
Pour souligner le quatrième anniversaire du combat mené par les troupes ukrainiennes contre l’agresseur russe, nous vous présentons aujourd’hui une compositrice ukrainienne de la première moitié du XXe siècle, dont l’œuvre a été oubliée en partie à cause justement des guerres qui ont bouleversé son parcours.
Stefania Turkevych (1898-1977) est aujourd’hui reconnue comme étant la première compositrice ukrainienne à atteindre la renommée grâce à ses œuvres. Elle était également une pianiste accomplie, ayant entre autres travaillé comme accompagnatrice à la Maison d’opéra de Lviv et comme enseignante à Prague et à Lviv. Elle est de plus la première musicologue ukrainienne détentrice d’un doctorat, obtenu à l’Université ukrainienne de Prague en 1934. Le catalogue de ses compositions est assez substantiel et varié, comptant des œuvres symphoniques, des opéras, des ballets, de la musique de chambre, des œuvres pour piano, des compositions chorales et plusieurs mélodies pour voix et piano.
Née en 1898 à Lviv (alors nommée Lemberg et faisant partie de l’empire austro-hongrois), elle grandit au sein d’une famille accordant une grande importance à la musique. Son père est prêtre et chef de chœur, tandis que sa mère est une pianiste douée. Tous les enfants reçoivent une formation musicale : Stefania étudie le piano, la harpe et l’harmonium.
Elle fait deux séjours d’études à Vienne : comme adolescente, elle y passe deux ans avec sa famille, période au cours de laquelle elle perfectionne ses aptitudes au piano; elle y retourne dans la jeune vingtaine et y étudie notamment auprès de Guido Adler, un des fondateurs des branches d’études de la musicologie moderne. Entre ces deux séjours, elle étudie au conservatoire de sa ville natale. À 25 ans, elle suit son premier mari, le peintre Robert Lisovskyi, à Berlin, ce qui lui donne l’occasion de prendre des cours auprès d’Arnold Schönberg et de Franz Schreker. C’est ensuite qu’elle se consacre à des études doctorales en musicologie à Prague, suite à quoi elle retourne à Lviv, où elle est successivement enseignante au conservatoire puis pianiste-accompagnatrice à la maison d’opéra à partir de 1939.
Le corpus de ses compositions datant de cette période comprend des mélodies pour voix et piano, dont certaines sur des poèmes de son mari, le médecin et poète Narsyz Lukianowicz, plusieurs compositions pour piano seul, un quatuor avec piano (1930), un opéra pour enfants (1930), un ballet (1935), des œuvres chorales, des sonates pour violon et piano (1935) et sa Première symphonie (1937).
Tout en conservant un lyricisme qui leur est propre, les compositions de Turkevych démontrent l’influence expressionniste de ses études à Berlin, à laquelle elle intègre des allusions à un langage folklforique ukrainien. Ces caractéristiques ne sont pas pour plaire à Moscou, qui, en 1946, interdit sa musique à travers l’URSS, et ce, malgré que sa musique soit peu jouée de toute façon. Turkevych quitte alors l’Ukraine pour l’Italie, où son mari est médecin pour le régime britannique, et plus tard pour l’Irlande et finalement pour l’Angleterre, où elle vivra jusqu’à sa mort à Cambridge en 1977.
Les années d’exil seront les plus prolifiques de sa carrière. Sa production symphonique s’enrichit d’une deuxième symphonie, d’une sinfonietta, du poème symphonique La Vita, de Trois croquis symphoniques, d’une Space Symphony, d’une Suite et d’une Fantaisie, toutes deux pour orchestre à cordes double. En musique de chambre, elle produit un quatuor à cordes, un trio à cordes, un quintette avec piano, et un trio pour flûte clarinette et basson. D’autres compositions pour piano s’ajoutent naturellement. On doit aux soins de son mari la conservation et l’édition de ses manuscrits originant de cette période. En 2016, le Ukrainian Song Project publie l’intégralité de ses mélodies (art songs).
Le frère et la sœur de Stefania, Lev Turkevych et Irena Turkevych, ont tous deux immigré au Canada en 1949, où il et elle ont pu pousuivre leurs carrières musicales entamées en Europe. Lev, un chef de chœur avec une formation en composition, s’est installé à Toronto, et Iryna, chanteuse et metteure en scène, s’est établie à Winnipeg. Elle y a dirigé des productions de théâtre et d’opéras pour enfants, dont un opéra pour enfants composé par sa sœur, Le cœur d’Oksana, à l’occasion du centième anniversaire de la province du Manitoba en 1969. En 1967, Iryna et la troupe d’enfants qu’elle dirigeait sont venus à Montréal donner une production d’un autre opéra pour enfants, Koza Dereza du compositeur ukrainien Mykola Lyssenko, dans le cadre de l’Expo67.
Inscrivez-vous à notre infolettre! La musique classique et l’opéra en 5 minutes, chaque jour ICI.
- NOUVELLE | Norman Lebrecht perd son emploi à BBC Radio 3 à la suite d’un courriel envoyé à Yuja Wang - 26 février 2026
- ENTREVUE | Le Concerto pour basson d’Airat Ichmouratov voit enfin le jour - 25 février 2026
- NOUVELLE | Nouvelle programmation ambitieuse et variée pour la 16e édition du Festival Classica - 25 février 2026