commun : « Chaque conservatoire est un microcosme où se mélangent différentes origines et croyances, mais où on travaille avec les forces de chacun. Tant qu’il y a des jeunes qui s’intéressent à l’art et à la culture, il y a de l’espoir pour l’humanité! »
LE 29 MARS, 14 H 30, MAISON SYMPHONIQUE DÉTAILS ET BILLETS