
L’orchestre de chambre I Musici a présenté jeudi soir un moment musical réussi lors de son concert Féminin pluriel. Le programme à la fois cohérent et varié, mettant de l’avant la soprano Andréanne Brisson-Paquin, représentait l’occasion idéale pour moi d’enfin faire l’expérience de la nouvelle formule de concert de l’ensemble.
L’orchestre a misé sur un répertoire rempli de découvertes attrayante, de la suite pour orchestre à cordes Dance Card de Jennifer Higdon (née en 1962) à deux œuvres pour soprano et orchestre à cordes, soit les Love Songs on words by John Donne du Canadien Ray Twoney (né en 1938) et Dies Natalis de Gerald Finzi (1901-1956). La contribution d’Andréanne Brisson-Paquin commençait avant même son entrée sur scène, puisqu’elle lisait hors scène, dans un rythme posé agréable à suivre, des extraits de poésie de Joséphine Bacon entre les mouvements.
Dès le départ, les membres de l’orchestre démontrent une belle synergie : on les voit échanger des regards complices, se tourner les uns vers les autres pour bien unifier leurs voix.
Le placement de l’orchestre à la croisée du vaisseau central et du transept lui permet une belle proximité physique avec le public, assis devant l’orchestre et sur les côtés, mais le situe loin de toute surface pouvant agir comme conque. L’acoustique matte qui en résulte n’est pas une entrave à la perception des différentes parties, comme peuvent l’être des acoustiques trop réverbérantes, mais inversement, elle n’ajoute pas non plus de ce lustre dont profiteraient les voix intérieures pour les aider à se distinguer.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont souvent les mouvements lents qui pâtissent le plus d’une absence de chef·fe pour guider la direction des phrases et maintenir l’activité rythmique intérieure malgré les longues valeurs de notes. La prestation d’I Musici en a été une nouvelle démonstration : tout est en place, les couleurs sont belles, les nuances, réussies, et les attaques, synchronisées. Tout ce qu’il manque pour élever l’interprétation encore plus est une hiérarchisation plus intentionnelle des sommets et des relâchements.
La voix d’Andréanne Brisson-Paquin se combine admirablement avec les cordes d’I Musici. La chanteuse a semblé prendre plus d’aise dans la pièce de Gerald Finzi, dont elle a très bien rendu le charme légèrement mélancolique typique de ce courant de la musique anglaise.
En somme, sur la base de ce programme conçu et interprété avec doigté, l’expérience autogérée entreprise en septembre dernier par I Musici est sur la bonne voie et nous continuerons d’en suivre l’épanouissement avec une curiosité avenante.
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