
Après Cosi fan tutte l’année dernière, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) proposait hier soir la version concert des Noces de Figaro de Mozart. Cette formule en concert raffinée et mieux développée que celle de l’année dernière fait par là ses preuves et confirme qu’il est possible de réaliser des événements lyriques de grandes qualités à la Maison symphonique.
Une distribution en or
Déjà, côté qualité, on a été gâté par une distribution de haut vol! Dans le rôle-titre, Ildebrando D’Arcangelo est tout bonnement parfait. Il est autant agile vocalement que théâtralement, et il propose un Figaro sautillant et rusé, amusant et complice, mais surtout très humain, étayant une gamme d’émotions riches et subtiles. Et quelle voix! On est vraiment envouté par son timbre riche et sa projection puissante.
Le reste de la distribution n’a pas à pâlir devant lui! Luca Pisaroni est un Comte d’autorité, qui fait preuve aussi d’un sens du jeu solide. Il est couplé à Masabane Cecilia Rangwanasha qui offre toute la noblesse souhaitée au rôle de la Comtesse. Son interprétation de l’aria Dove sono a été un moment de pure beauté.
Soulignons aussi le Cherubino d’Avery Amereau, musicalement solide mais surtout bien dosé dans le jeu (c’est facile de surjouer l’effervescence adolescente de ce personnage, et Amereau ne tombe pas dans le piège).
Le cas d’Anna Prohaska, qui incarnait Suzanna, est intéressant. Durant les deux premiers actes, elle ne nous a pas impressionné outre mesure. Vocalement correcte, sans plus, et au jeu un peu terne, elle a semblé s’éveiller et s’épanouir après la pause, transformant sa performance en quelque chose de plus pétillant et de plus sensible. La fameuse Canzonetta Sull’ aria de l’acte 3, chanté en duo avec la Comtesse, nous a fait frissonner de plaisir tant le contraste de couleur des deux sopranos s’agençait avec délice.
Pour les petits rôles secondaires, rien de secondaire! Robert Pomakov (Don Bartolo), Angelo Moretti (Basilio / Don Curzio), Geoffroy Salvas (Antonio) et Carole-Anne Roussel (Barbarina) était tous·tes excellent·e·s. Mais la grande surprise, c’est Dorothea Roschmann en Marcellina : une interprète de cette trempe dans un petit rôle de la sorte, c’est un grand luxe, mais c’est surtout une belle leçon d’art! Il n’y a pas de petits rôles, il n’y a que des petits interprètes. Ici, Roschmann dévoile l’impérialité de son art avec une voix toujours aussi magnifique, couplé à une présence scénique investie et naturelle. Elle a pratiquement volé la vedette, c’est tout dire!
Les courtes contributions du petit chœur, solide, ont été livrées avec prestige et panache.
Une formule qui fonctionne
En version concert, le principal avantage de présenter un opéra à la Maison symphonique est que l’acoustique y est infiniment meilleure qu’à Wilfrid-Pelletier. Ainsi, ce que l’on perd en spectacle à grand déploiement gagne en richesse et en raffinement musical.
Mais on ne perd pas nécessairement en théâtre. On utilise ici le terme de « version concert », mais il y a néanmoins beaucoup de mise en scène. Il y a bel et bien un spectacle à voir. En fait, il n’y a juste pas de décors à voir! Le metteur en scène Oriol Tomas a dirigé les artistes avec acuité et réussi avec trois fois rien (une armoire, une chaise, un porte-manteau, et des costumes agréables) à raconter l’histoire et à nous faire voir l’œuvre de Mozart.
La formule comporte aussi une narratrice (magnifique et efficace Madeleine Sarr, à la voix envoutante et à la diction impeccable) qui compense les petites coupures (essentiellement dans les récitatifs) par des épisodes qui permettent de ne pas briser le fil narratif et de garder le rythme du spectacle. Il faut souligner la grande intelligence de ce texte, brillamment imaginé par Mani Soleymanlou, dans lequel perce des pointes ironiques sur les jeux de rôles et de classes que mettent en lumière cet opéra. Quand l’intelligence est au rendez-vous, on ne peut qu’être comblé!
Et du rythme, la soirée n’en manquait pas! Rafael Payare dirigeait avec enthousiasme cette partition, tout en étant à l’écoute de ses interprètes vocaux, qu’il soutenait avec attention et sensibilité. Et franchement, quel plaisir d’entendre l’opéra accompagné par un orchestre aussi magnifique (les vents étaient splendides, et plus particulièrement les bassons, véritables étoiles du match). Pour les quelques récitatifs qui n’ont pas été retranchés, le duo formé d’Esther Gonthier au pianoforte et d’Anna Burden au violoncelle a été impeccable.
Cette soirée a été du bonbon, et on souhaite ardemment que d’autres opéras soient présentés en version concert à la Maison symphonique, et ce dans d’aussi bonnes conditions, afin que les amateur·e·s d’art lyrique puisse jouir d’une expérience musicale aussi grande que satisfaisante.
Les noces de Figaro est présenté de nouveau vendredi soir.
LE 20 MARS, 19 H 30, MAISON SYMPHONIQUE DÉTAILS ET BILLETS