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CRITIQUE | André Schuen : une voix remarquable, mais une douloureuse absence d'imagination

Par Béatrice Cadrin le 19 mars 2026

Andrè Schuen (Photo : Guido Werner)
Andrè Schuen (Photo : Guido Werner)

L’intégrale des lieder de Schubert de la Salle Bourgie, maintenant dans sa deuxième année, se poursuivait dimanche dernier avec un récital du baryton Andrè Schuen et du pianiste Daniel Heide. Les Lieder eines fahrenden Gesellen et les Rückert-Lieder de Mahler encadraient neuf lieder moins connus du compositeur à l’honneur, composés entre 1816 et 1826.

Andrè Schuen, originaire du Tyrol du Sud, a reçu sa formation au Mozarteum de Salzburg, où il a étudié entre autres le lied et l’oratorio auprès de Wolfgang Holzmair, entendu en novembre dernier en cette même salle Bourgie. Ce lien entre les deux artistes étonne, car la qualité la plus remarquable d’Holzmair est exactement celle qui manque douloureusement chez Schuen, soit une compréhension parfaitement réfléchie et incarnée du sens des mots et de la façon dont ils sont mariés à la musique. La notice biographique de Schuen affirme qu’il est un « interprète passionné de lied ». Les notices biographiques n’échappent pas au principe résumé en anglais par l’aphorisme prisé dans le monde de la création littéraire « Show, don’t tell » : une telle affirmation ne vaut pas grand chose si elle n’est pas suivie d’une démonstration probante de cette passion, mais plutôt d’interprétations tièdes et superficielles approfondissant peu les caractéristiques intrinsèques du genre.

Cela dit, il est évident dès les premières notes que Schuen est doté d’un instrument remarquable aux vibrations amples et riches. Son registre grave est superbement timbré, au point de remettre en question l’absence du terme basse adjoint à la nomenclature baryton. Les aigus couverts et presque systématiquement retenus ne font que nourrir ce questionnement. Fait rare, sa diction est d’une clarté presque impeccable. De telles qualités auraient été époustouflantes si elles avaient été mises au service d’une interprétation imaginative et raffinée. Alors qu’on notait dans notre critique de novembre dernier la finesse que mettait son ancien professeur à varier chaque répétition de texte, Schuen peine à donner une forme convaincante à la première itération d’une phrase, encore plus à en varier la répétition. L’avant-dernier des Rückert-Lieder, avec ses reprises fréquentes des mots « Um Mitternacht » (À minuit), devenait lassant de platitude, malgré le déploiement puissant de la voix.

Il est tout à fait possible qu’Andrè Schuen puisse être bouleversant dans le cadre d’une production d’opéra où il serait fermement guidé par un·e metteur·e en scène habile. Dans le contexte de leur duo, le pianiste Daniel Heide, son partenaire musical régulier depuis 2008, ne réussit de toute évidence pas à fournir les impulsions dont aurait besoin le chanteur, son propre jeu se contentant d’un éventail restreint de couleurs.

Et pourtant, au tout dernier moment, les deux interprètes ont puisé dans des réserves de sensibilité restées jusque-là élusives, concluant le récital par une interprétation sentie de « Ich bin der Welt abhanden gekommen » qui a gardé le public en suspension pendant plusieurs secondes après que la dernière note se soit éteinte… nous faisant regretter encore plus que tout le reste du programme n’ait pas profité du même traitement.

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Béatrice Cadrin
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